Rare défense de sexomnie invoquée dans un procès d’agression sexuelle

Une telle défense est rarement invoquée, mais l’a déjà été avec succès au pays.
Valérian Mazataud Le Devoir Une telle défense est rarement invoquée, mais l’a déjà été avec succès au pays.

Un homme accusé d’agression sexuelle va invoquer une défense de sexomnie, c’est-à-dire qu’il soutient n’avoir aucun souvenir de ce qui lui est reproché, car il dormait. Et que s’il y a bien eu pénétration, comme l’affirme la plaignante, c’était involontaire vu son trouble de sommeil s’apparentant à une forme de somnambulisme.

« Je n’ai aucun souvenir d’avoir fait quoi que ce soit », a déclaré l’accusé mercredi.

Le procès criminel de Yannick Giguère, âgé de 45 ans, se déroule cette semaine au palais de justice de Montréal devant le juge André Perreault de la Cour du Québec.

Cette défense est rarement invoquée, mais l’a déjà été avec succès au pays.

Une femme, qui ne peut être identifiée par ordre de la Cour, a raconté au juge une soirée de juillet 2018 lors de laquelle elle est allée rejoindre l’accusé, qui soupait avec une amie. Par la suite, ils sont tous les trois allés écouter un chansonnier dans un pub au centre-ville de Montréal, où ils ont bu des pichets de sangria et des shooters.

Je n’ai aucun souvenir d’avoir fait quoi que ce soit

 

Après la soirée, qui s’est déroulée fort agréablement selon le trio — ils ont tous déjà témoigné —, les deux femmes sont allées dormir chez l’accusé : la première parce qu’elle déménageait et que son lit n’était pas encore installé, et la plaignante car elle demeurait loin de là. Elle avait déjà dormi chez l’homme, qu’elle qualifie de « bon ami et personne de confiance ».

Parce qu’elle jugeait que les matelas empilés dans le salon où l’amie était déjà assoupie étaient trop étroits, la trentenaire est allée dormir dans le lit de l’accusé qui lui avait, dit-elle, aussi offert cette option.

Sauf qu’elle s’est réveillée en pleine nuit, l’accusé au-dessus d’elle, qui se frottait dans son entrejambe, a-t-elle relaté au juge Perreault. Elle dit avoir figé. « J’ai eu peur de sa réaction, de ce qui allait se passer. » Elle relate avoir fermé les yeux. Aucun mot n’a été prononcé. Pas de baiser ni de caresses, a-t-elle précisé. Elle a entendu un bruit d’enveloppe qu’on déchire. Elle a pensé à un condom. Puis l’homme l’a pénétrée, a-t-elle dit. « À ce moment-là, j’ai fait une déconnexion mentale de mon corps. »

Après, il s’est rendu aux toilettes et est revenu se coucher dans le lit, a-t-elle décrit.

La femme a ensuite quitté discrètement l’appartement, appelé le 911 et marché jusqu’au poste de police le plus près pour déposer une plainte d’agression sexuelle.

Diagnostic officiel

Au procès, Yannick Giguère a dit n’avoir aucun souvenir de ce qui s’est passé après s’être couché : il était très fatigué, a-t-il répété à maintes reprises, et était en situation d’hyperglycémie.

La dernière image qu’il a en mémoire est de s’être rendu dans son lit en pyjama. Il n’a aucun souvenir de la présence de la plaignante dans son lit à ce moment. Mais plus tard, il s’est rendu compte qu’elle y était. Il a déclaré au tribunal qu’il n’était « pas d’accord » avec cela. L’homme se souvient d’être allé aux toilettes, puis son souvenir suivant est d’avoir entendu l’autre femme dans le salon alors qu’elle partait pour aller travailler.

Le lendemain, il a reçu un message de la plaignante, qui « l’accuse de choses dont je n’ai aucun souvenir », dit-il au juge. « J’étais sous le choc. »

Il lui a répondu, et son message contenait notamment un lien qui parlait de « sexomnie », a rapporté la plaignante.

L’homme a d’ailleurs expliqué au tribunal qu’il souffrait de problèmes érectiles et aussi de ce qu’il a appelé une « parasomnie », soit un trouble du sommeil. Pareils épisodes se sont produits pendant qu’il dormait dans le passé avec certaines de ses partenaires.

C’était connu dans son cercle d’amis, qui faisaient des blagues à ce sujet.

Il en avait aussi déjà parlé avec son médecin de famille, mais n’a été diagnostiqué officiellement qu’après l’accusation d’agression sexuelle, quand il a su qu’il aurait besoin d’un rapport d’expertise pour son procès.

Depuis, il prend des médicaments « quand des gens dorment chez moi » et dit être suivi par un médecin.

Le psychiatre qui a posé ce diagnostic doit témoigner lors du procès, qui se poursuit jeudi.

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