Les policiers avaient peur d’Alain Magloire

Alain Magloire, 41 ans, a perdu la vie le 3 février 2014 alors qu’il était en pleine détresse psychologique.
Photo: Source Facebook Alain Magloire, 41 ans, a perdu la vie le 3 février 2014 alors qu’il était en pleine détresse psychologique.

Deux des policiers impliqués dans l’intervention ayant coûté la vie à Alain Magloire n’ont pas songé un seul instant à demander l’aide de spécialistes de l’intervention auprès des personnes en situation de crise, a-t-on appris mardi à l’enquête du coroner.

Jeanne Bruneau et Alex Campeau, les deux patrouilleurs qui sont intervenus les premiers auprès d’Alain Magloire, le 3 février dernier, ont livré des témoignages similaires devant le coroner Luc Malouin. Ils cherchaient d’abord et avant tout à « contrôler » Alain Magloire avant qu’il ne fasse des victimes.

À en croire le témoignage de l’agent Campeau, c’est seulement lorsqu’un suspect est calme et qu’il répond aux directives que les équipes de policiers spécialisés dans l’intervention en santé mentale peuvent intervenir.

M. Magloire déambulait dans la rue Saint-Denis avec un marteau à la main, et il semblait insensible aux directives des patrouilleurs.

Dès les premiers instants où elle a croisé Alain Magloire, la policière Jeanne Bruneau a craint qu’il ne la tue. M. Magloire s’est avancé vers la voiture, côté passager, en brandissant son marteau pour frapper la policière au visage. « Il me regardait et il s’enlignait vers moi. À ce moment-là, je pensais mourir », a-t-elle raconté.

D’instinct, Jeanne Bruneau s’est recroquevillée dans son siège et elle a dégainé son arme de service. « J’avais le doigt sur la détente. J’étais prête à faire feu. Je hurle de toutes mes forces de reculer. Il a comme été saisi, il a fait un pas de recul et il a continué à marcher. »

Les policiers Bruneau et Campeau ont alors suivi Alain Magloire à pied, en gardant une distance sécuritaire. À plus d’une reprise, ils lui ont ordonné de lâcher son arme.

Selon la policière Bruneau, M. Magloire était « indifférent » à la présence policière. Il lui aurait même dit : « Tire-moi, je m’en câlisse. » Son équipier Campeau a corroboré ses propos. « À plusieurs reprises, il s’arrête, il me fixe, il lève son marteau et il fait quelques pas. Il me dit : “ Tire-moi  », a-t-il relaté.

Les agents Bruneau et Campeau ont tous les deux craint pour leur vie et celle de leurs coéquipiers et des passants. Ils étaient tous les deux prêts à ouvrir le feu sur M. Magloire pour mettre fin à la menace, lorsque le sans-abri s’est arrêté rue Berri pour déposer ses deux sacs à dos. Les policiers avaient l’impression qu’il s’apprêtait à les charger. « À ce moment, j’étais justifiée de tirer. Il mettait ma vie et celle des autres policiers en danger. Il fallait que ça arrête », a dit la policière Bruneau.

Dans les quelques secondes fatidiques qui précèdent la mort d’Alain Magloire, aucun des policiers ne se souvient des paroles prononcées par le sans-abri de 41 ans, ni même de leurs propres paroles.

Une vidéo des événements montre les derniers instants d’Alain Magloire. Le policier Denis Côté fonce sur lui avec sa voiture de patrouille pour le déstabiliser. Selon le souvenir de l’agent Campeau, M. Magloire a plutôt sauté sur le capot de la voiture.

Un policier tente de l’agripper, mais sans succès. Il se retrouve vite au sol tandis qu’Alain Magloire brandit son marteau au-dessus de sa tête. Un patrouilleur venu en renfort décide finalement d’abattre l’homme en crise.

13 commentaires
  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 14 janvier 2015 07 h 26

    Alain Magloire

    Cinq ou six policiers entraînés, formés, incapables d'encercler un homme avec un marteau, faire des feintes, et lui sauter dessus ? Incroyable... Sont-ils des athlètes formés pour cela, maîtriser avant de tuer ? Ils ont le doigt un peu trop facile sur la gachette. Quelle formation ont-ils reçue et quelle culture s'est développée parmi ces gardiens de la paix ? Après les évènements, ils essaient de faire croire n'importe quoi... Triste situation que celle-ci.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 14 janvier 2015 15 h 16

      Avant d'épuiser tous leurs moyens et leurs ressources, ils ont abdiqué et se sont malencontreusement réfugiés derrière le prétexte maintenant devenu universel et probablement suggéré par le syndicat: « À ce moment, j’étais justifiée de tirer. Il mettait ma vie et celle des autres policiers en danger. Il fallait que ça arrête ».
      La situation était critique, soit, mais tout ce que les policiers ont su opposer témoignent de lacunes dans l'attitude et la formation policières.
      J'ai vu et revu le film de ce cette intervention désastreuse qui ressemble à un mauvais westwen.
      Ne l'oublions pas, on réussit à capturer vivant de très gros chiens qui parfois veulent littéralement vous ''désosser''. Magloire a presqu'été mitraillé; il n'a eu aucune chance, vraiment aucune chance.

  • Gaston Bourdages - Abonné 14 janvier 2015 08 h 53

    Est-ce exact, monsieur Myles, d'écrire...

    ...sles» policiers ? Question de m'abstenir de la tentation de généralisation, je me permets une correction: «Des» policiers...en prenant le risque d'être carrément «dans le champ». À vous lire, j'en déduis que les policiers du SPVM...Je demeure convaincu qu'il y a plus de «bons» policiers que de leurs antonymes.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages - «Pousseux de crayon sur la page blanche»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

  • Louis Gaudreau - Abonné 14 janvier 2015 09 h 33

    Ecole de police

    Qu'apprennent-ils à l'école de police? Tirer en l'air, ou aux pieds, pour faire réaliser le sérieux de la situation, ça ne se fait pas? Ou en tout cas pas pour tuer, ça devrait être leur première préoccupation... au lieu de la première...

    • Raymond Turgeon - Inscrit 14 janvier 2015 15 h 22

      Tirer en l'air ou aux pieds c'est ''ben cute'' dans un western mais c'est très dangereux, à plus forte raison dans un milieu urbain.

  • Michel Vallée - Inscrit 14 janvier 2015 10 h 28

    Le gras du mollet

    «Les policiers Bruneau et Campeau ont alors suivi Alain Magloire à pied, en gardant une distance sécuritaire. À plus d’une reprise, ils lui ont ordonné de lâcher son arme.»

    Puisqu'ils ont fini par l'abattre, pourquoi dès le départ ne lui ont-ils pas simplement tiré une balle dans le mollet ?

    Et puis, lorsque l’on pratique régulièrement le judo, aux termes de quelques années ce n’est certes pas un SDF muni d’un marteau qui va nous impressionner… Sinon, au lieu d’être patrouilleur, on choisi un métier plus délicat.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 14 janvier 2015 19 h 51

      Faire mouche sur un mollet dans ces conditions est difficile et contre-indiqué, particulièrement dans un lieu public très fréquenté. Généralement, seuls les membres du SWAT peuvent prétendre à une telle compétence.

  • christian goulet - Inscrit 14 janvier 2015 11 h 45

    Les peureux n'ont pas d'affaire dans la police.

    Les policiers (pas tous) sont souvent une source de problème. Ils en occasionnent de temps en temps. Dans le cas présent, des policiers compétents et compatissants auraient fait le travail sans dégât majeur. Mais cette race est rare, car trop de policier manquent de maturité et sont trop vite sur la gachette. Ceux qui sont fautifs doivent être réprimés sévèrement.

    Un bon policier, un bon on s'entend; quand il voit quelqu'un qui a des problèmes, il doit l'aider et non le tuer. Sa mission est de servir et non de tuer. Grosse nuance.