L’Ordre des technologues souffle 75 chandelles

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
L’OTIMROEPMQ aimerait s’attaquer à diverses lacunes qu’il considère comme importantes, notamment en ce qui a trait à l’enseignement des techniques d’échographie.
Photo: Fred Dufour Agence France-Presse L’OTIMROEPMQ aimerait s’attaquer à diverses lacunes qu’il considère comme importantes, notamment en ce qui a trait à l’enseignement des techniques d’échographie.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Fondé en 1941 sous l’appellation Association des techniciens en rayons X du Québec, l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec soufflera sous peu ses 75 chandelles. Célébré tout au long de l’année 2016 et donnant lieu à une multitude d’activités, l’anniversaire sera aussi marqué par la réforme du Code des professions, un événement qu’attend avec impatience l’organisation.

Ayant pour mission première d’assurer la protection du public, l’OTIMROEPMQ doit s’assurer de la compétence de ses membres, contribuer à leur développement professionnel et surveiller activement l’exercice de la profession dans les domaines du radiodiagnostic (incluant l’échographie et la résonance magnétique), de la médecine nucléaire, de la radio-oncologie et de l’électrophysiologie médicale.

Comptant aujourd’hui plus 6200 membres, il est régi par le Code des professions et la Loi sur les technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale. Il a la responsabilité du contrôle de l’exercice de sa profession, lequel s’effectue notamment lors de la délivrance de permis d’exercice et de l’inscription au tableau de ses membres.

Comme plusieurs autres ordres québécois, l’OTIMROEPMQ attend avec impatience la réforme du Code des professions, laquelle est en chantier depuis déjà quelques années et devrait se concrétiser au cours des prochains mois.

« Nous avons été consultés par la ministre Stéphanie Vallée l’été dernier sur une partie de la réforme du Code. Il faut se rappeler qu’en 2013, en prévision d’une réforme prévue pour 2014 qui n’a finalement pas encore eu lieu, on avait déjà effectué beaucoup de travail dans ce dossier-là avec le Conseil interprofessionnel du Québec. Avec le CIQ, nous avions fait plusieurs recommandations à l’Office des professions sur différentes thématiques. Il y avait bien sûr la gouvernance, mais il y avait aussi tout le secteur de l’inspection et de la discipline pour lequel on demandait une révision importante. Nous espérons que notre travail portera fruit bientôt », indique Mme Danielle Boué, présidente de l’OTIMROEPMQ.

Impliquée dans un processus de révision de programme depuis 2010 avec le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, l’organisation aimerait notamment que le nouveau Code comporte des changements au plan de la formation initiale.

« Nos programmes de formation datent déjà de plusieurs années, donc c’est inquiétant en termes d’adéquation entre le besoin réel du marché du travail et l’arrivée des candidats à la profession. Dans les secteurs comme les nôtres, ça évolue très vite », souligne Mme Boué.

Des formations initiales plus qualifiantes

Ce que souhaiterait l’organisation, c’est que le Code confère plus de leviers aux ordres professionnels afin qu’ils aient une voix plus importante au chapitre des révisions de programmes de formation initiale.

« Actuellement, il y a une certaine collaboration, mais elle n’est pas parfaite. Les Collèges ont leur rôle à jouer, certes, mais c’est nous qui admettons les candidats à la profession et c’est nous qui sommes en lien avec les technologues qui rencontrent divers problèmes sur le marché du travail. Nous aimerions avoir un poids supplémentaire et nous souhaitons que la révision du Code nous permette ça », confie Mme Boué.

Advenant le cas où le Code lui conférerait plus de pouvoirs sur le plan de la formation initiale, l’OTIMROEPMQ aimerait s’attaquer à diverses lacunes qu’il considère comme importantes, notamment en ce qui a trait à l’enseignement des techniques d’échographie.

« Ça fait 30 ans que nous demandons une formation initiale plus qualifiante en échographie. Actuellement, les technologues font leur formation en échographie dans le cadre de la formation en radiodiagnostic, mais ils ne cumulent pas suffisamment d’heures pour être autonomes. Quand ils arrivent sur le marché du travail, ils doivent être en accompagnement avec un médecin spécialiste pendant plusieurs années avant de pouvoir pratiquer seuls. Nous trouvons que c’est un non-sens. Si on offrait par exemple un DEC en échographie en formation initiale, les technologues pourraient être autonomes dès le premier jour », explique la présidente de l’OTIMROEPMQ.

« Évidemment, ça contribuerait à réduire les listes d’attente pour les échographies, poursuit-elle. En termes d’efficacité, la façon de faire actuelle n’est vraiment pas optimale pour le système de santé ! Ça prend un technologue et un médecin spécialiste sur place pendant plusieurs années. Il me semble que le calcul est assez simple à faire ! »

Il n’y a pas que dans le domaine de la formation initiale en échographie que l’OTIMROEPMQ aimerait intervenir davantage. D’après Mme Boué, plusieurs secteurs pourraient bénéficier de modifications au cadre actuel d’enseignement.

« Je pense notamment aux IRM. Les technologues appliquent des protocoles très stricts, mais ils n’ont pas toute la compétence pour faire changer les protocoles en cours de route. Encore une fois, ils sont dépendants des médecins spécialistes », relève la présidente de l’Ordre.

À cela s’ajoute un certain déficit dans la formation des technologues en électrophysiologie médicale. D’après la loi actuelle, treize activités leur sont exclusivement réservées, mais parmi elles, six ne peuvent être effectués au terme de la formation initiale. Pour compenser, l’OTIMROEPMQ a dû élaborer une offre de formation complémentaire.

« Le fait que ces programmes-là ne soient pas réellement complets, ça met à la fois beaucoup de pression sur le réseau de la santé, qui doit former les travailleurs, et sur l’Ordre, sur le plan de l’émission des permis, car c’est une préoccupation supplémentaire en ce qui a trait à la compétence des gens », note Mme Boué.

Attention au modèle unique

Outre son désir d’obtenir une meilleure voix au chapitre de la formation initiale, l’OTIMROEPMQ espère que le Code révisé tiendra compte de la multitude des réalités qui touchent les ordres professionnels québécois.

« Il y a un aspect qui nous préoccupe particulièrement, affirme Mme Boué. On sent une volonté à l’intérieur de cette réforme-là de venir encadrer certains aspects pour lesquels, jusqu’à maintenant, les ordres ont bénéficié d’une certaine latitude. »

Par exemple, il est probable que le Code réformé impose une limite du nombre de membres pouvant siéger au conseil d’administration d’un ordre. Chapeautant quatre domaines d’exercice, l’OTIMROEPMQ craint que cette mesure ne soit particulièrement contraignante pour son conseil. Il ne voudrait pas que celui-ci pâtisse d’un manque de compétences dans certaines sphères d’activité qui ne pourraient être représentées.

« Avec les célébrations entourant le 75e anniversaire et la réforme du Code, 2016 sera une grosse année pour l’OTIMROEPMQ. Nous sommes impatients de connaître quelles seront les nouvelles dispositions du Code, mais nous sommes d’avis qu’il faut faire attention au modèle unique. Tous les ordres jonglent avec des réalités différentes et nous espérons que cela se traduira dans la nouvelle loi-cadre. »