La pandémie en partie responsable de la tuerie dans le Vieux-Québec?

Des policiers bloquent des rues au lendemain de l’attaque au sabre du 31 octobre 2020.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des policiers bloquent des rues au lendemain de l’attaque au sabre du 31 octobre 2020.

L’avocat de l’auteur de l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec a laissé entendre par ses questions mercredi que la pandémie et le confinement ont aggravé l’état mental de son client et contribué à le convaincre de passer à l’acte.

Lors de l’interrogatoire mercredi, Me Pierre Gagnon a demandé à Carl Girouard de lui parler de « l’impact de la pandémie » sur son emploi dans les mois précédant la tragédie. L’accusé a alors expliqué qu’il avait fait le choix de se mettre sur l’assurance-emploi en mars 2020.

Questionné sur son isolement et ses activités par la suite, l’homme de 26 ans a répondu que, dans les mois précédant l’Halloween, il n’avait « aucune activité » à part jouer à des jeux vidéo. « Je prenais beaucoup de café, je fumais du haschich et je jouais juste aux jeux vidéo », a-t-il déclaré. Négligeant son sommeil et son alimentation, il lui arrivait de jouer plus de 24 heures en ligne sans dormir.

Auparavant, l’auteur de la tuerie dans le Vieux-Québec avait prétendu avoir commis ses crimes en raison d’une « mission » inspirée de jeux vidéo qui l’obsédait depuis des années. Lors de son témoignage mercredi, il a lui-même fait allusion à ses « difficultés mentales ».

Les cheveux coupés court, vêtu d’une chemise blanche propre, l'auteur de deux meurtres et cinq tentatives de meurtre a répondu longuement aux questions de son avocat, Pierre Gagnon, mercredi matin.

Deux Carl Girouard

Dans son interrogatoire, il a prétendu « mélanger le monde des jeux vidéo avec le monde réel ». Sur un ton poli, calme et clair, il a raconté comment, vers l’âge de 15-16 ans, il avait découvert ces jeux, particulièrement ceux « avec des épées et des armes blanches ».

Il a soutenu que cet univers avait supplanté la réalité, notamment celle de l’école pour laquelle il a perdu tout intérêt.

Il affirme avoir été habité par l’idée d’une « mission », qui a pris toute la place dans sa tête à partir de l’âge de 18 ans. « [J’y pensais] toujours. Chaque jour. C’était comme un deuxième monde dans ma tête que j’associais à cette mission. […] Il y avait un Carl Girouard qui ne pensait pas à la mission et un Carl Girouard qui pensait à la mission. J’ai jamais pu enlever ça de ma tête. »

La « mission » constituait à tuer des gens pour attirer l’attention d’autres amateurs de jeux anonymes qu’il a appelés ses « alter ego ». Selon lui, le contexte du Vieux-Québec, de l’Halloween et de la pleine lune a contribué à stimuler ses obsessions.

La défense veut convaincre le jury qu’il n’est pas criminellement responsable de ses crimes en raison de troubles mentaux et qu’il ne savait pas ce qu’il faisait lors de l’attaque. Dans son témoignage, l’accusé a lui-même évoqué ses « difficultés mentales » sans préciser de diagnostic.

« Comportement perturbateur »

Dans un précédent témoignage, sa mère, Monique Dalphond, a raconté que son fils avait été suivi en pédopsychiatrie à l’école primaire pour des troubles de comportement. « C’est surtout à partir de la troisième année que c’est devenu sérieux », a-t-elle dit. Le jeune Carl Girouard avait un « comportement perturbateur ». Dans l’autobus, il « donnait des jambettes et voulait se battre avec les autres garçons ». Il « mangeait ses mines de crayons ».

Carl Girouard a essentiellement été élevé par sa mère, son père ayant quitté le ménage lorsqu’il avait dix ans. Il a trois frères, dont l’un est autiste et l’autre a présenté à l’âge adulte des problèmes de comportement, a soutenu la mère.

Vers la fin du primaire, Carl Girouard s’est fait prescrire un médicament pour traiter l’hyperactivité — le Concerta — qu’il a cessé de prendre parce qu’il ne se sentait pas bien, selon sa mère.

« Son comportement en classe s’était amélioré, mais je le sentais anxieux. […] Il dormait mal, [ne] mangeait pas bien, se plaignait de maux de ventre. »

Adolescent, c’était un garçon isolé. Une fois majeur, il se procure une carte de crédit et « commence à avoir un intérêt marqué pour les armes blanches et les costumes de samouraï », a relaté sa mère. « Il les achète, les jette et en rachète d’autres. »

Est-ce que cela l’inquiétait ? « C’est sûr que je suis inquiète, mais c’est le seul intérêt qu’il a, à part les jeux vidéo », a répondu Mme Dalphond à l’avocat. « Il n’avait pas d’amis, pas de blonde, pas de vie sociale. J’ai pas voulu le décourager. »

Dans les mois précédant l’attaque, la mère et le fils se textaient, mais seulement pour s’échanger des services. Elle lui avait rendu visite la veille de l’attaque dans son immeuble. Toutefois, une querelle avec son frère avait mis un terme à la rencontre. Son dernier texto était : « Je veux qu’on me laisse tranquille. »

Outre l’accusé et sa mère, la défense compte appeler à la barre comme témoins une employée du centre de détention et le psychiatre Gilles Chamberland.

Selon l’accusé, c’est d’ailleurs le Dr Chamberland qui, le premier, l’a convaincu de se confier après son arrivée en prison. « C’est seulement en détention que j’ai eu des émotions », a-t-il dit. « J’ai eu beaucoup de peine de ce qui est arrivé. J’ai pleuré tout ce que j’avais. »

Carl Girouard avait refusé de parler aux policiers et enquêteurs après son arrestation. Le procès doit se poursuivre jeudi avec le contre-interrogatoire de l’accusé.

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