Mike Ward condamné à payer 42 000 $

Mike Ward en spectacle, 2014.
Photo: Wikipedia Mike Ward en spectacle, 2014.

L’humoriste Mike Ward interjettera appel de la décision du Tribunal des droits de la personne, qui l’a condamné mercredi à payer 42 000 $ à Jérémy Gabriel en raison d’un sketch à propos du handicap du jeune chanteur.

« C’est complètement erroné et on va contester », a déclaré au Devoir Julius Grey, qui défend l’humoriste. Refusant de commenter davantage, l’avocat s’est contenté de déclarer que la décision du juge Scott Hughes était « manifestement mal fondée ».

En vertu de la décision du magistrat, Mike Ward devra verser 35 000 $ à Jérémy Gabriel et 7000 $ à sa mère, aussi ciblée par une des blagues de son spectacle Mike Ward s’eXpose, présenté 230 fois entre les mois de septembre 2010 et mars 2013. « Un humoriste ne peut agir uniquement en fonction des rires de son public ; il doit aussi tenir compte des droits fondamentaux des personnes victimes de ses blagues », a écrit le juge Hugues dans sa décision.

Un humoriste ne peut agir uniquement en fonction des rires de son public ; il doit aussi tenir compte des droits fondamentaux des personnes victimes de ses blagues

 

Le jugement fait suite à une poursuite de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse envers Mike Ward, auquel elle réclamait un montant de 80 000 $ en raison de blagues qu’il a faites à propos de l’apparence et du handicap de Jérémy Gabriel. Le jeune homme de 19 ans, qui vit avec le syndrome de Treacher Collins, a soutenu en cour que le sketch l’a dégoûté et blessé, lui faisant perdre confiance et espoir et le poussant même à songer au suicide.

Liberté d’expression

Dans son numéro, Mike Ward s’est notamment moqué de l’appareil auditif du chanteur et des prestations qu’il a offertes à Céline Dion et au pape, en 2006. Dans sa défense, l’humoriste a évoqué la liberté d’expression, en rappelant notamment qu’il utilise l’humour pour briser les tabous et pour démontrer « que l’on peut rire de tout ». La portion de son spectacle dans laquelle il avait inséré les blagues à propos de Jérémy Gabriel s’appelait d’ailleurs « Les Intouchables », et elle portait sur les personnalités publiques dont il est difficile de rire sans créer un malaise, a-t-il fait valoir. Selon l’humoriste, il y a une « différence très nette entre l’acharnement contre une personne et une oeuvre artistique produite devant un public consentant ».

Le juge Hugues est d’un autre avis. Il a conclu que « les blagues de monsieur Ward ont outrepassé les limites de ce qu’une personne raisonnable doit tolérer au nom de la liberté d’expression ». La discrimination dont Jérémy a été victime est donc injustifiée, a-t-il jugé, en soulignant que Jérémy Gabriel a été pris pour cible « sans y avoir consenti » et que les blagues de Mike Ward « ne soulèvent pas une question d’intérêt public ».

L’agent de Mike Ward, Michel Grenier, a déclaré que l’humoriste ne ferait aucun commentaire. Le principal intéressé s’est contenté de partager le tweet d’un homme qui soulignait que la décision du tribunal « débile » (retarded, en anglais) devrait au moins entraîner une bonne performance de l’humoriste, qui présentait un spectacle en soirée dans le cadre du Festival Juste pour rire.

Le jugement de Scott Hugues, cependant, laisse entrevoir une tout autre vision de l’humour. « Il y a lieu de penser que M. Ward modifiera sa conduite de façon à ne plus contrevenir aux garanties d’égalité prévues par la Charte », peut-on y lire en guise de conclusion.

24 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 20 juillet 2016 20 h 40

    La suite sera intéressante...

    Il y a une frontière à la limite de la liberté d'expression et le fait de se proclamer artiste parce que l'on est humoriste. Il est indigne des humoristes de faire des blagues sur le dos de petites gens, serait-il possible d'élever le débat à des enjeux sociaux et/ou politique? Monsieur Ward ne pourriez-vous élever un peu votre humour sur le plan intellectuel et vous inspirer de Marc Favreau?

    • Gilles Delisle - Abonné 21 juillet 2016 09 h 07

      S'inspirer de Marc Favreau? Je pense que ce type d'humoriste en serait incapable. Cet humoriste se tient dans les bas-fonds de l'humour facile, et va continuer dans ce créneau.

    • Maryse Veilleux - Abonnée 21 juillet 2016 13 h 57

      Vous avez raison monsieur Delisle... je suis une nostalgique des humoristes d'une vive intelligence et doté d'une belle culture.

  • Hubert Graton - Abonné 20 juillet 2016 20 h 45

    eh bien

    Le "Jourrrrnal de MOUURRRREAL " va surement organiser un souper bénéfice pour l'aider.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 20 juillet 2016 20 h 50

    Se servir de l'autre, impunément

    Le fait de se servir de la personne de Jérémy Gabriel pour faire des jokes dans le cadre d'un spectacle d'humoriste relève de la liberté artistique. C'est très important de s'en souvenir car cela aura pu faire avancer les débats et faire tomber des tabous. Quels tabous? Celui pour un humoriste de ne pas pouvoir se valoriser publiquement et faire de l'argent en se servant de la personne de quelqu'un qui ne lui a rien fait? Doit-on croire, sous peine de "tabou", que ce sont les humoristes finalement qui fixent les règles. Ils sont rendus comme Uber. Les règles établies, ce n'est pas pour eux. Les seules règles qu'ils veulent reconnaitre sont celles qui servent leurs intérêts. La liberté d'expression, ce n'est qu'un prétexte creux sur lequel ils se rabattent. Le Journal de Mourréal se servait de la marque de commerce d'un autre journal pour faire ses jokes. Même si les jokes en question étaient drôles, dans notre société, les règles sont claires à ce sujet. Faire des jokes, ce n'est pas une raison reconnue valable pour se servir de la marque d'une autre personne ou entité sans son consentement, donc encore moins valable lorsqu'il s'agit d'une personne elle-même. Alors Mike Ward devrait comprendre cela lui aussi. Se servir de la personne de Jérémy Gabriel pour faire des shows comiques, sans le consentement de ce dernier, c'était abusif et il mérite ce qu'il vient d'obtenir.

    Est-ce qu'il s'est proposé, lui, Mike Ward, pour compenser les torts et préjudices sérieux causés à Jérémy? S'est-il même questionné à ce sujet? Personnellement, je serai toujours contre l'attitude de ces gens qui se servent des autres dans leur propre intérêt et qui se fichent des torts causés aux personnes qui ont le malheur d'être visées par leurs jokes. Faire le bouffon sur le dos des autres sans égard pour eux, cela est inadmissible n'en déplaise aux pourfendeurs de tabous.

    Et j'espère sincèrement que la décision du juge Hughes ne sera pas déclarée mal fondée comme le réclame notre fame

  • Marc Therrien - Abonné 20 juillet 2016 22 h 12

    L'incarnation d'un esprit 2 fois millénaire qui ne veut pas mourir

    Au risque de décevoir tous ceux qui pensent que ce n'est pas permis de "rire des petites gens ou des handicapés", je leur dis quand même que ce genre d'humour libre existe depuis plus de 2000 ans. Pour mieux comprendre ce qui nous arrive aujourd'hui et de "quoi il en retourne", je vous recommande la lecture du livre "Je pense, donc je ris. Humour et philosophie", sous la direction de Normand Baillargeon et Christian Boissinot. Comme pour beaucoup de phénomènes de société, on peut aussi déplorer pour l'humour (mais pas moi) que "plus ça change, plus c'est pareil". Je cite ici Baillargeon et Boissinot: "Étrangers, déviants, excentriques, pouvoir politique, ordre social, institutions, sexualité et langage ont de tout temps, et en tous lieux, alimenté la production comique".

    Ainsi, qu'il suffise de penser, en s'en rappelant, à la comédie grecque qui jouissait goulûment des attaques personnelles, des grossièretés et des sarcasmes (du grec, "sarkasmos" de "sarkazein", mordre la chair (sarkos) ).
    Est-ce que c'est parce qu'en général "le monde était moins beau" ou plus laid, c'est selon, que les grands esprits de ce temps-là pouvaient allègrement se moquer de toutes les sortes de défauts ou insuffisances physiques, intellectuels et moraux? Baillargeon et Boissinot nous ramènent au romain Cicéron qui, dans "De l'orateur", "conseillait de se moquer des vices, difformités et défauts corporels des hommes, bannissant cependant la misère et la perversité extrêmes". Il semble que plus de 2000 ans plus tard, des humoristes comme François Avard et Jean-Francois Mercier, avec "les Bougons", et Mike Ward ont fait fi de ce bannissement et ont trouvé un public complice pour repousser les barrières et ainsi, agrandir l'enclos où on peut se promener libre en riant. C'est toujours moins pire que de tirer à la mitraillette.


    Marc Therrien

    • Richard Lupien - Abonné 21 juillet 2016 10 h 54

      Il n'est pas dit que Baillargeon approuve Cicéron.... et ce n'est pas parce Cicéron propose qu'il faille faire de même. Le célèbre romain a aussi droit à l'erreur.

      À cette époque les femmes étaient des sous-humaines....faudrait-il copier ces mœurs du passé comme telles?

  • Joane Hurens - Abonné 20 juillet 2016 23 h 24

    Ward ou ce n'est pas parce qu'on rit que c'est drôle

    Définitions des mots «Liberté - Artistique - Humoriste» selon Ward

    Liberté: la liberté de faire du fric sur le dos de gens qui ne peuvent se défendre.
    Artistique: là où l'émotion, la finesse, l'intelligence, la beauté doivent être remplacées par la vulgarité, la brutalité, le «bullying» et la cruauté
    Humoriste: métier dont le but n'est pas d'être drôle et encore moins d'être comique mais de faire du fric vite.

    En fait, Mike Ward est notre Donald Trump de «l'humour»!