Québec planifie une nouvelle prison pour femmes

Le transfert des détenues à la prison Leclerc a donné lieu à toutes sortes de difficultés : intimidation, regards et frôlements, ont dénoncé au cours du printemps des organismes d’aide aux détenues.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Le transfert des détenues à la prison Leclerc a donné lieu à toutes sortes de difficultés : intimidation, regards et frôlements, ont dénoncé au cours du printemps des organismes d’aide aux détenues.

Préoccupé par la cohabitation de détenus des deux sexes à la prison Leclerc, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, conclut qu’il faut construire un nouveau centre de détention pour femmes dans la région de Montréal.

Dans une entrevue accordée au Devoir, le ministre Coiteux a révélé qu’il compte enclencher rapidement le processus qui mènera à la construction d’une nouvelle prison pour femmes. D’ici là, il a décidé de sortir les détenus masculins de la prison Leclerc avant la fin du mois de juin 2017. Seules des femmes seront détenues dans cet ancien pénitencier fédéral pour une période de transition dont la durée reste à déterminer.

« On doit faire un travail à long terme, qui sera éventuellement de construire un nouveau centre de détention féminine dans l’ouest du Québec », a dit Martin Coiteux en entrevue téléphonique, vendredi.

Le ministre de la Sécurité publique, des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire a confirmé la nouvelle publiée au début de septembre par Le Devoir : il compte sortir les détenus de sexe masculin de la prison Leclerc, parce que la cohabitation avec les détenues féminines ne fonctionne pas.

L’ancien pénitencier fédéral de Laval, fermé en 2012 pour cause de vétusté, a été réquisitionné par Québec parce que les prisons provinciales débordent ; 84 détenus provinciaux se trouvent à Leclerc. En février dernier, 248 détenues provinciales ont été transférées à leur tour à Leclerc, parce que la vieille prison Tanguay pour femmes était devenue insalubre.

Cohabitation difficile

La cohabitation entre détenus des deux sexes à Leclerc « n’est pas la solution », affirme le ministre Coiteux. Il avait prévenu dès le printemps dernier qu’il considérait la mixité comme une solution temporaire, forcée par la surpopulation dans les prisons provinciales.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martin Coiteux

Le transfert des détenues à Leclerc a donné lieu à toutes sortes de difficultés : intimidation, regards et frôlements, ont dénoncé au cours du printemps des organismes d’aide aux détenues.

La protectrice du citoyen, qui est aussi ombudsman correctionnel du Québec, a souligné d’autres lacunes provoquées par le transfert des femmes à la prison Leclerc, dans son rapport annuel publié jeudi : des femmes ont été fouillées à nu dans des lieux ne permettant pas de préserver leur intimité ; des détenues ayant des problèmes de santé mentale ont cohabité avec d’autres qui avaient été mises sous protection afin d’assurer leur sécurité ; des détenues ont été privées de leurs effets personnels (vêtements de rechange, produits d’hygiène) pour une période allant jusqu’à 14 jours ; une autre a même été libérée sans qu’on lui ait remis les clés de son appartement.

D’autres détenues ont été privées de soins médicaux ou de médicaments, et ont souffert « d’un sevrage subit et non planifié », a indiqué la protectrice du citoyen.

Trois nouvelles prisons

Le ministère de la Sécurité publique a commencé à remédier à tous ces problèmes dès le début de l’été, a souligné le ministre Coiteux. Il a appelé en renfort la Société Elizabeth Fry, qui travaille depuis quatre décennies à la protection et la réinsertion des détenues. Un comité formé de représentants du ministère de la Sécurité publique et de la Société Elizabeth Fry vient de recommander de sortir les hommes de la prison Leclerc et de construire une nouvelle prison pour femmes, a indiqué Martin Coiteux.

« Le comité recommande aussi de mieux former notre personnel qui travaille avec une clientèle féminine spécifique, et on est déjà en mesure de le faire », dit-il.

Le ministre affirme que l’ouverture imminente de trois nouvelles prisons à Amos, Sept-Îles et Sorel-Tracy permettra de transférer les détenus masculins de Leclerc vers le reste du réseau correctionnel. Ces trois prisons créeront 339 places, selon le ministre.

La protectrice du citoyen se montre sceptique devant le plan du ministre Coiteux : l’ouverture de nouvelles prisons « n’ajoutera pas suffisamment de places dans le réseau correctionnel pour remédier au problème de surpopulation », écrit-elle dans son rapport.

« L’une des solutions réside dans la pleine utilisation de l’établissement Leclerc de Laval », qui peut accueillir jusqu’à 775 personnes, ajoute-t-elle.