Élection sur fond de crise au Barreau

L'actuelle bâtonnière Claudia Prémont (droite) et le candidat au poste Paul-Matthieu Grondin
Photo: Annik MH de Carufel & Jacques Nadeau Le Devoir L'actuelle bâtonnière Claudia Prémont (droite) et le candidat au poste Paul-Matthieu Grondin

La justice est en crise. Le Barreau du Québec en subit les contrecoups. La campagne en vue d’élire le prochain bâtonnier, qui représentera les 26 517 avocats du Québec, s’ouvre sur fond de débats cruciaux non seulement pour les juristes, mais aussi pour les simples citoyens.

Des dizaines de procès criminels sont menacés par des délais administratifs intenables. Les gens ordinaires n’ont plus les moyens de se payer un avocat. Les juristes de l’État sont à couteaux tirés avec leur employeur. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, est contestée au sein du milieu juridique. Et le Barreau du Québec reste divisé, un an et demi après le départ précipité de l’ancienne bâtonnière, Lu Chan Khuong — qui tente de se faire réélire.

« Il y a eu une crise, ça n’a pas été facile », même si le Barreau est sur la bonne voie, dit Claudia Prémont, qui sollicite un deuxième mandat après avoir remplacé Me Khuong en septembre 2015. Sa réélection n’est pas acquise : outre Lu Chan Khuong, elle affronte un autre prétendant, Paul-Matthieu Grondin, jeune avocat de 33 ans qui prône une « révolution » dans l’administration poussiéreuse de la justice et du Barreau.

L’unité reste fragile au sein de l’ordre professionnel des avocats, convient la bâtonnière. Elle propose une façon fort simple de ramener la paix : « Je veux aller chercher un mandat clair de la part des membres », dit-elle en entrevue. Le scrutin se déroulera par voie électronique entre le 2 et le 12 mai 2017.

« Quand je dis que c’est fragile, c’est parce que Me Khuong est extrêmement critique sans nécessairement apporter toujours des solutions. Elle le disait elle-même : elle polarise. Il y a des gens qui l’aiment et il y a des gens qui ne l’aiment pas du tout. »

L’amitié entre les deux avocates — qui ont travaillé ensemble au Barreau de Québec — s’est refroidie au cours des derniers mois. Lu Chan Khuong, qui s’est retirée après avoir fait l’objet d’une plainte pour vol à l’étalage (ayant bénéficié du programme de non-judiciarisation), ne mâche pas ses mots envers celle qui lui a succédé.

« Depuis un an et demi, j’ai constaté que la justice ne va pas bien au Québec. La bâtonnière doit jouer un rôle de chien de garde. Si Me Prémont ne veut pas jouer ce rôle-là, qu’elle se tasse ! » dit Lu Chan Khuong en entrevue.

Plus critique

L’ancienne bâtonnière fait campagne pour un Barreau plus militant, plus présent sur la place publique et plus critique envers le gouvernement, lorsqu’il le faut. Elle estime que Claudia Prémont aurait dû intervenir plus tôt pour défendre les 1100 juristes de l’État, qui ont été forcés de rentrer au travail, la semaine dernière, après une grève de quatre mois.

Me Khuong est aussi critique envers la bâtonnière et la ministre de la Justice pour leur gestion des suites de l’arrêt Jordan de la Cour suprême, qui menace des dizaines, voire des centaines de procès criminels à cause de la lenteur du système : « La ministre n’a pas fait ses devoirs. Il faut la challenger. Comment ça se fait que les palais de justice ferment à 16 h 30 ? Ça devrait être à 20 h ! »


Baisse de salaire

La bâtonnière rejette ces critiques. Claudia Prémont rappelle qu’elle est intervenue auprès du gouvernement Couillard durant le conflit avec les juristes de l’État. Et elle travaille activement au sein de la table Justice-Québec, qui met en place des solutions pour réduire l’engorgement des tribunaux.

Autre sujet chaud : le salaire de la bâtonnière, calqué sur celui d’un juge de la Cour supérieure à 308 000 $. Lu Chan Khuong propose de le ramener à 189 000 $. Claudia Prémont révèle qu’elle a renoncé à l’indexation de son salaire. Elle appuie aussi le principe d’une diminution du salaire et s’engage à consulter ses membres à ce sujet.

En attendant, Claudia Prémont diminue aussi les cotisations professionnelles des avocats : les 26 517 membres du Barreau ont un rabais de 160 $ cette année, et une diminution récurrente de cotisations de 200 $ (plus un autre rabais de 50 $) en 2018-2019.

Du sang neuf

Paul-Matthieu Grondin applaudit la baisse des cotisations. Mais il fait campagne pour aller encore plus loin : les conditions de travail des jeunes avocats se sont si détériorées que plusieurs se démènent pour avoir des revenus décents, fait-il valoir. La rémunération des stages est au coeur de ses revendications.

Il milite pour davantage de formation gratuite et davantage de transparence au sein du Barreau — comme la diffusion des procès-verbaux du conseil d’administration. Il veut aussi faire plus de place aux technologies dans l’administration de la justice : « Nos palais de justice, ce sont des hangars à papier ! Il faut faire imprimer nos documents en six exemplaires, sans possibilité de pages recto verso. C’est une honte ! »

3 commentaires
  • André Savary - Abonné 8 mars 2017 08 h 19

    Votez!!

    Oyez oyez, amis et disciple de Thémis, à cette élection ci,donnez vous donc la peine de voter! Vous aurez ainsi plus de chance d'éviter le ridicule!

  • Denis Paquette - Abonné 8 mars 2017 08 h 20

    une justice que seul les riches peuvent se payer est-elle toujours une justice

    Une question que l'on peut se poser, si le droit a été au point de départ un outils civilisationnel, est-il toujours juste et égalitaire, représente-t-il toujours la civilisation ou son contraire, le droit est-il toujours utile, si l'on posait la question a l'ex president américain, sa reponse serait sans doute, un non convaincu, car ce serait sans doute prendre le risque que tout s'écroule, il y a tres tres longtemps Hamourabie n'a-t-il pas insisté sur l'égalité des forces, une justice que seul les riches peuvent se payer est-elle toujours une justice

  • Bernard Plante - Abonné 8 mars 2017 11 h 20

    Intervention...

    "Claudia Prémont rappelle qu’elle est intervenue auprès du gouvernement Couillard durant le conflit avec les juristes de l’État".

    Le problème est qu'il aura fallu attendre quatre mois avant la fin de l'interminable et injustifiable mutisme de Mme Prémont. Car l'intervention dont elle parle s'est traduite par une lettre et une sortie sur le terrain en appui aux juristes... après quatre mois de grève!

    Une lettre et une sortie en quatre mois peut-il être qualifié de suffisant? Loin de là. On peut plutôt constater que durant la majeure partie du conflit Mme Prémont a préféré rester confortablement au chaud en évitant de contester le gouvernement de quelque manière que ce soit pour conserver ses acquis. Avec une telle absence de leadership, comment espérer que la justice puisse un jour se porter mieux?

    Test échoué. Au suivant.