Réseau de prostitution juvénile à Québec - Témoignage contradictoire au procès de Robert Gillet

Robert Gillet
Photo: Jacques Nadeau Robert Gillet

C'est une jeune fille troublée, hantée par des trous de mémoires et poursuivie par ses déclarations contradictoires qui a témoigné hier au procès de l'animateur Robert Gillet, accusé d'avoir obtenu les services sexuels de deux mineures moyennant rétribution et d'avoir agressé sexuellement l'une d'elles.

NSG faisait partie d'un réseau de prostitution juvénile démantelé par la police de Québec, une affaire qui alimente tant de controverse et de rumeurs dans la vieille capitale que le procès devant jury de Gillet a été transféré à Montréal. La jeune fille n'a couché qu'une seule fois avec Gillet, dans un motel du boulevard Hamel dont elle a oublié le nom, lors d'une soirée dont elle ne se souvient plus de la date exacte, mais que l'acte d'accusation situe entre le 25 novembre et le 16 décembre 2002. NSG était âgée de 15 ans et demi au moment des faits.

Sa mémoire lui joue des tours. «Il me manque des morceaux. Oui, ça me trouble», a-t-elle lancé en contre-interrogatoire, excédée par les questions pointues de Jacques Larochelle, l'avocat de Gillet. Mais NSG garde un pénible souvenir de cette soirée qui lui a rapporté plus de 300 $. Gillet lui aurait d'abord demandé «un golden shower», c'est-à-dire qu'il s'est agenouillé dans la baignoire pendant que la jeune fille urinait sur lui. Ils se sont par la suite rendus dans la chambre, où se serait déroulée une relation qualifiée de «correcte» par la jeune fille. Gillet l'aurait ensuite sodomisée, ce qui ne faisait pas partie de l'entente initiale. NSG a dit non, mais l'accusé ne se serait pas arrêté. L'agression se serait terminée par une fellation au cours de laquelle Gillet aurait rendu le «golden shower» à sa partenaire d'un soir.

L'accusé est demeuré impassible à l'audition de ce récit devant le jury et une salle comble. La preuve de la Couronne repose presque exclusivement sur le témoignage de NSG et d'une autre mineure, DB. Gillet a déjà admis qu'il avait eu des relations sexuelles moyennant rétribution avec DB, mais il la croyait majeure.

Après le bref témoignage de NSG, Me Larochelle a attaqué sa crédibilité en contre-interrogatoire. Des contradictions ressortent au grand jour. NSG a dit à la Cour qu'elle avait obtenu le numéro de cellulaire de Robert Gillet par l'entremise de Jean-François Guay. Dans ses déclarations à la police, elle affirmait pourtant qu'elle avait donné son numéro à Gillet, et non l'inverse.

NSG s'était également vantée d'avoir soupé avec des gens connus, dont le maire de Québec, Jean-Paul L'Allier. Elle s'est par la suite rétractée. C'était complètement faux. «Je n'ai aucune idée pourquoi je l'ai impliqué. Dans ce temps là, je ne "filais" pas bien», a-t-elle dit hier au sujet de cet incident.

De même, elle a affirmé dans une première déclaration à la police que Robert Gillet ne pouvait ignorer le fait qu'elle était mineure. Une déclaration antérieure à la police fait cependant ressortir que Gillet s'était informé de son âge et de ses activités lors d'une première rencontre sans incident, au restaurant Le Postino. Une policière a confirmé devant le jury que c'était bien le sens de cette autre déclaration. Dans son témoignage d'hier, NSG a pourtant affirmé que Gillet et elle n'avaient discuté de rien au Postino. Pour NSG, cette contradiction ne représente qu'«une supposition».

La jeune fille n'a pu contenir ses larmes à plusieurs reprises, entre autres lorsqu'elle a relaté ses débuts dans la prostitution, à 14 ans, alors qu'elle s'est enfuie du domicile familial pour vivre un mois à Montréal. Elle gagnait de 2000 à 5000 $ par semaine en faisant «du live sur Internet». «Je me masturbais devant des ordinateurs», a-t-elle dit d'une voix peinée. Le contre-interrogatoire se poursuit aujourd'hui.