Lise Thibault a tout fait pour maintenir son train de vie

Lise Thibault a finalement craqué : elle avoue avoir bel et bien commencé à fréquenter les restaurants hors de la ville de Québec pour pouvoir ainsi facturer ses dépenses au fédéral et garder pour elle les 4800 $ par mois d’allocations provenant du Québec.

L’ancienne lieutenante-gouverneure a dû le faire pour maintenir son train de vie et payer les toilettes féminines qu’elle jugeait nécessaires à l’exercice de ses fonctions, parce que son budget était insuffisant. C’est ce qu’elle a laissé entendre jeudi à son procès pour fraude et abus de confiance au palais de justice de Québec.

Après quatre jours de témoignages menés par son avocat, l’accusée a dû répondre en après-midi au contre-interrogatoire serré mené par le procureur de la Couronne, Marcel Guimond. Le procureur au sourire narquois a été particulièrement incisif pour déstabiliser Lise Thibault, qui s’est retrouvée dans les câbles à quelques reprises.

Des repas à l’extérieur de Québec

La preuve de la poursuite tendait en effet à démontrer que la lieutenante-gouverneure avait commencé à prendre ses repas hors des limites de la ville de Québec, après les fusions municipales, pour ensuite pouvoir ainsi se faire rembourser par le ministère du Patrimoine canadien, qui assumait les dépenses hors de la capitale. Ainsi, elle pouvait garder pour elle les 4800 $ d’allocations du gouvernement du Québec prévues pour les dépenses effectuées dans la capitale.

Si, en matinée, Lise Thibault avait déclaré que la localisation des restaurants n’avait pas d’importance, sa version avait changé en après-midi. Quand Me Guimond lui a demandé pourquoi elle allait manger « beaucoup plus loin », elle a répondu en indiquant que la garde-robe des hommes coûtait beaucoup moins cher, sur 10 ans, « 18 complets, quatre ou cinq douzaines de paires de chaussettes et bobettes », etc. « Essayez de voir ce que cela représente pour une femme, a-t-elle lâché. Il faut bien arriver quelque part. Je n’imprime pas d’argent. »

L’avocat est revenu à la charge pour savoir si les virées au restaurant hors de Québec lui permettaient de facturer Ottawa et de « ménager 4800 $». « Je n’ai jamais demandé à mon personnel ces jeux-là », a-t-elle rétorqué, laissant entendre que c’était sa décision. « J’avais besoin de vivre », a-t-elle poursuivi, en ajoutant qu’elle le faisait « sans arrière-pensée ».

Puis le procureur a asséné le coup de grâce : « Comment on peut ne pas arriver avec un salaire de 100 000 $, qui est monté à 114 000 $ [à la fin du mandat], en plus de 4800 $ par mois [provenant du gouvernement du Québec], donc 48 000 $ non imposables et 9600 $ non imposables ? »

Accablée, Lise Thibault a eu un long silence et a répondu, les sanglots dans la voix. « Comment on peut arriver dans cette fonction ? Peut-être en ne répondant pas aux invitations des citoyens, en n’allant pas voir les mourants […].»

Lieu de résidence

Aiguillonnée par ces aveux qui pourraient faire mal à l’accusée, la couronne a poursuivi sur sa lancée. Cette fois, c’est à propos d’une autre controverse : son lieu de résidence. On reproche à l’ex-représentante de la Reine d’avoir loué une maison à son garde du corps, Guy Hamelin, à Beaupré, encore une fois hors des limites de Québec, pour ainsi facturer le fédéral, à raison de 500 $, puis 600 $ et 700 $ par mois, de 2003 à 2007.

Me Guimond a laissé entendre qu’elle allait moins coucher à l’hôtel pour plutôt favoriser la maison louée à partir du printemps 2004, quand le fédéral a décidé de commencer à verser directement une subvention de 147 000 $ par an à la lieutenante-gouverneure pour ses dépenses, ce qui lui permettait de réallouer les sommes non dépensées en hôtellerie ailleurs.

L’accusée, même si elle avait été alors mise en garde contre cette pratique par les fonctionnaires, estime plutôt que la décision d’aller habiter chez son garde du corps était « la plus belle chose qui pouvait lui arriver ». Même les augmentations de loyer à coups de 100 $ par mois lui semblaient peu.

« Vous ne vous êtes pas plaint à la Régie du logement ? », a lancé le procureur en boutade.

Selon les vérificateurs généraux du Québec et du Canada, au cours de ses dix ans en poste, Lise Thibault a dépensé environ 700 000 $ de façon injustifiée pour des voyages, des fêtes, des repas, des leçons de golf et de ski, ainsi que des cadeaux.


 
31 commentaires
  • Pierre Jean SALDUCCI - Inscrit 1 août 2014 06 h 26

    Lieutenant gouverneur, c'est de l'histoire ancienne.

    Bonjour,

    Une suggestion : supprimer ce poste qui ne sert à rien, coûte cher au contribuable. Il est le symbole du colonialisme de la couronne d'Angleterre.

  • Gilles Bousquet - Abonné 1 août 2014 06 h 55

    Fallait pas tant forcer

    Pour tout dépenser. personne ne lui en demandait tant sauf son ego démesuré.

  • François Dugal - Inscrit 1 août 2014 07 h 45

    Notre monarchie constitutionnelle

    Le régime politique du Canada, plusse meilleur pays du monde, est une monarchie constitutionnelle.
    Le chef de l'état est la Reine, représenté par le gouverneur général. Chaque parlement provincial est chapeauté par un lieutenant gouverneur.
    Alors, maman, que peut-on faire?

  • Josette Allard - Inscrite 1 août 2014 08 h 06

    Inspirée par d'autres

    On parlait de sa voiturette de golf qu'elle se faisat livrer en Floride. Harper à bien affréter un avion pour que sa voiture blindée lui soit livrée en Inde au lieu d'en louer une sur place. Et que dire de cette centaine de personnes qui l'ont accompagné en Israël aux frais du contribuable canadien.
    Sans excuser les dépenses de Mme Thibault., quand les enseignements viennent de haut, comment juger ce qui est permis ou inacceptables?

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 1 août 2014 08 h 44

    Nomination libérale

    Y a-t-il autre chose a lire que le titre qui veut tout dire ?
    Julie Boulet, Lyne Beauchamp, Nathalie Normandeau et maintenant Lise Thibault.
    J'espère que les femmes du Québec ne s'identifient pas à ces dernières.

    • Victoria - Inscrite 1 août 2014 13 h 55

      Et pourtant, entrer dans ce cercle d’élites (d’avant commission et UPAC) aurait évité certaines poursuites abusives à l’encontre des sonneurs d’alarme.