Le SPVM compte toujours sur le règlement P6

Philippe Pichet, le nouveau chef du SPVM, dirigeait les opérations de la police durant la majorité des manifestations ayant marqué le printemps étudiant de 2012. Il affirme avoir tiré les leçons de ce printemps chaud.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Philippe Pichet, le nouveau chef du SPVM, dirigeait les opérations de la police durant la majorité des manifestations ayant marqué le printemps étudiant de 2012. Il affirme avoir tiré les leçons de ce printemps chaud.

La police de Montréal compte toujours faire appliquer le règlement P6 malgré l’abandon de 3000 poursuites contre des manifestants à la suite de décisions de la Cour municipale.

Le nouveau directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, affirme que le règlement controversé reste en vigueur malgré les revers de la Ville de Montréal devant les tribunaux. Les organisateurs de manifestations doivent révéler leur itinéraire à la police, sans quoi l’ensemble des marcheurs risque des contraventions, a indiqué M. Pichet en entrevue au Devoir.

Le règlement P6 « n’est pas invalidé », a dit Philippe Pichet, qui a succédé en août dernier à Marc Parent à la tête du SPVM.

« On a pris bonne note des raisons pour lesquelles [les contraventions] ont été annulées. C’est un règlement qui existe encore, qu’on utilise quand c’est le temps de l’utiliser. On a aussi d’autres outils [pour contrôler les manifestations] », explique-t-il.

Parmi ces autres outils, il y a le Code de la sécurité routière ou même le Code criminel, qui interdit les attroupements illégaux. Des manifestants du printemps 2015 ont eu la surprise d’être accusés au criminel. Le chef du SPVM est à l’aise avec cela.

« Ce qui est important lorsqu’il y a une manifestation, c’est qu’on ait la collaboration des organisateurs. Quand on connaît le parcours, quand on connaît le lieu de départ et le lieu d’arrivée, on va aider à sécuriser non seulement les gens qui font la manifestation, mais aussi les gens qui vont être impactés par la manifestation, que ce soient les automobilistes, les piétons, les résidants, les commerçants […] Notre rôle c’est vraiment de s’assurer de la sécurité des citoyens et de nos policiers aussi, c’est sûr. »

 

Leçons du printemps érable

Philippe Pichet a gravi tous les échelons depuis son arrivée au SPVM en 1991. Il détient une maîtrise en administration publique et un diplôme d’études supérieures en administration publique de l’ENAP, et un certificat en gestion d’entreprise de HEC Montréal. Il était directeur adjoint et chef de cabinet de Marc Parent lorsque celui-ci a pris sa retraite, il y a deux mois.

Le nouveau chef du SPVM dirigeait les opérations de la police durant la majorité des manifestations ayant marqué le printemps étudiant de 2012. Il affirme avoir tiré les leçons de ce printemps chaud, notamment en apprenant à intervenir rapidement lorsqu’une manifestation tourne mal.

« On est capables de réagir plus rapidement, dit-il. En 2012, il n’y a pas une journée où je ne me remettais pas en question avec mon équipe. À chaque fin de manif, que ce soit de jour, de soir ou de nuit, on se demandait : est-ce qu’on a fait la bonne chose ? Est-ce qu’on pourrait s’améliorer, est-ce qu’on pourrait faire autrement ? C’était constant, cette remise en question. »

La police marche constamment sur « une ligne mince » entre le droit de manifester et le maintien de l’ordre public, explique PhilippePichet. « Quand je pense que la sécurité des citoyens est en danger, je prends une décision. Il peut y avoir un recours collectif parce qu’on a arrêté trop de gens. Mais si on ne les arrête pas et qu’il y a des méfaits partout, ça va être un autre recours collectif, ça va être une poursuite au civil pour des dommages », dit-il.

Parmi ses défis, le nouveau directeur du SPVM — le deuxième corps policier municipal en importance au Canada, et le huitième en Amérique du Nord — cite l’organisation du travail en période de compressions. La police de Montréal perdra 225 de ses 4600 policiers au cours des cinq prochaines années. Avec des effectifs réduits, il doit lutter à la fois contre les gangs de rue, le crime organisé et le phénomène nouveau de la radicalisation, entre autres.

Philippe Pichet dit par ailleurs être « préoccupé » par les moyens de pression des policiers, qui portent des pantalons colorés depuis juillet 2014. « Ils ont le droit, ils ont gagné devant diversesinstances, c’est une question de relations de travail », dit-il.

Quand je pense que la sécurité des citoyens est en danger, je prends une décision. Il peut y avoir un recours collectif parce qu’on a arrêté trop de gens. Mais si on ne les arrête pas et qu’il y a des méfaits partout, ça va être un autre recours collectif, ça va être une poursuite au civil pour des dommages.

3 commentaires
  • Jacques Brisson - Inscrit 7 octobre 2015 05 h 51

    L'odieux P6

    L'odieux règlement P6 sert essentiellement à empêcher les manifestations et à faire du profilage politique. Comment un manifestant peut-il savoir si le trajet a été communiqué/accepté ou non? Est-ce que ça prendrait des reçus???????? Que les organisateurs soient mis à l'amende, ça se discute. Mais que ce soit les manifestants, cela relève de la répression. Qu'il soit appliqué selon le bon discernement de la police relève du profilage. J'ai sincèrement honte de ma ville qui promeut une telle ordure.

  • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2015 07 h 51

    Le chef

    Félicitations pour la promotion ultime au chef des clowns.

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 octobre 2015 09 h 03

    Ultra vires?

    Je ne suis pas avocat, mais il me semble que ce règlement est ultra vires. En effet, il redéfinit la notion de manifestation illégale, qui est déjà définie par le Code criminel. Une affaire similiaire avait déjà eu lieu avec un règlement de la ville d'Outremont interdisant le port du maillot de bain dans les parcs; il a été invalidé parce qu'il redéfinissait la notion d'indécence, déjà définie par le Code criminel.