Nathalie Normandeau: «J’ai peut-être été trahie»

Nathalie Normandeau a été vice-première ministre d’avril 2007 à septembre 2011, date de sa démission. Attendu depuis des mois, le témoignage de l’ancienne ministre des Affaires municipales et des Régions, puis des Ressources naturelles, n’aura finalement duré que quelques heures.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Normandeau a été vice-première ministre d’avril 2007 à septembre 2011, date de sa démission. Attendu depuis des mois, le témoignage de l’ancienne ministre des Affaires municipales et des Régions, puis des Ressources naturelles, n’aura finalement duré que quelques heures.

Nathalie Normandeau avait construit tout autour d’elle un « mur » étanche la protégeant de toute influence des firmes de génie-conseil. Mais peut-être que son chef de cabinet Bruno Lortie n’a pas, lui, fait preuve d’autant de prudence, a avancé l’ex-vice-première ministre du Québec mercredi devant la commission Charbonneau.

Attendu depuis des mois, le témoignage de l’ancien bras droit de Jean Charest n’aura finalement duré que quelques heures. Quelques heures pendant lesquelles Nathalie Normandeau a affirmé à maintes reprises que malgré l’apparente proximité entre son bureau et les firmes de génie-conseil québécoises, jamais elle n’a cédé aux pressions de celles-ci dans divers dossiers d’infrastructures municipales.

Elle n’était pas « naïve au point de croire que certaines personnes présentes » à ses soirées de financements « ne pensaient pas peut-être obtenir des choses en retour » de leur générosité. « Mais ces gens-là se sont trompés parce qu’il n’y a jamais eu de retour d’ascenseur », a assuré Mme Normandeau, dont le cabinet a été visé ces derniers mois par une enquête de l’Unité permanente anticorruption.

Calme, posée, visiblement bien préparée, l’ex-ministre s’est dite « profondément révoltée, horripilée » que des firmes de génie aient pu « magouiller » afin d’obtenir des contrats gouvernementaux. Celle qui fut ministre des Affaires municipales et des Régions de 2005 à 2009 avant de passer au ministère des Ressources naturelles jure qu’elle n’a pas fait partie de ces stratagèmes. « Si ça s’est fait, ça s’est fait à l’insu du ministère et de la ministre que j’étais. On appelle ça de la magouille et ça doit être condamné », a lancé Mme Normandeau, saluant l’intervention de l’UPAC et lui enjoignant de poursuivre son travail.

 

Une proximité insoupçonnée

 

Sa confiance envers son chef de cabinet Bruno Lortie, qui l’a épaulée pendant pas moins de huit ans, était inébranlable… jusqu’à ce que celui-ci vienne témoigner devant la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction (CEIC), ces derniers jours.

Pendant huit ans, elle a eu une « relation de confiance totale » avec M. Lortie, nommé à ce poste à la recommandation du bureau du premier ministre. Sauf qu’aujourd’hui, un doute s’est installé dans son esprit, à la suite des révélations faites à son égard par la commission Charbonneau. « J’écoute les travaux de la Commission et j’apprends des choses. J’ai un doute. […] Il a peut-être trahi ma confiance », a soutenu Mme Normandeau.

« J’ai peut-être été trahie. »

Elle ignorait à quel point M. Lortie était proche de Marc-Yvan Côté, vice-président de la firme de génie Roche. Elle ne savait pas non plus que son chef de cabinet avait rencontré des ingénieurs dans ses bureaux, et que M. Lortie accordait une attention particulière aux dossiers défendus par M. Côté, qu’il considérait comme son grand frère.

Pouvoir discrétionnaire

 

La veille, l’ex-chef de cabinet avait tenté de justifier l’usage par Mme Normandeau de son pouvoir discrétionnaire afin d’accroître, contre l’avis des fonctionnaires du ministère, la valeur de subventions accordées à des municipalités dans des projets d’infrastructures liées à l’eau.

Des 50 dossiers de subventions majorées de 2002 à 2012, 32 l’ont été à la demande de Mme Normandeau. Du lot, 15 ont bénéficié à Roche, et 10 à BPR. Il n’y a là rien d’inhabituel, a maintenu Mme Normandeau, en dépit des tentatives de la procureure Sonia LeBel de lui faire admettre le contraire.

Le pouvoir discrétionnaire des ministres est là pour être utilisé et pour servir de contrepoids à celui des fonctionnaires. C’est précisément ce que Nathalie Normandeau a fait, sans jamais en abuser, a-t-elle plaidé devant la commission, y allant d’un plaidoyer en faveur de cette prérogative ministérielle.

Mme Normandeau a expliqué être « parfois arrivée à la conclusion que le taux [de subvention] recommandé par les fonctionnaires du ministère des Affaires municipales et des Régions n’était pas suffisant ». Des maires de municipalités lui demandaient de rehausser le montant des subventions, car sans cela, la réalisation des projets d’infrastructure aurait été compromise.

Nathalie Normandeau, élue à la mairie de Maria en Gaspésie à l’âge de 27 ans avant de devenir une figure montante du Parti libéral du Québec, comprenait bien cette réalité.

« Comme ministre, ce que je voyais, ce n’était pas les conduites d’eau. C’était la possibilité pour les citoyens d’améliorer leur qualité de vie […] C’était de redonner de l’espoir à des communautés qui en avaient perdu », a-t-elle affirmé, reprochant aux fonctionnaires de ne pas avoir suffisamment tenu compte de la précarité économique des petites municipalités et de la capacité de payer des citoyens dans l’évaluation des taux de subvention.

Elle a toutefois insisté sur le fait qu’elle n’avait jamais fait pression sur les fonctionnaires pour qu’ils donnent le feu vert à des changements exigés par son bureau.

« Je n’appelle pas ça mettre de la pression, j’appelle ça faire mon travail de ministre. Je voulais que les dossiers avancent », a-t-elle dit.

La commission Charbonneau poursuivra ses travaux jeudi, mais n’a pas divulgué l’identité des prochains témoins appelés à comparaître. Elle pourrait poursuivre ses audiences jusqu’à la semaine prochaine, avant de les interrompre pour l’été. À la reprise des travaux à l’automne, la CEIC aura terminé de faire comparaître des intervenants.

57 commentaires
  • Jean-François - Abonné 19 juin 2014 03 h 35

    Je suis un Malette, pas une Valise

    Mme Normandeau

    Vous vous êtes lancée en politique avec le Parti Libéral et vous pensiez que c'était un Parti propre?

    Pauvre de vous....

    Si c'est seulement vrai, de par votre propre ignorance vous venez de vous discréditer.

    Ce ne sont pas vos paroles creuses qui vont le masquer.

  • Marcel Bernier - Inscrit 19 juin 2014 04 h 00

    Sainte Nathalie, priez pour nous…

    Il y a de la Madeleine de Verchères, de la Sainte Jeanne d’Arc chez cette femme. Une telle abnégation, une telle grandeur d’âme sont à souligner chez cette ex-ministre d’un des meilleurs gouvernements de l’histoire du Québec.

    Vraiment! Je suis fier d’être Québécois en sachant que nous avons de telles femmes politiques, qui sont au-dessus des contingences bassement matérielles, et qui vibrent à l’excellence, à l’incorruptibilité, au parfait désintéressement sinon au bien commun.

    Une étoile est née…

    • Louka Paradis - Inscrit 19 juin 2014 09 h 12

      Mme Normandeau, une illustration parfaite de l'expression «sainte nitouche»... Comme dit un de mes amis gaspésiens : la sainte nitouche de Maria. Il a bien raison.

    • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 19 juin 2014 13 h 16

      Elle ira droit au ciel.....

  • Gaston Bourdages - Abonné 19 juin 2014 05 h 29

    Et l'étanchéité du mur de madame Normandeau....?

    «J'ai peut-être été trahie...» laisse des goûts d'amère scepticisme. Et si madame Normandeau remplaçait son «peut-être» par une directe question, droit dans les yeux, de son bras droit ? Genre? «Bruno, m'as-tu trahi?» Sent-elle le besoin d'élucider les déclarations de son chef de cabinet devant les membres de La Commission ? En a-t-elle le goût? A-t-elle besoin de courage pour ce faire ? Ou encore que...le temps finira par oublier...
    «Misère nouère...» Et s'il était demandé à madame Normandeau: «Pourquoi avez-vous été trahie?»
    Pour les profondes et douloureuses blessures que cause la trahison, je connais peu de personnes qui le vivent de façon aussi sereine....et rares sont les «peut-être» qui y sont mentionnés.
    Gaston Bourdages
    Écrivain-chroniqueur.
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc.

    • Michel Bédard - Inscrit 19 juin 2014 09 h 03

      En matière de financement des partis politiques, un élu "ne doit pas savoir" ou "doit feindre de ne pas savoir" les magouilles qui se font juste en dessous de lui, sinon il est reconnu coupable de fraude... Si pareil geste de complicité tacite s'avère posé en période électorale, puis prouvé, c'est la destitution obligée selon la LÉRM. Pour éviter cela, un élu doit donc toujours élevé un mur, souvent fait de verre...

  • Marie-M Vallée - Inscrite 19 juin 2014 06 h 13

    La croire

    Et il s'en trouvera pour la croire. Misère !

    • Hélène Paulette - Abonnée 19 juin 2014 07 h 27

      La juge Charbonneau la croit, elle.

    • Louka Paradis - Inscrit 19 juin 2014 09 h 13

      Et oui, Mme Paulette, on dirait bien, à l'accueil chaleureux de Mme Charbonneau, qu'elle la croyait déjà avant son témoignage.

    • Gilles Théberge - Abonné 19 juin 2014 09 h 50

      Je suis d'avis que ce n'est pas tant qu'ils la croient, pas grand monde ne la crois. C'est plutôt qu'ils ne savent pas comment la coincer.

      Si elle ne savait rien, c'est qu'elle était incompétente. Or admettre qu'elle savait serait admettre qu'elle est malhonnête. Admettre les deux, quel serait le nom de cette posture?

      Mais l'espèce de complaisance de la Commission est inquiétante.

  • Pierre Labelle - Inscrit 19 juin 2014 06 h 16

    Qui dit vrai?

    Difficile de ne pas croire Mme Normandeau tant elle semble sincère. Oui elle était très bien préparé, quoi de plus normal quand ça fait 2 ans que l'on traine son nom dans ce qui ressemble à de la boue. J'ai écouté une partie de son témoignage devant la commission, si j'ai bien compris le sens de ses propos, les fautes reprochées seraient attribuables à son chef de cabinet ainsi qu'à Marc Yvan Côté. Il est plus qu'évident que ces derniers, aux yeux de la commission, sont déjà coupable de malversations. Alors pour Nathalie, il suffit d'en rajouter une petite couche du genre: "si il a trahi ma confiance.... ou je ne m'en suis jamais doutée etc...", laissant ainsi supposé que le grand coupable n'est autre que ce Lortie avec qui elle a travaillé pendant 8 ans. Huit ans et elle n'a rien vus, n'a rien entendu..... De plus elle était vice première ministre, il me semble que pour occuper un tel poste il faut une bonne dose de jugement, à moins que la nomination émane de quelqu'un qui en manque.... Cela me fait pensé qu'une certaine Thériault, celle qui s'est ridiculisée la semaine dernière, celle-là aussi est vice première ministre, la maladie est-elle contagieuse.....
    À toute évidence, j'ai un peu de difficultés avec des témoignages comme celui de cette madame; à certain moment on se serait crus devant un interrogatoire mener par 2 policiers, le bon et le méchant, le premier étant la juge Charbonneau qui était douceureuse devant Nathalie, un peu plus et elle lui aurait servis les canapés et peut-être quelques douzaines de roses avec ça.... Le rôle du méchant revenait tout naturellement à Sonia Lebel, cependant cette dernière semblait moins mordante que d'habitude, une simple perception ou......En conclusion je dis que les 2 témoins qui ont précédés Mme Normandeau devant la commission, lui ont ouvert tout grand la porte pour ce disculper de toute malveillance dans l'exercice de ces fonctions de ministre. Bravo à toutes et à tous, très belle masquarade.

    • Jean-Pierre Audet - Abonné 19 juin 2014 10 h 33

      Très belle mascarade en effet ! Tant d'autres témoins s'étaient fait traiter de «naïfs» ! Madame Normandeau a choisi d'affirmer haut et fort que non, elle n'était pas naïve, mais très lucide. Et on la croit. Mais quelle contradiction ! Lucide dans ce gouvernement pourri à l'os... et elle ne voyait rien des magouilles. Franchement, comme gaspésien moi-même et de Maria de surcroït, je ne la croyais pas d'un tel culot. Comme quoi certains sont plus futés que d'autres.