Julie Snyder dépose une plainte pour agression sexuelle contre Gilbert Rozon

L’animatrice et productrice Julie Snyder a dit avoir été agressée sexuellement par Gilbert Rozon.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’animatrice et productrice Julie Snyder a dit avoir été agressée sexuellement par Gilbert Rozon.

Le milieu culturel a connu une nouvelle secousse lundi en apprenant que l’animatrice et productrice Julie Snyder a déposé une plainte à la police contre Gilbert Rozon pour agression sexuelle.

En après-midi, le porte-parole de Mme Snyder aux Productions J, Louis Noël, a confirmé au Devoir qu’elle avait porté plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L’agression serait survenue il y a plusieurs années, a affirmé M. Noël, sans fournir davantage de précisions. « Mme Snyder ne donnera pas d’entrevue », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, Le Devoir et le 98,5 révélaient que neuf femmes, dont l’animatrice Pénélope McQuade, la comédienne Salomé Corbo et la réalisatrice Lyne Charlebois, alléguaient avoir été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle de la part du fondateur de Juste pour rire.

Samedi dernier, Mme Snyder s’était dite « bouleversée » pas ces témoignages. Dans une publication Facebook, elle avait annoncé que Productions J refuserait de travailler avec Juste pour rire tant et aussi longtemps que Gilbert Rozon serait actionnaire ou propriétaire de cette entreprise.

Une dixième victime, la comédienne Patricia Tulasne, a témoigné jeudi dernier. Mme Snyder devient ainsi la onzième femme à rapporter une inconduite sexuelle de la part de Gilbert Rozon.

Les humoristes solidaires

Quelques heures après l’annonce de cette plainte contre le magnat de l’humour au Québec, des dizaines d’humoristes québécois se sont réunis pour la première fois depuis les révélations au sujet Gilbert Rozon.

Au moment d’écrire ces lignes, leur rencontre se poursuivait. Certains des participants ont tout de même pris la parole devant les médias. Visiblement émus, ils ont fait état de « témoignages exceptionnels ». « On a braillé ensemble », a relaté Patrick Groulx.

Cette réunion avait pour intention première de « crever l’abcès », ont-ils expliqué, mais aussi d’amorcer une réflexion sur l’avenir de Juste pour rire.

Sans avoir décidé d’une procédure à suivre, les humoristes veulent s’assurer que plus jamais des comportements comme ceux rapportés par les victimes de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail la semaine dernière se reproduisent. « Il faut offrir des outils. Je ne sais pas de quelle façon, mais il faut apprendre aux femmes à ne pas avoir peur de dénoncer », a déclaré Cathy Gauthier.

« Ça va prendre des comités, des processus clairs. On ne veut plus de producteurs qui vont rencontrer une fille toute seule », a soutenu Stéphane Fallu, les larmes aux yeux.

En début de rencontre, laquelle était privée, les humoristes ont lu une lettre qui leur a été adressée par une des victimes alléguées de Gilbert Rozon. « Elle a donné des directives sur ce qu’elle souhaiterait qu’on fasse, on s’est basés là-dessus pour commencer », a expliqué François Massicotte, sans pouvoir donner davantage de détails sur ces directives.

L’avenir de Juste pour rire préoccupe également les humoristes, bon nombre d’entre eux étant associés à cet empire du rire. Ces derniers veulent avoir leur mot à dire dans le processus de rachat des actions du patron démissionnaire. « On se demande comment on peut contrôler ce qui s’en vient », a affirmé Patrick Groulx.

Avant la rencontre, Jean-Michel Anctil a déclaré aux journalistes se questionner sur l’avenir de l’institution. « Est-ce qu’on décide de boycotter Juste pour rire ? C’est comme si un joueur du Canadien se faisait pogner et qu’on n’allait plus voir le hockey », a-t-il illustré.

Chose certaine, les humoristes éprouvent un malaise à l’égard de la marque Juste pour rire. « Je ne connais pas un humoriste à l’aise, a commenté Martin Petit. Si le logo de Juste pour rire avait une mère, elle ne serait pas à l’aise en ce moment. »

Vente des actions

Plus tôt lundi, le Groupe Juste pour rire a annoncé dans un court communiqué de presse qu’un mandat a été confié à RBC Marchés des Capitaux – une filiale de courtage de la Banque Royale du Canada – « afin d’explorer plusieurs options relatives à la vente des actions du Groupe, dont notamment, la totalité de celles détenues par M. Gilbert Rozon ».

Aucun acheteur potentiel n’a été rencontré lors de la réunion des humoristes, ont confirmé ces derniers. ComedieHa !, de Québec, a fait part de son intérêt. Des rumeurs circulent également autour d’Evenko et de Québecor.

Vendredi, Gilbert Rozon avait annoncé qu’il vendait toutes ses parts dans l’entreprise qu’il a fondée en 1983. On ne connaît pas la valeur de ces actions, mais le producteur vedette est actionnaire majoritaire de Juste pour rire.

Par ailleurs, l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour (APIH) a annulé la conférence de presse de dévoilement des nominations du prochain gala des Olivier, qui devait avoir lieu mardi. Les noms des finalistes seront plutôt annoncés par communiqué.

« Personne n’a le coeur à la fête ces jours-ci et nous croyons qu’il est préférable de laisser la place au débat qui a cours actuellement, a déclaré le président de l’association, Guy Lévesque, dans un communiqué publié lundi. Le temps est à la compassion envers les victimes, à la réflexion et à la prise de parole sur le sujet très sérieux du harcèlement et de l’intimidation dans notre milieu et la société tout entière. »

Le gala des Olivier se tiendra le 10 décembre prochain.

L’industrie de l’humour traverse une crise sans précédent, ont reconnu les humoristes rencontrés par Le Devoir lundi soir. « Mais ce n’est pas le milieu qui est en crise, c’est Juste pour rire, a souligné Laurent Paquin. L’humour va exister même si Juste pour rire cessait d’exister. »


253 dénonciations au SPVM

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé avoir reçu un total de 253 appels, en date de lundi, à sa ligne téléphonique temporaire consacrée aux dénonciations d’agressions sexuelles, mise en place jeudi dans la foulée des témoignages de victimes publiés la semaine dernière dans les médias. Cette ligne, le 514-280-20t79, est en service de 7 h à 22 h, du lundi au vendredi.
13 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 octobre 2017 16 h 00

    Tres bien.

    Mme Julie Snyder.

  • Maxime Parisotto - Inscrit 23 octobre 2017 16 h 05

    Ok, rendu là, ça va aller plus vite de compter celles qui n'affirment pas avoir été agressées par Rozon que celles qui l'ont été...

    Ce type me donne envie de vomir...

  • Marguerite Paradis - Inscrite 23 octobre 2017 17 h 11

    RELATIONS DE POUVOIR

    Quand allons-nous questionner les relations de pouvoir et leurs impacts sur les personnes? Les abus ne sont pas que sexuels.
    M.P.

    • Serge Lamarche - Abonné 24 octobre 2017 14 h 43

      Voilà, les abus sont très courants. Surtout avec les blagues.
      L'aroseur arosé, peut-être la première blague de l'Histoire du cinéma est un abus de pouvoir avec un arosoir.

  • Claire Faubert - Abonnée 23 octobre 2017 17 h 51

    Une femme de pouvoir

    Bravo madame Snyder. Vous qui êtes maintenant une femme de pouvoir avez été une cible de choix pour l'agresseur narcissique et impénitent Rozon. Une femme brillante à dominer et à écraser avant qu'elle ne monte trop haut! Vous êtes d'autant plus admirable que vous serez désormais reconnue comme une grande productrice, qui sait mettre l'intérêt des femmes avant celui de son métier.

  • Yves Côté - Abonné 24 octobre 2017 04 h 10

    Et demain...

    Avant-hier, industrie de l'élevage et de l'agriculture.
    Hier, industrie du sexe.
    Aujourd'hui, industrie de l’humour.
    Et demain, industrie de l'eau avec Guy Laliberté comme mentor et qui sait ?, de l'air après demain...
    Comme dans la cuvette polluée de Mexico où cela est déjà engagé.
    Industrialiser de manière grandissante les besoins humains essentiels pour donner comme ambition aux humains de bâtir des empires d'impunité dominante, cela ne nous semble-t-il pas incohérent ?

    Pôvres de nous !, comme le disait l'un de nous naguère en nous faisant doucement sourire du ridicule de nos lubies de grenouilles stupides.
    L'un de nous oui, modeste et génial.
    Modeste parce que lui, justement, vraiment génial et bien entendu, généreux...

    En attendant, courage à toutes ces femmes qui se lèvent pour prendre la parole.
    Et allez Messieurs !, à ceux-là de nous qui eux aussi ont "passés au cash" dans un mélange destructeur de honte et d'ambition à garder le silence pour réussir, suivez l'exemple donné par elle...
    Autrement, la compréhension des choses restera au stade parcellaire, bien que tristement réel, d'une victimisation étroite des femmes parce que femmes. Et donc, d'un chemin trompeur de culpabilisation.
    Et alors qu'il s'agit, je crois, d'une attitude acceptée socialement de prendre avantage autolâtre lorsqu'en position de pouvoir dominant sur quiconque tente sincèrement, de sa propre vie, de faire quelque chose de positif, de beau, d'esthétique, de déterminant pour la société, etc.

    Merci de votre lecture.