Critiqué, le recteur de l’Université Laval défend son silence

Le recteur Denis Brière
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Le recteur Denis Brière

Critiqué pour son silence à la suite des agressions commises sur le campus, le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, s’est défendu mardi en disant qu’il ne pouvait pas commenter un dossier en cours d’enquête.

« Lorsqu’il y a enquête, je ne peux pas réagir. Ce n’est pas le rôle du recteur lorsqu’il y a une enquête, a-t-il déclaré lors d’un point de presse, aux côtés de la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Aujourd’hui, je viens parler aux médias parce que vous avez insisté », a-t-il dit aux journalistes.

Rappelons que, dans la nuit de vendredi à samedi, un ou des agresseurs se sont introduits dans les chambres d’une dizaine d’étudiantes des résidences, selon la police. Au moins quatre d’entre elles auraient été agressées sexuellement.

Quand les journalistes ont fait remarquer au recteur qu’il aurait pu commenter autre chose que l’enquête, dont les services psychologiques offerts aux étudiants, il a ajouté « que tous les communiqués [l’avaient] fait de façon claire ».

Une gestion de crise « catastrophique »

Depuis samedi, l’Université Laval s’est fait critiquer pour sa gestion des communications, dans la foulée des agressions commises aux résidences. On lui reproche d’avoir mis plus de deux jours avant de rencontrer les médias (lundi midi), et l’absence du recteur jusqu’à ce mardi midi n’est pas passée inaperçue.

« En tant que membre de cette communauté, je suis renversé par le manque d’empathie et de leadership des membres de la haute administration », a écrit l’un des enseignants de l’université, Thierry Giasson, sur sa page Facebook lundi.

« C’est injustifiable. Nous sommes tous bouleversés par ce drame et nous avons besoin d’entendre et de voir ceux qui disent guider notre communauté s’exprimer, réagir et agir. Sortez de vos bureaux et rejoignez-nous publiquement sur le campus, dans notre cité, afin que nous exprimions solidairement le rejet de ces actes ignobles. Montrez-vous ! Parlez-nous ! »

Bombardé de questions mardi, le recteur a affirmé qu’une cellule de crise avait été constituée dès le samedi. « Ma priorité, c’est de sécuriser le campus et de faire en sorte que les gens puissent continuer à avoir confiance en l’Université Laval », a-t-il dit.

Questionné sur sa présence sur le campus, il a répondu avoir été sur le campus « à quelques reprises » et qu’il avait été « à Montréal pendant au moins un jour ». Il a en outre défendu le travail du personnel de l’Université Laval. « Tout le monde a travaillé de façon extraordinaire sur ce dossier-là. »

Mardi, le sujet a rebondi à l’Assemblée nationale, où la Coalition avenir Québec (CAQ) a parlé d’une « gestion de crise désastreuse » et reproché à la ministre Hélène David de ne pas s’en être « dissociée ».

À l’Université Laval, la ministre avait rencontré la direction et l’équipe de gestion de crise de l’université et échangé avec un groupe d’étudiants.

Arborant le macaron de la campagne « Sans oui, c’est non », Mme David avait signalé que sa sensibilité à la question des agressions sexuelles sur les campus n’était pas nouvelle. « Les recteurs avaient commandé une étude sur la violence sexuelle, je vais élaborer une politique à partir de ça, a-t-elle dit. Et je vais travailler fort sur une politique-cadre sur la prévention du harcèlement et de la violence sexuelle. »

En partant, la ministre a aussi encouragé les gens à prendre part au rassemblement de soutien prévu mercredi soir devant la résidence de l’Université Laval où sont survenues les agressions. L’instigateur de l’événement, le professeur Giasson, invite les gens à signifier ainsi leur « rejet de la culture du viol sous toutes ses formes » sur le campus.

Le Comité femmes de l’Université Laval tiendra à l’occasion une vigile en soutien aux victimes. Mardi, ce groupe avait installé au pavillon Desjardins une immense banderole avec le slogan « Abolissons la culture du viol ». Or les services de sécurité de l’université l’ont rapidement retirée.

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