Homicides : les femmes autochtones surreprésentées, révèle un rapport de la GRC

Selon la GRC, trois à quatre fois plus de femmes autochtones sont victimes d’homicides que les femmes non autochtones au Canada.
Photo: La Presse canadienne (photo) Darryl Dyck Selon la GRC, trois à quatre fois plus de femmes autochtones sont victimes d’homicides que les femmes non autochtones au Canada.

Trois à quatre fois plus de femmes autochtones sont victimes d’homicides que les femmes non autochtones au Canada, confirme un rapport de la GRC, qui rapporte 1181 cas de femmes disparues ou assassinées depuis 30 ans. Une situation intolérable, affirme l’Association nationale des femmes autochtones (ANFA), qui juge que le gouvernement Harper ne peut plus fermer les yeux sur les constats posés par ses propres institutions.

 

Le rapport fort attendu de la GRC, dévoilé vendredi à Winnipeg, trace un portrait encore plus sombre que celui anticipé par les organisations autochtones jusqu’ici. Il révèle que 16 % des femmes assassinées sont d’origine autochtone, bien que ces dernières ne comptent que pour 4 % de la population. Une surreprésentation inadmissible et douloureuse qui a fortement fait réagir Michèle Audette, la présidente de l’ANFA, dont l’association avait estimé en 2010 à 582 le nombre de femmes disparues ou tuées à la suite de ses propres enquêtes.

 

« Je suis d’autant plus ébranlée que je viens tout juste d’apprendre la disparition d’une petite-cousine. Il y a 18 mois, la GRC émettait des doutes sur notre travail. Maintenant, les chiffres sont clairs. Il faut que les choses bougent. Il nous faut un autre Idle No More, il faut une enquête publique », a-t-elle insisté, encore secouée par l’ampleur des chiffres et la nouvelle d’une disparition dans sa propre famille.

 

Cette dernière estime que le gouvernement Harper, qui résiste depuis des mois aux pressions venues de toutes parts pour la tenue d’une commission d’enquête, ne peut plus fermer les yeux. La représentante autochtone, inspirée par le mouvement Bring Back Our Girls, créé en appui aux 276 jeunes filles enlevées au Nigeria, a d’ailleurs invité sur les réseaux sociaux la population à soutenir les femmes autochtones avec le mot-clic #Inquirynow, doublé d’un selfie. « Nous avons ici 1200 filles et femmes disparues ou retrouvées mortes. Alors pourquoi n’obtenons-nous pas justice pour nos soeurs volées ? », demande Michèle Audette.

 

Plusieurs élus se sont joints à cette campagne, dont la chef du Parti vert, Elizabeth May, et plusieurs députées libérales.

 

Un portrait déroutant

 

Témoin de l’ampleur de la violence subie par les femmes autochtones, l’enquête de la GRC, à laquelle ont collaboré 250 corps policiers canadiens, précise la nature des crimes commis et le profil des victimes. Dans 30 % des cas, les femmes autochtones sont tuées par quelqu’un de leur entourage, et 32 % décèdent à la suite de coups, soit deux fois plus que les autres femmes victimes de meurtres.

 

La dispute est le mobile le plus fréquent de l’homicide (40 %). Les victimes sont plus jeunes que chez les non autochtones (29 ans plutôt que 36 ans), et plusieurs présentent des « facteurs de vulnérabilité », dont celui d’avoir consommé des drogues (63 %) ou d’avoir un dossier criminel (44 %), indique la GRC.

 

Si le taux d’homicide des femmes en général tend à diminuer depuis 1984, celui observé chez les femmes autochtones a crû, passant de 8 % des victimes à 25 % en 2012. « C’est clair que la violence augmente quand on voit à quel point la situation se dégrade dans les diverses communautés », soutient Michèle Audette.

 

Depuis l’été dernier, les appels se multiplient au gouvernement Harper pour qu’il crée une commission d’enquête. Les ministres provinciaux des Affaires autochtones, les partis d’opposition, Amnistie internationale et Human Rights Watch ont joint leurs voix à celle des Premières Nations. Plus récemment, le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits des peuples autochtones ajoutait la sienne, réclamant lui aussi une enquête sur la situation des femmes assassinées ou disparues.