L’avenir s’annonce prometteur

Nathalie Deraspe Collaboration spéciale
« Le chiropraticien est un atout, soutient le Dr Henry. C’est le seul professionnel avec le médecin à pouvoir poser un diagnostic. Malheureusement, on est souvent perçus comme des craqueurs de dos. »
Photo: iStock « Le chiropraticien est un atout, soutient le Dr Henry. C’est le seul professionnel avec le médecin à pouvoir poser un diagnostic. Malheureusement, on est souvent perçus comme des craqueurs de dos. »

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’arrivée, en mai dernier, du Dr Jean-François Henry à la présidence de l’Ordre des chiropraticiens du Québec (OCQ) coïncidait avec l’élaboration de la dernière planification stratégique de l’organisme. Pour lui, l’heure est aux bilans.

Ce n’est pas d’hier que Jean-François Henry met la main à la pâte pour s’assurer que la chiropratique peut se développer dans un cadre aussi professionnel que rigoureux. En 2008, soit dix ans après avoir commencé sa pratique, ce fils de chiropraticien, diplômé d’un baccalauréat en sciences du Cleveland Chiropractic College de Kansas City, d’un doctorat en chiropratique et d’une maîtrise en nutrition de l’Université de Montréal, rejoignait le conseil d’administration de l’Ordre, où il a occupé les postes de secrétaire-trésorier et de premier vice-président. Le Dr Henry siège également à la Fédération chiropratique canadienne des organismes de réglementation professionnelle et d’agrément des programmes d’enseignement (CHIROFED) depuis 2010, en plus d’agir à titre de délégué au Conseil interprofessionnel du Québec et de membre du comité de planification de l’organisme.

Jean-François Henry convient que la planification stratégique, c’est l’affaire de toute une organisation. Mais le chiropraticien souligne avoir l’entier appui de son conseil d’administration quant à sa vision de l’avenir de la profession. « Il y a deux pôles importants auxquels je m’intéresse particulièrement, confie le président de l’OCQ. Il faut tout d’abord poursuivre la formation continue, essentielle pour mettre à niveau les connaissances scientifiques et cliniques des chiropraticiens. Je souhaite également mettre sur pied de meilleurs outils afin d’augmenter les mesures de protection du public, qui constitue le premier objectif de l’Ordre. » Voici donc deux points qui apparaîtront en tête de liste de la planification stratégique 2016-2020.

Travailler main dans la main

Après plusieurs années de discussion, l’Ordre a décidé d’établir dès janvier 2016 une politique de formation continue obligatoire. Ainsi, chaque chiropraticien devra compléter au minimum 30 heures de formation continue par cycle de deux ans ; les exigences relatives à la formation annuelle en radiologie pourront être comptabilisées dans le processus.

En ce qui a trait à la protection du public, Jean-François Henry admet qu’un travail important reste à faire. Selon un sondage récent, seulement 12 % de la population estime que les ordres professionnels agissent pour défendre ses intérêts. « La chiropratique est souvent associée à du charlatanisme. Pourtant, cette pratique repose sur une science et une philosophie très sécuritaires. Notre rôle est méconnu. C’est ce qui prouve qu’on doit travailler ensemble. Cet exercice-là va se développer à l’intérieur d’une campagne de démystification de la profession », indique-t-il.

Le spécialiste rappelle que pour obtenir un permis d’exercer, le chiropraticien doit avoir obtenu un doctorat cumulant 245 crédits. Il s’agit du programme le plus dense qui puisse exister en santé naturelle au Canada. « L’une des conditions de l’Université du Québec à Trois-Rivières, quand la formation a commencé à être offerte, c’était le développement de la recherche », rappelle le Dr Henry. Sur les 14 chaires de recherche en chiropratique établies au Canada, 3 se trouvent au Québec.

Parmi les pistes intéressantes, Jean-François Henry souligne les avancées concernant l’impact du système nerveux sur certains organes du corps humain. « La recherche est en constante évolution. Si un patient a des troubles de constipation, par exemple, le médecin pourrait considérer une approche chiropratique pour améliorer sa situation », illustre le spécialiste.

Convenant qu’il s’agit d’un terrain glissant, le président de l’Ordre des chiropraticiens du Québec affirme qu’il y a une ouverture en ce sens du côté du Collège des médecins. « Nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres, mais on incite également nos membres à référer quand c’est nécessaire. Il faut que ça se fasse dans les deux sens. On ne souffre pas de corporatisme aigu, chez nous, bien au contraire ! »

Dans le but d’augmenter ce type de collaboration entre spécialistes de la santé, le 1er juin dernier, le Collège des médecins du Québec, l’Ordre des pharmaciens du Québec et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec présentaient conjointement un énoncé de position sur la collaboration interprofessionnelle visant à rehausser la qualité et la sécurité des soins et à améliorer l’accès aux services de santé. Cela nécessite un partage d’informations et d’expertise de l’ensemble des spécialistes. « Le chiropraticien est un atout, soutient le Dr Henry. C’est le seul professionnel avec le médecin à pouvoir poser un diagnostic. Malheureusement, on est souvent perçus comme des craqueurs de dos. » L’Ordre des chiropraticiens du Québec voit donc d’un très bon oeil la suite des choses.

Dépoussiérer la loi

Aux yeux de Jean-François Henry, la Loi sur la chiropratique, vieille de 41 ans, a besoin d’être revue de fond en comble, et non seulement au regard des plans juridiques qui encadrent la profession. « Cela ne se fera pas dans un claquement de doigts, convient le spécialiste. Le Québec a été une des dernières juridictions à reconnaître la chiropratique à part entière. »

Lors de son adoption en 1973, le document déterminait la chiropratique dans un champ descriptif très élémentaire, explique le Dr Henry. « Nous ne sommes pas les seuls dans cette situation », argue-t-il. D’où l’idée de travailler en concertation avec d’autres ordres professionnels qui revendiquent également une meilleure reconnaissance de leur travail.

Parmi les revendications de l’organisme qu’il préside, Jean-François Henry est pour une plus grande transparence au niveau de la gouvernance. Cela touche particulièrement la constitution des conseils d’administration. Tout ce qui a trait aux conseils de discipline nécessite également des améliorations afin d’améliorer le traitement des plaintes du public, estime-t-il. « Nos recommandations sont en lien direct avec le Conseil interprofessionnel », indique le Dr Henry.

Pour ce qui est de l’avenir, le spécialiste est enthousiaste. « Près de 50 % de nos membres sont des jeunes. Le système de santé est en ébullition. Avec la population qui vieillit, ça nécessite des expertises et des analyses plus poussées, et les jeunes sont très ouverts aux approches multidisciplinaires et à l’interprofessionnalisme. C’est même enseigné ! »