Une peine de prison à vie pour avoir tué l’adolescente Océane Boyer

L’homme de 54 ans a plaidé coupable à un chef de meurtre au second degré vendredi au palais de justice de Saint-Jérôme.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’homme de 54 ans a plaidé coupable à un chef de meurtre au second degré vendredi au palais de justice de Saint-Jérôme.

Pour avoir tué la jeune Océane Boyer, un crime « ignoble et lâche », François Sénécal passera au minimum les 19 prochaines années de sa vie en prison.

Le corps de l’adolescente de 13 ans avait été retrouvé par un passant, le 26 février 2020, en bordure d’une voie publique de Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides. Il portait des marques de violence.

L’homme de 54 ans était très proche de la famille d’Océane depuis la naissance de la jeune fille : elle l’appelait même « oncle François ».

Il a plaidé coupable à un chef de meurtre au second degré vendredi au palais de justice de Saint-Jérôme. Ce crime entraîne automatiquement une peine de prison à vie. Il ne restait donc qu’à déterminer le nombre d’années qu’il passerait derrière les barreaux avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.

Les avocats ont fait une suggestion commune de 19 ans d’incarcération, qui a été acceptée par la juge France Charbonneau, de la Cour supérieure. L’homme ne pourra donc pas sortir de prison avant l’âge de 73 ans, et pourrait y rester plus longtemps puisque la Commission des libérations conditionnelles peut refuser toute demande.

« Plutôt que de faire face aux conséquences des gestes de nature sexuelle qu’il avait commis, François Sénécal a préféré tuer sa jeune victime pour la faire taire et ensuite effacer toute trace pouvant la lier à lui », a déclaré la juge d’un ton dur.

Le crime révélé

On ne savait pas jusqu’à maintenant ce qui avait poussé l’homme à commettre cet horrible crime. Mais vendredi, des détails ont été révélés publiquement dans un « exposé conjoint des faits » déposé en soutien du plaidoyer et de la suggestion commune de peine.

On y apprend que l’homme a agressé sexuellement l’adolescente à plusieurs reprises à partir de l’été 2019. La veille du meurtre, la mère de la jeune fille avait dit à François Sénécal que cette dernière avait rendez-vous avec un psychologue le lendemain. Craignant qu’elle ne révèle ses crimes sexuels, il va la trouver à l’école et la ramène chez lui pour la dissuader d’en parler.

Quand elle lui explique qu’elle n’aura pas le choix d’aborder le sujet, il met des somnifères dans sa boisson pour « gagner du temps » afin de trouver une solution. Quand la jeune fille se met à se sentir mal, il l’emmène en voiture au hasard. Puis il immobilise son véhicule en bordure de la route et, « sans réfléchir », frappe Océane plusieurs fois à la tête avec une pièce de haut-parleur qui se trouvait dans la voiture, peut-on lire dans le document déposé à la cour.

Il l’abandonne ensuite dans un banc de neige — inconsciente, mais toujours vivante — après lui avoir enlevé ses pantalons, sur lesquels se trouvaient des poils de son chien, ce qui aurait pu l’identifier.

Des mots sur la douleur

Plusieurs membres de la famille d’Océane se sont adressés à la juge dans la salle de cour, décrivant la peine et la douleur qui les habitent depuis le 26 février 2020.

La mère et la sœur aînée de la jeune fille se sont rendues au lutrin.

« Tu nous as pris ma sœur, notre boule d’énergie. Tu nous l’as enlevée », a lancé Cassandra Boyer, en s’adressant directement au condamné, la voix étranglée de chagrin et de colère. « Nous avons tellement de haine, de colère, de frustration. Mais surtout un vide immense… » La mère a peiné à lire un texte écrit à l’avance, au nom de sa famille « détruite et anéantie à tout jamais ». « Tu as “scrappé” nos vies », a-t-elle soufflé.

La juge Charbonneau a souligné leur peine. « Le tribunal compatit à leur douleur, car le crime commis par François Sénécal est ignoble et, de surcroît, lâche », a-t-elle déclaré, notant que des membres de la famille ont sombré dans la dépression, que d’autres vivent des cauchemars à répétition et doivent prendre des médicaments, et aussi que le frère et la sœur d’Océane « peinent à s’en sortir ».

François Sénécal a saisi l’occasion offerte par la magistrate pour parler à la famille de sa jeune victime. Pleurant, avec de la difficulté à respirer, il a réussi à dire : « Si j’étais capable de reculer, je le ferais. Mais je suis pas capable. » Il s’est excusé, bien qu’il dise savoir que ses excuses « ne valent rien » pour ceux qui sont en deuil.

« Je ne peux pas demander pardon. C’est pas pardonnable. »

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