Des dizaines de victimes alléguées se manifestent

Le collège Mont Sacré-Coeur
Photo: Samuel Freli / CC Le collège Mont Sacré-Coeur

Les avocats ayant intenté une action collective contre les Frères du Sacré-Coeur étaient mercredi submergés d’appels provenant d’autres victimes potentielles de ceux qui géraient autrefois le collège Mont Sacré-Coeur de Granby, éclaboussé par des allégations d’agressions sexuelles envers d’ex-pensionnaires.

Quarante ans après les agressions sexuelles alléguées par une victime identifiée par la seule lettre « A » dans une demande d’autorisation d’action collective, les langues se délient. Mercredi, « plusieurs dizaines » d’hommes affirmant avoir eux aussi été agressés sexuellement par le frère Claude Lebeau pendant leur passage au collège sont entrés en communication avec les avocats chargés du dossier.

« On savait d’expérience qu’il devait y avoir plusieurs victimes. Ça s’est confirmé aujourd’hui, a indiqué au Devoir l’avocat Pierre Boivin. On nous a également parlé d’au moins un autre frère qui aurait posé des gestes. »

Les gestes allégués donnent froid dans le dos. « A » aurait été agressé à près de 300 reprises entre l’âge de 13 et 15 ans, à raison de trois à six fois par semaines. « Il arrivait fréquemment que le requérant doive attendre en file alors que le frère était occupé avec un autre élève seul dans sa chambre. Lorsque l’élève sortait et [que] c’était [son] tour d’aller dans la chambre du religieux, ce dernier attendait souvent assis sur le lit, indique la requête. Les élèves ne discutaient jamais de ce qui se passait dans la chambre du frère Lebeau. »

Aujourd’hui âgé de 56 ans, l’homme a vécu une vie difficile marquée par l’anxiété, l’alcoolisme et la toxicomanie. C’est en écoutant un reportage portant sur d’autres victimes de prêtres qu’il s’est décidé à contacter le cabinet Kugler Kandestin, qui a porté devant les tribunaux de nombreux dossiers semblables.

L’avocat des frères, Yanick Messier, est lui-même un ancien élève du collège, bien qu’il ait fréquenté l’établissement plusieurs années après les gestes allégués. Mercredi, il n’a ni reconnu ni rejeté les assertions de la poursuite. Les Frères du Sacré-Coeur « sont très sensibles [à cette cause], mais surtout profondément attristés », a-t-il indiqué. Ses clients ont l’intention de faire preuve de transparence et de collaborer activement.

La congrégation a entrepris des recherches au sujet du frère Lebeau et confirme que celui-ci a quitté les ordres en 1997. Rien dans son dossier ne laisse croire que ce serait pour des raisons semblables à celles rapportées dans la poursuite. C’est la première fois que les Frères du Sacré-Coeur sont visés par une telle poursuite.

À la tête du collège Mont Sacré-Coeur, un établissement désormais laïque et mixte, Claude Lacroix a qualifié de « tuile » cette annonce. « Quatre jours avant nos portes ouvertes, côté timing, ce n’est pas idéal. C’est décevant de voir le collège ainsi mis sur la sellette pour des événements survenus il y a si longtemps, mais ce sont des allégations sérieuses. Il y a un processus judiciaire en place et on espère que ça va faire la lumière sur celles-ci », a déclaré celui qui est également un diplômé du CMSC.

Des poursuites récentes

Frères de Sainte-Croix

206 victimes, une quarantaine d’agresseurs

18 millions (2013)

Frères rédemptoristes

Plus d’une centaine

20 millions (2014)

Clercs de Saint-Viateur

Plus de 150 victimes, sourdes pour la plupart

20 millions (2015)

Frère Jean-Paul Thibault, collège Saint-Hilaire

Au moins six victimes

Entente à l’amiable (au moins 1 million) (2016)
1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 14 octobre 2016 08 h 17

    Les propos tendancieux de Claude Lacroix

    « C’est décevant de voir le collège ainsi mis sur la sellette pour des événements survenus il y a si longtemps, mais...»

    La seconde partie de la phrase aurait suffi :

    « ce sont des allégations sérieuses. Il y a un processus judiciaire en place et on espère que ça va faire la lumière sur celles-ci »