L’auteur de l’attaque dans le Vieux-Québec était «en plein délire»

Carl Girouard était frappé par des idées « délirantes » lors de l’attaque dans le Vieux-Québec. Sur la photo, des personnes rendent hommage à la mémoire d’une des victimes lors d’une vigie, deux jours après les faits.
Renaud Philippe Le Devoir Carl Girouard était frappé par des idées « délirantes » lors de l’attaque dans le Vieux-Québec. Sur la photo, des personnes rendent hommage à la mémoire d’une des victimes lors d’une vigie, deux jours après les faits.

L’auteur de la tuerie dans le Vieux-Québec était malade, selon le psychiatre Gilles Chamberland. En plus de présenter un trouble du spectre de l’autisme, il souffrirait d’après l’expert de schizophrénie et était en « plein délire » au moment des actes qui lui sont reprochés.

« Selon moi, il est sur le spectre de l’autisme », a d’abord déclaré le Dr Chamberland dans son témoignage vendredi matin. On le voit, a-t-il dit, « à la façon dont il réagit », quand il se « balance » de l’avant à l’arrière et dans sa « façon d’entrer en relation avec les autres », qui est « extrêmement difficile ».

À cela s’ajoute un trouble de schizophrénie dont il présentait des signes avant-coureurs dès l’âge de 12 ans, a poursuivi le psychiatre.

Accusé de deux meurtres et de cinq tentatives de meurtre, Carl Girouard n’entend pas de voix — comme c’est parfois le cas chez d’autres schizophrènes — et l’homme de 26 ans n’a pas non plus de personnalités multiples, a expliqué le Dr Chamberland. Par contre, il était frappé d’idées « délirantes », comme la conviction qu’il ferait preuve de « courage » en tuant des gens avec un sabre. « Si c’est pas un délire, je ne sais pas ce que c’est. »

Gilles Chamberland est le témoin expert sur lequel s’appuie la défense pour plaider que Carl Girouard n’est pas criminellement responsable des gestes posés le 31 octobre 2020 en raison de troubles mentaux.

Accès à « tous les services »

Contrairement à ce que beaucoup soupçonnaient au lendemain de la tuerie, l’homme de 26 ans a eu accès à beaucoup de services en santé mentale, a-t-il aussi fait remarquer. On a affaire, a-t-il dit, à un jeune « fortement perturbé qui a consulté en pédopsychiatrie dès le primaire », « à qui on donne tous les services, mais ça ne marche pas et on ne réussit pas à l’aider, à l’encadrer ».

Des rapports cités par le Dr Chamberland indiquent en outre que sa mère était très présente : « On est loin d’un enfant de qui on ne s’est pas occupé. Au contraire. »

L’accès aux services n’aurait toutefois pas été optimal au cours des années précédant l’attaque, selon le témoignage d’un travailleur social entendu plus tôt dans le cadre du procès.

Confondre réalité et fiction

Mardi et mercredi, l’accusé avait expliqué à la Cour qu’il y avait « deux Carl Girouard » : le Carl Girouard bienveillant, qui témoignait ces jours-là, et le Carl Girouard violent et dangereux, le responsable de l’attaque du 31 octobre 2020.

Dans son témoignage, le Dr Chamberland a expliqué que l’accusé confondait la réalité et son jeu vidéo préféré, dans lequel son avatar tuait des gens avec un sabre. « Quand il joue avec son jeu vidéo, c’est automatique, c’est le programme délirant qui embarque dans sa tête. »

Son état, a-t-il avancé, s’est détérioré durant la pandémie quand il a cessé de travailler, ce qui l’a privé des rares contacts qu’il avait avec la vie à l’extérieur du jeu. « À partir du moment où il arrête de travailler […], tout a basculé. » C’est « un individu qui glisse dans les jeux vidéo », qui « désinvestit sa vraie vie », a-t-il aussi fait valoir.

Le psychiatre doit poursuivre son exposé lundi. On entendra ensuite le témoin expert en psychiatrie de la Couronne, le Dr Sylvain Faucher.

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