Les membres du Barreau se rangent derrière la bâtonnière

Les membres du Barreau du Québec appuient la bâtonnière suspendue, Lu Chan Khuong, en dépit de la tempête médiatique et juridique dans laquelle elle est plongée. Réunis en assemblée générale extraordinaire lundi soir à Laval, ils ont réclamé son retour en poste dans une proportion de près de 70 %.

Environ 1000 des quelque 25 000 membres du Barreau ont participé à cette assemblée extraordinaire convoquée à la demande d’un groupe d’avocats. Après que certains membres eurent pris le micro pour commenter la crise qui secoue actuellement l’ordre professionnel des avocats québécois, 68,5 % des personnes présentes ont offert leur soutien à la bâtonnière élue en mai dernier et suspendue par le conseil d’administration du Barreau au début du mois de juillet. Ce vote constitue une recommandation au conseil d’administration, et non une décision effective.

La séance a été interrompue pendant quelques minutes à la suite du vote de confiance pour permettre aux membres du C.A. d’en discuter. Ceux-ci ont finalement annoncé qu’une décision serait prise lors d’une prochaine rencontre, tout en précisant que les membres avaient été entendus. La prochaine réunion du conseil d’administration est prévue ce jeudi.

L’assemblée s’est plus tard prononcée à 54 % en faveur d’une proposition réclamant une enquête du syndic du Barreau sur la fuite d’informations confidentielles provenant du dossier déjudiciarisé de Me Lu Chan Khuong dans une affaire de vol. La grande majorité des membres présents (89 %) a ensuite exigé qu’une demande d’enquête officielle soit envoyée à la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. Celle-ci a rejeté une telle demande la semaine dernière, à la suite de vérifications internes effectuées par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Le DPCP avait indiqué par voie de communiqué qu’« il n’a aucune raison de croire que les informations publiées en rapport avec [le dossier de Lu Chan Khuong] auraient été communiquées par un membre de son personnel ».

Le C.A. du Barreau du Québec n’a pas accordé d’entrevue à la suite de l’assemblée.

Assemblée réclamée

L’assemblée générale extraordinaire a dû être convoquée lorsque quelque 140 membres du Barreau en ont fait la demande à la fin du mois de juillet.

Dans leur requête, les signataires s’étaient dits « très préoccupés » par les gestes faits par leur ordre professionnel. En suspendant la bâtonnière Lu Chan Khuong, les administrateurs « ont bafoué un droit fondamental dont jouissent les membres du Barreau, soit celui d’élire le président de l’ordre », écrivaient-ils.

L’assemblée a été présidée par le juge Pierre J. Dalphond, désigné conjointement par la bâtonnière, le C.A. du Barreau et les signataires de la demande. Plusieurs membres ont réclamé qu’elle soit retransmise en webdiffusion, mais cette demande a été rejetée par le C.A. pour des raisons logistiques et techniques. L’assemblée générale de lundi s’est tenue en marge des procédures judiciaires qui opposent Me Lu Chan Khuong et le Barreau du Québec.

6 commentaires
  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 25 août 2015 08 h 38

    Une bâtonnière à l'image de ses membres.

    Les membres du barreau du Qc n'hésitent donc pas à avoir comme représentant(e), un de leurs membres qui s'adonne au vol à l'étalage mais qui dans son cas à elle, considère que ça doit se définir comme une « simple distraction ».

    Voler et tripoter la vérité ne faisant pas le poids vis-à-vis le fait de « bafouer un droit fondamental dont jouissent les membres du Barreau, soit celui d’élire le président de l’ordre », alors messieurs, dames du barreau, vous préférez votre droit de défendre le choix de votre représentant à celui de votre intégrité alors faites donc et continuer à interpréter lois et règlements avec votre ridicule complexe de supériorité et votre conscience d'une élasticité toute aussi ridicule.

  • Alain Lavoie - Inscrit 25 août 2015 08 h 42

    Faut-il s'étonner du résultat? Entre voleurs (1000 sur 25 000) on s'entend, ne serait-ce pour réparer les dégâts et faire en sorte surtout de redorer le beau blason d'une profession (malgré leur grand grande cape) qui n'a jamais volé bien haut.

  • Johanne Fontaine - Inscrite 25 août 2015 09 h 02

    A la tête de Chambre des Notaires du Québec, il y a plus de vingt-cinq ans...

    Il y a plus de vingt-cinq ans de cela, les membres de la Chambre des notaires du Québec élisaient une femme à leur tête. Quelques mois plutard, cette brillantissime présidente démissionnait; y a-t-il un parralèle à faire entre ces deux affaires?

  • Colette Pagé - Abonnée 25 août 2015 09 h 26

    Désaveu du C.A. du Barreau ! Démission en bloc !

    Par voie de conséquence l'appui à la Bâtonnière signifie un désaveu des membres du C.A. qui devraient en toute logique démissionner en bloc. Car, autrement, malgré les propos de la Bâtonnière, comment lui serait-il possible de sièger en toute sérénité et avec efficacité avec des membres du C.A. qui l'ont condamné sur la place publique faisant fi de la présomption d'innoncence, un principe de droit reconnu.

    Aprés avoir déconsidéré l'administration de la justice en banalisant la fuite d'un dossier déjudiciarisé et en condamnant la bâtonnière la seule voie possible des membres du C.A. est de démissionner en bloc.

  • Daniel Gagnon - Abonné 25 août 2015 15 h 33

    Un beau bravo à Madame la Bâtonnière!

    Un beau bravo à Madame la Bâtonnière.

    Un bravo au Barreau et à ses membres qui ont su se ressaisir sur le tard et restaurer un peu de démocratie au sein de leur ordre professionnel.

    Et bravo surtout pour avoir effacé en partie, par leur vote en faveur de madame Lu Chan Khuong, la désagréable impression d’une misogynie intolérable, sinon d’un racisme sournois.