Lac-Mégantic: le jury blanchit les trois accusés

Le conducteur du train de la MMA, Thomas Harding
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le conducteur du train de la MMA, Thomas Harding

L’acquittement des trois ex-employés de l’entreprise ferroviaire Montreal, Maine and Atlantic (MMA) a permis vendredi de terminer un des chapitres judiciaires de la tragédie de Lac-Mégantic, mais le livre est loin d’être fermé.

Il reste encore des pages à tourner aux résidants de Lac-Mégantic, dont celles du procès de la MMA, de l’audition d’une action collective et le dévoilement d’études sur la voie de contournement.

 

Le verdict rendu vendredi au procès de Thomas Harding, Richard Labrie et Jean Demaître est toutefois venu permettre autant aux proches des victimes qu’à ceux des trois accusés de tranquillement passer à autre chose.
 

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Richard Labrie

« Ce ne sont pas les bonnes personnes qui étaient accusées. Le jury a rendu le bon verdict », a confié Jean Clusiault, le père de Kathy Clusiault, une des victimes de la tragédie.

Plus de quatre ans après la tragédie ferroviaire qui a marqué le Québec, les trois anciens employés de la MMA ont été acquittés par le jury à la suite de neuf jours de délibérations. Ils étaient accusés de négligence criminelle. Tous les trois étaient en poste le soir où le train de 72 wagons de pétrole brut stationné en haut d’une pente, à Nantes, s’est mis en branle de lui-même, prenant de la vitesse et déraillant jusqu’au centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes après une série d’explosions.

Walid Hijazi, avocat criminaliste, n’est pas surpris des conclusions des douze membres du jury.

« Pour être reconnu responsable de négligence criminelle, il faut avoir agi de façon déréglée ou téméraire face à la sécurité d’autrui, explique-t-il. Il faut avoir été conscient d’un danger en faisant abstraction du risque pour la sécurité des autres. »

La poursuite reprochait au chef de train Thomas Harding de ne pas avoir appliqué assez de freins à main pour immobiliser le convoi ferroviaire et le retenir en haut de la pente, et aussi de ne pas les avoir testés avant de laisser le train sans surveillance pour la nuit.

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Jean Demaître

Quant à Richard Labrie et à Jean Demaître, il leur était reproché de ne pas avoir posé de questions pour s’assurer que le train était bien sécurisé et immobilisé après avoir été informés qu’un incendie s’était déclenché la veille du drame dans la locomotive de tête et que les pompiers avaient éteint son moteur, ce qui avait désactivé les freins à air.

La preuve présentée par la Couronne n’a pas convaincu le jury hors de tout doute raisonnable que les trois hommes ont agi de façon inconsidérée le soir du drame.

Sous le choc

Thomas Harding n’a pas été capable de parler aux médias après avoir entendu le verdict qui l’a déclaré non coupable. L’un de ses avocats, Thomas Walsh, a dit que sa voix était étranglée par l’émotion.

Richard Labrie s’est adressé aux gens de Lac-Mégantic, les larmes aux yeux, à sa sortie du palais de justice de Sherbrooke.

« Aux 47 victimes et à tous les gens de Mégantic, j’espère que vous avez eu les réponses que vous demandiez avec ce procès-là », a-t-il dit, s’essuyant les yeux en lisant un mot qu’il avait rédigé à l’avance.

« J’ai jamais parlé, mais j’ai toujours pensé à vous », a-t-il ajouté.

Quant à Jean Demaître, il semblait sous le choc en sortant de la salle de cour. Une femme a éclaté en sanglots quand les deux mots — « non coupable » — ont été prononcés.

Pour la Couronne, les verdicts étaient plus difficiles à encaisser. « Vous comprenez que ce n’est pas la décision que l’on attendait », a déclaré Me Véronique Beauchamp.

Pour plusieurs, ce sont les dirigeants américains de la MMA qui auraient dû être au banc des accusés.

« Ces trois hommes ont été les boucs émissaires de la négligence systémique d’intervenants en plus haut lieu », a commenté Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire.

Avant et pendant le procès, les avocats de la défense et les résidants de Lac-Mégantic ont souvent répété le nom de Edward Burkhardt, propriétaire de la MMA.

« C’est un malheureux accident qui a été causé par une nonchalance et une accumulation d’événements, par la nonchalance du propriétaire, Edward Burkhardt », a soutenu Bertrand Boulet, qui a perdu sa soeur dans la tragédie.

Joint par téléphone à son bureau près de Chicago peu de temps après le dévoilement des verdicts, M. Burkhardt a dit à La Presse canadienne qu’il n’était pas surpris d’entendre son nom revenir.

« Il y a eu beaucoup de gens qui appelaient à ce que des gens — dont moi — subissent un procès et tout ça », a-t-il dit.

« La police et les procureurs ont fait une enquête approfondie sur ce qui s’est passé, tout comme le [Bureau de la sécurité des transports du Canada] et ils ont conclu que [s’il] devait y avoir une poursuite, ce serait limité aux gens qu’ils ont poursuivis, et je ne peux rien dire d’autre que cela. »

La MMA doit d’ailleurs subir son procès criminel ultérieurement.

Centre-ville fragile

À quelques mois du cinquième anniversaire de la tragédie, le bruit des locomotives se fait toujours entendre au centre-ville.

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, a lancé un cri du coeur vendredi pour que Québec et Ottawa confirment la construction d’une voie de contournement qui éloignerait les trains du centre-ville.

« En ce moment, il y a des sous qui sont mis pour des études, mais on n’a pas l’assurance qu’à la fin de ces études-là on l’aura, notre voie de contournement. À quelques mois du cinquième anniversaire, je ne peux pas croire qu’on n’a pas encore de nouvelles », a-t-elle déploré.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, assure qu’il prendra toutes les mesures pour veiller à ce que le réseau de transport ferroviaire soit le plus sécuritaire. Il dit attendre les résultats des études.

10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 20 janvier 2018 06 h 05

    quels malfaiteurs

    est-ce tout simplement une erreur de la nature ou l'incurie de nos dirigeants, il ne faudrait pas faire un sondage sur ca, il ne s'en sortiraient pas aussi facilement, combien de fois avons nous vu de ,ces dirigeants possédant enfin, le poste qu'ils désiraient prendrent tout leur aise, vous souvenez vous de ces gens ayant passés une nuit sur une autoroute pendant que les responsables se la coulaient douce, ce sont les pompier qui le lendemain matin qui ont libéré les gens, heureusement qu'il n'y a pas eu de décès, ils n'ont même pas été renvoyés, quels malfaiteurs

  • Louise Collette - Abonnée 20 janvier 2018 07 h 06

    Verdict

    Je suis bien contente pour eux, c'est plus haut qu'il faut aller, le bobo est là; bien sûr c'est plus facile de s'en prendre à ces trois employés alors que le danger persiste. Il faut absolument régler ce fichu problème, cette voie de contournement tarde à arriver...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 20 janvier 2018 07 h 39

    Ce orocès était une farce

    Les véritables coupables de cette tragédie sont la MMA et, secondairement, le gouvernement fédéral. Possédant la responsabilité exclusive de la sécurité du transport ferroviaire, le Fédéral a remis la vie des gens de Lac-Mégantic entre les mains d’aventuriers.

    Les autorités américaines ont imposé 146 950$ d’amendes à la MMA depuis sa création, en 2002.

    Au Canada, aucune amende n’a été payée par la MMA. Pourquoi ? Se fiant à l’autodiscipline de la compagnie, le fédéral ne faisait pas enquête, même à la suite du premier déraillement, à Frontenac, un mois avant Lac-Mégantic.

    On n’imagine pas les risques inouïs pour leur vie que prenaient les employés de la MMA qui conduisaient son matériel roulant en ruine.

    Les procédures de la MMA exigeaient que neuf freins manuels soient appliqués sur un convoi de 70 à 79 wagons-citernes et locomotives. Le conducteur épuisé par une journée d’enfer (ce qui était souvent le cas) n’en n’a mis que sept. Mais ces freins étaient rouillés. Il aurait fallu serrer entre deux et trois fois plus de freins manuels pour retenir le train en place que ce que prévoyaient les normes de la compagnie.

    Ceux parmi les freins manuels qui fonctionnent correctement n’étaient pas suffisamment lubrifiés afin d’économiser. Conséquemment, ils étaient extrêmement difficiles à appliquer.

    Bref, le but de ce procès était de protéger l’ordre établi. Il s’agissait d’immoler publiquement des boucs-émissaires afin de masquer la responsabilité criante du fédéral dans cette affaire.

    Un jour on comprendra pourquoi les citoyens de Lac-Mégantic se sont laissés convaincre par leurs avocats de ne pas poursuivre le Fédéral. Ils l’auraient fait qu’ils auraient aujourd’hui le pouvoir de marchandage pour forcer le fédéral à construire cette voie de contournement. Mais en votant conservateur à l’élection suivante, ils sont devenus la risée du pays.

    • André Blais - Abonné 21 janvier 2018 09 h 39

      PRÉCISIONS MÉGANTICOISES

      Vous avez raison M. Martel SAUF pour votre dernier paragraphe. Les Méganticois, et j'inclus les citoyens de la MRC du Granit , N'ont PAS voté conservateur à l'époque.

      En passant, ils votent en majorité libéral. Notre comté, Mégantic-L'Érable, regroupe au moins trois MRC et c'est principalement la région de l'Amiante qui reconduit malheureusement les conservateurs au fédéral.

      Bien avant la tragédie, nous avions décrié la dangérosité de la voie ferrée et du laxisme chez Transport Canada à genoux devant le puissant lobby des Cies ferroviaires et pétrolières.

  • Jean-Marc Simard - Abonné 20 janvier 2018 08 h 53

    Voie de contournement, c'est quoi le problème ???

    Ça fait cinq ans que l'accident ferroviaire a eu lieu à Lac-Mégantic...Les cendres étaient encore chaudes et les morts non enterrés que les gens dénonçaient déjà le tracé de la voie ferré comme un des facteurs ayant causé l'accident, en particulier le détrour abrupt au bas de la pente... Une voie de contrournement a été demandé en ce temps-là, il y a cinq ans et est encore demandé aujourd'huie... Et le Ministre des trransports du Fédéral dit encore attendre le résultat des études de faisabilité !!! Coudonc, c'est quoi le problème ??? Pourquoi est-ce si long faire une simple étude de faisabilité technique ??? Je crois plutôt qu'il y a de l'obstruction politique à la réalisation de cette voie de contournement...J'aimerais bien savoir quel est le gouvernement, le fonctionnaire, l'entreprise,la firme d'ingénieur, voire l'oligarque, qui par derrière bloque lka réalisation de ce projet. Les Ministres des transports du Québec ou du Fédéral pourraient-ils pour une fois mettre leurs culottes et se comporter en être compétent et responsable pouir une fois...C'est pas possible d'être aussi minable...À la place des gens de Lac-Mégantic je prendrais un boul-dozer et je briserais le bout de voie ferrée problématique...Comme ça on serait sûr qu'il n'y aurait plus d'accident, les trains ne circulant plus, et que la voie ferrée serait réparée...Va-t-il falloir faire la guerre aux politiciens incompétents et irresponsables pour qu'enfin le gros bon sens triomphe ? Pas possible d'avoir une gouvernance politique aussi encapsulée...

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 21 janvier 2018 10 h 21

      Le gouvernement fédéral hésitait à accorder 600 millions$ à Bombardier, ce qui créé de l’emploi. Vous croyez vraiment qu’il accordera le dixième de cette somme pour contourner une ville dont les citoyens sont inquiets.

      Maintenant que nous savons que de fédéral a démissionné de ses responsabilités de nous protéger, des centaines de villes sont inquiètes. Pas seulement Lac-Mégantic.

      Après la mairesse de cette ville, la personne qui s’est le plus dévouée pour les gens de Lac-Mégantic, c’était Mme Pauline Marois. À l’élection suivante, les gens ont estimé qu’ils ne lui devaient rien. Qu’elle avait fait ça seulement pour avoir leur vote. Au provincial, ils ont voté pour un autre parti.

      Au fédéral, ils ont voté Conservateur. Vous vous rendez compte ? Ils ont voté pour réélire un gouvernement dont la politique de dérèglementation ferroviaire venait de causer 47 morts. Ils ont voté pour ! Dring, dring.

      Donc tous les politiciens du Canada savent que ça ne donne rien de se fendre en quatre pour les gens de Lac-Mégantic.

    • André Blais - Abonné 21 janvier 2018 17 h 16

      PRÉCISIONS MÉGANTICOISES (2)

      Vous n'avez pas raison M. Martel sur plusieurs points ici.

      Le dossier est complexe et je n'entrerai pas dans tous les détails, mais seulement pour vous signaler que la loi 57 voté par le gouvernement Marois et qui a donné plein pouvoir à l'administration de l'époque de gérer comme bon il lui semblait la reconstruction du centre-ville ainsi que de la démolition du reste du centre-ville etde l'expropriation exagérée d'habitations et de commerces.

      À nouveau, les Méganticois, et j'inclus les citoyens de la MRC du Granit , votent traditionnellement libéral au provincial et ce, depuis belle lurette.

      Notre comté, au provincial comme au fédéral regroupe plus de trois MRC, et c'est vraiment la région de l'Amiante qui reconduit malheureusement un député conservateur à Ottawa.

      « ... Dring, Dring. Donc tous les politiciens du Canada savent que ça ne donne rien de se fendre en quatre pour les gens de Lac-Mégantic.» !!!

      Pensez-y deux fois avant d'écrire un commentaire de ce genre.

      Avez-vous vraiment, mais vraiment pris connaissance de TOUTES nos démarches et interventions auprès des politiciens et des OBNLs ou sein de ces derniers?

  • Nicole Delisle - Abonné 20 janvier 2018 11 h 21

    Les véritables coupables!

    La compagnie ferroviaire et le gouvernement canadien sont les véritables coupables de cette véritable catastrophe où 47 personnes ont perdu la vie dans des circonstances atroces. La compagnie MMA et son propriétaire de l’époque ont mis volontairement en danger les citoyens de Mégantic en réduisant la sécurité pour réduire les coûts d’exploitation. Le gouvernement par son laxisme et son laisser-faire,
    et aussi son manque de rigueur est aussi coupable. Il a laissé le danger omniprésent
    planer au regard de vies humaines en se déresponsabilisant de son devoir et en laissant les compagnies abuser de leur pouvoir d’autorégulation. Elles en ont profité
    pour s’enrichir plutôt que de manœuvrer de façon sécuritaire. Et qu’a fait le gouvernement depuis? Bien peu! Les citoyens réclament toujours une voie de contournement à Mégantic. Combien de voies ferroviaires laissant passer des trains chargés de matières dangereuses sillonnent nos villes de près, sans que quiconque de nos dirigeants n’y voient quelque chose de répréhensible, même après ce terrible événement. Des populations sont encore à risque et un autre accident semblable est
    susceptible de se produire. Les gens de Mégantic doivent apprendre à vivre et se remettre de leur deuil collectif avec la peur au ventre et l’esprit tiraillé entre la colère
    et la résignation. Rien n’a vraiment été fait pour apaiser leur chagrin et leur désarroi et les vrais coupables s’en sont lavés les mains depuis déjà longtemps! Seront-ils punis un jour? Rien n’est moins certain!