Grèves en vue à l’aide juridique

Les 125 avocats de l’aide juridique de Montréal — qui sont eux aussi affiliés à la Confédération des syndicats nationaux — se prononceront lundi prochain sur des mandats de grève semblables.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les 125 avocats de l’aide juridique de Montréal — qui sont eux aussi affiliés à la Confédération des syndicats nationaux — se prononceront lundi prochain sur des mandats de grève semblables.

Près de la moitié des avocats de l’aide juridique pourraient faire la grève pour contester les offres salariales du gouvernement, qui refuse jusqu’ici de les rémunérer à la hauteur de leurs confrères de la Couronne.

« Pourquoi la personne qui poursuit devrait-elle être payée plus cher que la personne qui défend l’accusé ? » demande Louis-Pierre Vanier, avocat de l’aide juridique dans Laurentides-Lanaudière.

La convention collective des 400 avocats de l’aide juridique est échue depuis le 31 décembre 2019. Celle-ci reconnaissait le principe de parité entre les avocats de l’aide juridique et les procureurs de la Couronne. Or, au cours des négociations actuelles, ce principe semble avoir disparu, s’inquiète la partie syndicale.

La semaine dernière, une trentaine d’avocats de l’aide juridique en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent ont voté à l’unanimité pour un mandat de grève de trois jours. Lundi soir, autant de collègues des Laurentides et de Lanaudière ont fait de même.

Les 125 avocats de l’aide juridique de Montréal — qui sont eux aussi affiliés à la Confédération des syndicats nationaux — se prononceront lundi prochain sur des mandats de grève semblables. « On a déjà un super bon taux de participation annoncé, et les échos [qu’on a], c’est que ça devrait passer avec une bonne majorité », avance déjà la présidente du syndicat des avocats de l’aide juridique de Montréal, Justine Lambert-Boulianne.

Elle dit sentir une « énergie combative » sur le terrain. Une « amertume », aussi. « La dernière négociation a été longue, pour qu’on retrouve la parité [avec les procureurs de la Couronne]. Il [le gouvernement] ne nous la redonne pas et, encore cette fois, il faut nous mobiliser, la redemander. Ça exaspère tout le monde. Les gens veulent travailler », souligne-t-elle.

Les procureurs de la Couronne — dont les hausses de salaire sont recommandées par un comité indépendant — ont obtenu en 2020 une augmentation totalisant 10 % en quatre ans. « [Donc], c’est sûr qu’on a été surpris avec cette offre de [2 % par année sur trois ans], parce que ça se distingue de ce qui a été conclu avec la Couronne, dans un contexte où on nous a maintes fois dit que c’était important, la parité », résume Me Vanier, qui est membre du comité de négociations pour la partie syndicale dans ce dossier.

L’offre de 6 % sur trois ans équivaut à celle faite par le Conseil du trésor aux employés du secteur public. Interpellés lundi, les représentants du ministère du Conseil exécutif et du Conseil du trésor n’ont pas été en mesure de commenter les négociations en cours avec les avocats de l’aide juridique, par manque de temps.

Rétention de personnel

De l’avis de Me Vanier, la rémunération est un « enjeu crucial pour la rétention du personnel et des talents » à l’aide juridique. « On représente les gens les plus vulnérables de la société, ça prend quelqu’un pour les représenter, ces gens-là », souligne-t-il. « [L’aide juridique], c’est du volume. On a bien souvent beaucoup plus de dossiers qu’au privé, donc si la rémunération ne suit pas, on va perdre des gens. »

Me Lambert-Boulianne renchérit. « L’avocat sur le terrain, qui représente la femme victime de violence conjugale, qui accompagne un enfant à la cour, qui fait des heures supplémentaires le soir, la fin de semaine, qui tient [ses dossiers] à bout de bras, c’est l’avocat de l’aide juridique », décrit-elle.

Au gouvernement, qui « fait mine » de vouloir s’attaquer aux problèmes de protection de la jeunesse et de soutenir la lutte contre les violences familiale, conjugale et sexuelle, elle suggère donc de faire en sorte que « les bottines suivent les babines ».

La majorité des mandats confiés à l’aide juridique (36 %) relèvent du droit criminel, selon le rapport annuel 2020-2021 de la Commission des services juridiques. Suivent les mandats en protection de la jeunesse (26 %), en droit civil et administratif (15 %) et en droit familial (13 %).

Les mandats de grève obtenus jusqu’ici prévoient des débrayages « au moment jugé opportun ». « On n’a pas le choix de passer par la grève pour se faire voir, se faire entendre et faire monter le message », précise MLambert-Boulianne.

Les représentants syndicaux avec qui Le Devoir a discuté ont assuré que les journées de grève ne visaient surtout pas à « nuire à notre clientèle ». Les avocats ayant des obligations déontologiques, celles-ci passeront avant les mandats de grève, ont-ils assuré.

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