Jérémy Gabriel n’est pas surpris que Mike Ward en appelle de la décision

Jérémy Gabriel a déclaré que la décision de Mike Ward et de son avocat, Me Julius Grey, de porter la cause en appel prouve que l’humoriste n’a pas compris ce qui lui est reproché.
Photo: David Afriat Le Devoir Jérémy Gabriel a déclaré que la décision de Mike Ward et de son avocat, Me Julius Grey, de porter la cause en appel prouve que l’humoriste n’a pas compris ce qui lui est reproché.

Le jeune Jérémy Gabriel a accueilli avec soulagement le verdict du Tribunal des droits de la personne dans le dossier l’opposant à Mike Ward, mais n’a été aucunement surpris d’apprendre que l’humoriste prévoyait porter la cause en appel.

Mercredi, le Tribunal a condamné Mike Ward à verser 35 000 $ à M. Gabriel à titre de dommages moraux et punitifs.

Le Tribunal des droits de la personne a déterminé que Mike Ward a porté atteinte au droit à l’égalité du jeune homme en tenant des propos discriminatoires fondés sur son handicap lors d’un spectacle présenté à 230 reprises de 2010 à 2013. L’humoriste devra également verser 7000 $ à la mère du jeune homme.

Jérémy Gabriel, qui souffre du syndrome de Treacher Collins, s’était fait connaître entre autres pour avoir chanté devant le pape et Céline Dion.

Dans sa décision de 33 pages, le Tribunal a donné raison à Jérémy Gabriel et à ses parents ainsi qu’à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui soutenaient que les propos tenus par l’humoriste sur le handicap du jeune homme avaient « porté atteinte à son droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation, sans discrimination ».

En entrevue avec La Presse canadienne, Jérémy Gabriel a déclaré que la décision de Mike Ward et de son avocat, Me Julius Grey, de porter la cause en appel prouve que l’humoriste n’a pas compris ce qui lui est reproché.

« C’est une incompréhension de sa part, du motif de la plainte, du motif de la Commission des droits de la personne, de la cause qu’il clame défendre : la liberté d’expression », a-t-il indiqué.

Par communiqué, le Tribunal expliquait mercredi que les arguments de Mike Ward sur sa liberté d’expression – qui lui donnait le droit, dit-il, de se moquer du jeune garçon – et sur la « différence très nette entre l’acharnement contre une personne et une oeuvre artistique produite devant un public consentant » ont été rejetés par le juge Scott Hughes. Selon le juge, le litige mettait en opposition deux droits fondamentaux : la liberté d’expression et le droit d’être protégé contre des propos discriminatoires. Or, le Tribunal a conclu dans cette affaire que le second droit devait prévaloir.

Pour Jérémy Gabriel, l’enjeu dans ce dossier n’en est tout simplement pas un de liberté d’expression.

« Je vais continuer de le dire, c’est évident que c’est un faux débat, par rapport à la liberté d’expression, parce que quand on utilise des motifs discriminatoires, quand on utilise des motifs diffamatoires, incitant à la haine, on ne peut pas parler de liberté d’expression. Dans le cas de M. Ward, les blagues et le sketch de » Mike Ward s’expose « ne peuvent pas se situer sous le socle de la liberté d’expression parce qu’ils viennent directement attaquer mes droits, mon droit à l’égalité. C’est principalement ça que je voulais prouver », a-t-il dit.

Le jeune homme de 19 ans admet qu’il a connu des moments difficiles depuis le début des procédures, mais que malgré tout, jamais il n’a eu envie d’abandonner le combat. Il se sent d’ailleurs prêt à le poursuivre, si nécessaire.

« Si ça a à se poursuivre, ça va se poursuivre et je vais être présent », a-t-il assuré.

7 commentaires
  • Emmanuel Rousseau - Inscrit 21 juillet 2016 15 h 24

    Éthique?

    Exactement, ce que Mike Ward ne comprend pas dans sa bataille pour la liberté d'expression c'est qu'il a utilisé sa position de personnalité publique pour intimider quelqu'un en faisant peu de cas de l'éthique et du rapport de force.

    Ce qu'on peut dire d'un politicien ou autre personnalité publique ne peu pas nécessairement être dit d'une personne qui a probablement été victime de discrimination et peine à s'en sortir.

    Bref, attaque les plus forts, pas les plus faibles.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 21 juillet 2016 15 h 44

    Bonne continuation monsieur Gabriel

    Bravo pour votre courage monsieur Gabriel! Continuez votre combat! Si cela avait été de la liberté d'expression, il aurait dû communiquer avec vous préalablement et vous communiquer le contenu du sketch, qu'il vous aurait fait "approuver" au sens où vous auriez été à l'aise avec son contenu. Très bas de la part de monsieur Ward ce qu'il a fait, même si c'est vous qu'il a humilié, je peux vous dire qu'au bout du compte, c'est lui qui m'apparaît le plus misérable par la faiblesse de son savoir-être.

  • Colette Pagé - Abonnée 21 juillet 2016 18 h 06

    Grossier personnage !

    Au lieu de s'excuser, le comique décide d'en appeler de la décision. Il persiste et signe dans la vulgarité. Comment expliquer qu'autant de spectateurs fréquentent ses prestations. Qui se rassemble se ressemble !

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 juillet 2016 18 h 40

      Au contraire, je crois là qu'il y a matière à un vrai débat juridique et philosophique. La liberté d'expression n'est (malheureusement) pas une question de bon gout.

  • Marc Therrien - Abonné 21 juillet 2016 19 h 05

    La liberté et les libertaires

    Ce sera un combat juridique intéressant à suivre. D'autant plus que le ''jeune'' Jérémy Gabriel n'est plus le "petit" Jérémy Gabriel. Il a grandi et s'est renforci. Je me demande s'il y a un festival de l'humour en Corée du Nord. S'il n'y en a pas, Mike Ward, qui ressemble étrangement à Kim Jong-un, pourrait lui proposer d'en "partir" un. Pour le reste, afin de mieux comprendre le point de vue des libertaires, je vais lire Noam Chomsky, un peu.

    Marc Therrien

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 21 juillet 2016 21 h 06

    Du côté de Jérémy, de tout cœur

    Je suis personnellement du côté de Jérémy Gabriel. Pour Ward, déconner sur le dos de quelqu'un d'autre c'est facile et... surtout payant. Lui, il n'en tire que profits. Jérémy, que des problèmes particulièrement difficiles à vivre, même s'il n'a rien fait à qui que ce soit. Au fait, Mike Ward me fait beaucoup penser à Jeff Fillion qu'on n'est pas près d'oublier. Même genre. Même démagogie. On attaque les autres pour se faire valoir et puis on ne leur doit rien. Ce serait aux autres, ceux qui sont attaqués ainsi que leurs proches, à prendre leur trou. Et l'attaque ne s'arrête pas uniquement aux jokes de celui qui se décrit humoriste ou animateur de radio. Non, les victimes doivent, elles, se débrouiller avec les conséquences parce qu'il y a malheureusement beaucoup de monde bizarre qui, dans ces occasions, se sent autorisé à fesser sur quelqu'un juste parce qu'un drôle à quelque part a débité publiquement des insultes dans ses spectacles. Et le drôle ainsi que sa horde de souteneurs ont l'audace d'appeler cela de la liberté d'expression. OK, tu es libre de débiter tout ce que tu veux, mais il te faudra comprendre qu'il y aura peut-être des conséquences et que tu devras assumer la portée de tes paroles, ce qui est parfaitement juste et équitable.

    Je souhaite donc bonne chance à Jérémy. S'il y a une foule de comiques qui s'amusent de sa personne, il y en a beaucoup d'autres qui considèrent que ce qui lui est arrivé est parfaitement inadmissible et ce n'est certainement pas les modifications au concept de liberté d'expression qu'on veut rendre par tous les moyens le plus élastique possible, qui vont faire en sorte que ce genre de comportement est admissible.

    Par ailleurs, ce qui serait sûrement intéressant à voir, c'est le fameux Julius Grey défendant bec et ongles Mike Ward qui, ayant fait des spectacles garnis de méchantes jokes mais en changeant les mots "Jérémy Gabriel" par "Juifs", serait alors poursuivi par la communauté juive en colère.