Peine maximale pour un jeune islamiste

C’est la première fois au Canada qu’un mineur est condamné en vertu des nouvelles dispositions légales pour contrer le terrorisme.
Photo: Michaël Monnier Archives Le Devoir C’est la première fois au Canada qu’un mineur est condamné en vertu des nouvelles dispositions légales pour contrer le terrorisme.

La Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec a condamné un adolescent à une surveillance en milieu fermé pour 24 mois, suivie d’une probation de 12 mois. Il était accusé d’activités terroristes.

Dans les faits, le jeune homme pourra à nouveau connaître la vie en société dans 16 mois. La juge Dominique Wilhelmy en a décidé ainsi mercredi matin. Sa décision constitue un précédent. C’est la première fois au Canada qu’un mineur est condamné en vertu des nouvelles dispositions légales pour contrer le terrorisme.

Le jeune homme sera par la suite soumis à une période de probation de douze mois, le tout assujetti à des restrictions et des contrôles importants. Dans le but de quitter le Canada pour combattre en Syrie, le jeune homme avait volé un dépanneur à la pointe d’un couteau et structuré son départ.

Ils ont profité de son immaturité pour lui faire faire ce qu’il a fait

 

La juge Wilhelmy observe à la lumière des rapports que les dispositions du jeune homme se sont favorablement modifiées. Elle se dit toutefois très troublée de voir qu’il souhaite poursuivre ses études au Collège de Maisonneuve, une institution connue désormais, dit-elle, pour avoir des liens avec la radicalisation.

L’avocat du jeune homme, Tiego Murias, a cependant indiqué à la sortie du Tribunal que son client était privé d’informations depuis des mois et qu’il ne pouvait donc être au fait de ce qui s’est produit au Collège de Maisonneuve au moment d’envisager de poursuivre des études là-bas.

Le Tribunal s’en est remis à l’avis de cinq experts qui ont produit des rapports, dont l’ancienne députée et sociologue Maria Mourani qui s’intéresse de près aux questions de radicalisation. Pour elle, « il s’agit d’une très bonne décision, qui va dans le sens d’une réhabilitation ». Tous les experts ont noté des progrès significatifs chez le jeune homme. Ils ne peuvent cependant pas indiquer qu’il ne représente plus désormais de risques pour la société. « Nous ne sommes pas capables de dire avec certitude qu’il n’est plus à risque. »


Rencontres avec un imam

La Couronne et la défense ont noté conjointement les effets bénéfiques de rencontres du condamné avec un imam. Ce religieux l’aurait beaucoup aidé à départager les limites de sa foi et de la politique. Le Tribunal ordonne d’ailleurs qu’il continue un suivi avec un imam ou un théologien, lequel devra être approuvé préalablement. Il doit en plus consulter un psychologue et suivre ses recommandations.

Le jugement indique qu’il devra résider chez ses parents, fréquenter l’école, ne posséder aucun objet qui pourrait servir d’armes. Le jeune homme ne peut posséder de cellulaire ou de système de communication de ce genre. Il ne peut communiquer avec aucune personne susceptible d’entretenir des liens avec des groupes terroristes. Ses éventuels déplacements seront assujettis à un périmètre restreint. Il doit enfin se présenter à un représentant du Tribunal de la jeunesse et fournir ses empreintes génétiques.

Le condamné ne pourra en plus obtenir aucun passeport ni quitter le pays. Il ne peut utiliser un ordinateur, sauf pour ses travaux scolaires ou un travail. L’ordinateur utilisé sera soumis à un contrôle de la Gendarmerie royale du Canada et vérifié.

De plus, le jeune homme se voit interdire d’utiliser les réseaux sociaux actuels ou à venir pour une période de 4 ans.

Témoignage du père

Le père du jeune condamné, 50 ans, s’est adressé sobrement à la Cour, à l’invitation de la juge Wilhelmy. Tout au long du procès la juge a rappelé à plusieurs reprises que l’adolescent doit la vie à l’attitude de sa famille, de son père en particulier. La mère ne s’est pas présentée devant la Cour tout au long du procès ni pour entendre ce jugement.

Le jeune homme a baissé les yeux et a fixé le tapis au moment où son père a pris la parole. « Mon fils est un adolescent et c’est encore un adolescent. » « Les gens qui l’ont endoctriné, dit-il, étaient rusés et malins. » Ils ont « profité de son immaturité pour lui faire faire ce qu’il a fait ». Il se dit heureux de voir qu’il peut à nouveau communiquer avec son fils.

Le jeune homme n’a pas souhaité s’adresser au Tribunal. Il a conservé cette allure dure qu’il n’a pas quittée tout au long du procès. Il a cependant souri plusieurs fois après que la sentence eut été prononcée, laissant pour la première fois paraître des émotions à l’occasion de ce procès unique.

5 commentaires
  • - Inscrit 6 avril 2016 14 h 48

    Le père...

    ... une personne digne de tout notre respect !

  • - Inscrit 6 avril 2016 15 h 09

    Je suis bien d'accord...

    "le jeune homme pourra à nouveau connaître la vie en société dans 16 mois."

    Mais entretemps, que fera-t-on avec lui ? On le laissera entre les mains d'un "imam aux effets bénéfiques" ? À mon avis, il devrait, préventivement, être soustrait de tout contact avec un "imam". Il devrait suivre une formation humaniste occidental (de Érasme à nos jours), la citoyenneté et ses valeurs. Puis le tester sur se qu'il pense des femmes, la société occidentale qui l'a acccueilli, la démocratie, l'égalité des personnes, la peine de mort, la place de la religion dans une société démocratique, etc.
    s'il réussit à concilier des réponses avec sa société d'accueil, bravo. S'il échoue, eh bien, on le parachute dans son État islamique.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 6 avril 2016 23 h 09

      Si vous lisez bien l'article, M.Hubert, cet adolescent sera soumis à une garde en milieu fermé pour 16 mois minimum (en centre d'accueil, pour parler clair). Il ne sera certainement pas sous l'influence d'un imam pendant ce temps.

  • - Inscrit 6 avril 2016 15 h 09

    Je suis bien d'accord...

    "le jeune homme pourra à nouveau connaître la vie en société dans 16 mois."

    Mais entretemps, que fera-t-on avec lui ? On le laissera entre les mains d'un "imam aux effets bénéfiques" ? À mon avis, il devrait, préventivement, être soustrait de tout contact avec un "imam". Il devrait suivre une formation humaniste occidental (de Érasme à nos jours), la citoyenneté et ses valeurs. Puis le tester sur se qu'il pense des femmes, la société occidentale qui l'a acccueilli, la démocratie, l'égalité des personnes, la peine de mort, la place de la religion dans une société démocratique, etc.
    s'il réussit à concilier des réponses avec sa société d'accueil, bravo. S'il échoue, eh bien, on le parachute dans son État islamique.

  • Michel Dussault - Abonné 7 avril 2016 10 h 53

    Espoir????

    Excellent résumé des faits; oui souhaitons que sa réinsertion fonctionne. Bravo au père pour avoir dénoncé son fils et fait confiance au système.

    Souhaitons aussi que les jeunes filles cessent d'être endoctroniées et vivre l'horreur de devenir des esclaves sexuelles :-(