Un père se voit interdire d’emmener son enfant dans des manifestations anti-mesures sanitaires

Une juge interdit à un homme d’emmener à nouveau son enfant de 10 ans dans des manifestations contre les mesures sanitaires. Elle a affirmé qu’il n’était pas dans l’intérêt du jeune d’être exposé aux propos et aux risques de violence qu’entraîne la participation à de tels rassemblements.

L’homme avait notamment manifesté à Ottawa avec son fils contre les mesures sanitaires imposées pour freiner la propagation de la COVID-19.

Du côté de la mère, non seulement celle-ci veut que l’enfant soit vacciné — alors que le père refuse —, mais elle s’oppose à ce qu’il se retrouve en plein cœur de manifestations houleuses. Elle ne veut pas qu’il soit exposé « à des risques de violence ainsi qu’à des propos injurieux et inappropriés », est-il rapporté dans la décision de la juge Nathalie Pelletier, de la Cour supérieure, rendue la semaine dernière.

Devant la magistrate, la mère a aussi rapporté avoir appris, par l’entremise de l’enfant, que le père lui a dit de mentir sur son âge pour ne pas porter le couvre-visage dans les lieux publics. Lorsqu’il est de retour chez elle, le jeune conteste l’utilité des mesures sanitaires, a-t-elle ajouté.

Il y a un risque sérieux que cela peut dégénérer rapidement.

De son côté, le père fait valoir que l’enfant n’a pas besoin d’être vacciné, parce que son système immunitaire le protège adéquatement. Quant aux manifestations — le seul endroit pour défendre ses droits et s’exprimer librement, dit-il —, elles ne posent aucun risque.

À Ottawa, tout s’est déroulé de façon pacifique, a-t-il assuré. Si le rassemblement avait dégénéré, il aurait immédiatement quitté les lieux avec son enfant, a-t-il affirmé devant la juge Pelletier. Il dit vouloir lui transmettre des valeurs démocratiques, telles que la liberté d’expression et le droit de faire ses propres choix, et estime que son fils y a vécu une expérience enrichissante.

La juge a autorisé la mère à faire vacciner l’enfant, suivant les recommandations de la Santé publique, comme l’ont fait jusqu’à maintenant tous les juges québécois aux prises avec un pareil désaccord entre parents.

Se penchant sur la question des manifestations, la magistrate rappelle que toute décision concernant un jeune doit être prise dans l’intérêt supérieur de celui-ci et dans le respect de ses droits.

Selon la juge, il est reconnu judiciairement (ces faits n’ont donc pas à être prouvés) que, lors de ces rassemblements, « les propos tenus par les participants ne sont guère élogieux à l’encontre du gouvernement et que, d’autre part, il y a un risque sérieux que cela peut dégénérer rapidement ».

D’ailleurs, le père ne nie pas que l’enfant a été exposé à de telles paroles ni qu’il y a un risque de violence, rapporte la magistrate. Elle juge qu’il « se dédouane » en affirmant qu’il ne peut contrôler ce que les autres disent et que cela fait de toute façon partie « de la libre expression ».

Vu le contexte, la juge Pelletier a affirmé qu’il n’était pas dans « l’intérêt supérieur de l’enfant » d’être emmené dans des manifestations contre les mesures sanitaires et y interdit sa présence — mais pas aux autres types de rassemblements.

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