Plus de 120 intellectuels réclament la tête de Marc Parent

Les manifestants n’ont pas eu le temps de mettre le pied sur le bitume, samedi à l’angle de la rue Jean-Talon et de l’avenue De Chateaubriand, que le SPVM déclarait la manifestation illégale.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les manifestants n’ont pas eu le temps de mettre le pied sur le bitume, samedi à l’angle de la rue Jean-Talon et de l’avenue De Chateaubriand, que le SPVM déclarait la manifestation illégale.

Plus de 120 professeurs issus principalement de l’UQAM et de l’Université de Montréal réclament la tête du directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, et de son porte-parole, Ian Lafrenière.

 

Dans une lettre publiée en exclusivité dans notre site Internet, ces professeurs critiquent sévèrement la répression de la manifestation annuelle contre la brutalité policière. En l’espace de quelques minutes, les policiers ont arrêté 288 personnes avant même le départ de la 18e édition de la marche, samedi.

 

« La police ne tolère tout simplement pas qu’on manifeste pour dénoncer sa brutalité », déplorent les auteurs Marcos Ancelovici et Francis Dupuis-Déri, respectivement professeurs de sociologie et de science politique à l’UQAM.

 

Cent vingt homologues appuient leurs propos, dont Christian Nadeau et Georges Leroux (philosophie), Céline Bellot (service social), Lucie Lemonde (sciences juridiques) et « l’Anarchopanda », Julien Villeneuve.

 

Les signataires se demandent ouvertement « s’il est possible de dénoncer la brutalité policière sans en être soi-même la cible ».

 

Un pas de trop

 

Samedi, le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), organisateur de la marche, a refusé de fournir son itinéraire à la police comme le stipule le controversé règlement P-6.

 

Les manifestants n’ont pas eu le temps de mettre le pied sur le bitume, à l’angle de la rue Jean-Talon et de l’avenue De Chateaubriand, que le SPVM déclarait la manifestation illégale.

 

« Il n’y a pas eu de manifestation, il n’y a pas eu de violence, sinon celle des policiers qui sont intervenus brutalement, dès la tentative de commencer à marcher », déplore Francis Dupuis-Déri.

 

« Les gens qui étaient présents trouvent la situation révoltante. Ils ne sont pas contents du tout », enchaîne-t-il.

 

La grogne est si forte qu’il a mis à peine 12 heures pour récolter plus de 120 signatures.

 

Le collectif de professeurs dénonce la politique du « deux poids, deux mesures » dans l’application du règlement P-6.

 

Récemment, le SPVM a toléré la manifestation contre la culture du viol, la manifestation des casseroles contre l’austérité et la manifestation du Comité du 8 mars des femmes de diverses origines, bien que les organisateurs n’aient pas fourni d’itinéraire. « Nous nous demandons pourquoi le SPVM fait preuve d’un tel arbitraire à l’égard de la manifestation du 15 mars contre la brutalité policière », s’interrogent-ils.

 

Les intellectuels tiennent le directeur du SPVM, Marc Parent, comme l’ultime responsable des arrestations de masse. Ils réclament aussi la démission du commandant aux communications, Ian Lafrenière, puisqu’il est la courroie de transmission du message officiel de la police, visant à miner la légitimité de la marche du 15 mars pour cause de violence appréhendée. « Les arrestations de masse, c’est un geste collectif et prémédité qui se décide en haut lieu », estime M. Dupuis-Déri.

 

Depuis quelques années, les groupes de défense des droits et libertés ont interpellé les élus et la direction du SPVM sur les arrestations de masse, sans guère obtenir de résultats. « Le 15 mars, c’est une vieille question, et elle ne se règle pas. Les interventions de la société civile ne donnent rien. Au contraire, la brutalité policière s’est radicalisée, dans la mesure où l’on ne peut même plus faire cette manifestation », déplore Francis Dupuis-Déri. Le SPVM a déployé plusieurs stratégies au cours des 18 dernières années pour encadrer la manifestation contre la brutalité policière.

 

La marche a régulièrement fait l’objet de confrontations et de grabuge.

34 commentaires
  • Francois Parent - Inscrit 18 mars 2014 07 h 36

    Démocratie

    Où est la démocratie ? On tente d'enlever la parole aux citoyens par des règles anti démocratique. C'est révoltant et les autorités en sont responsables. Les policiers ont-ils donner leur itinéraire lorsqu'ils manifestaient leur pauvre condition de travail de 5 jours de travail ?

    • Guy Vanier - Inscrit 18 mars 2014 09 h 31

      Voyons donc les policiers c'est pas pareil..... Dans un état policier ils sont les maîtres! bien payés, bien protégés, jugés par des policiers si dérapage il y a. Le belle vie quoi? Non?
      Ou en sommes nous rendu avec la mme policière # 728 ?? Elle n'est pas chanceuse elle n'avait pas eu le temps d'enlever sa badge, la pauvre.....
      Ne vous en faite pas pour elle, elle va s'en sauver quand même, jusqu'à la prochaine fois.

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 18 mars 2014 09 h 15

    Voici un exemple des effets durables...

    Les préoccupations pour la loi et l'ordre du dernier gouvernement Charest et la façon dont il a traité la grève étudiante de 2012 auront changé pour de bon la façon dont la contestation publique est et sera traité, à l'avenir, sur le territoire du Québec: finie la belle tolérance des Québécois pourtant si allergiques à la chicane, dirait-on...

    Ceux qui croyainet alors qu'il n'y avait rien là et qu'il fallait bien dompter les maudits carrés rouges, faudrait prendre bonne note et vous rappeler qu'alors, même la magistrature s'est retrouvée dans la rue: Ils avaient peut-être vu...

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 19 mars 2014 07 h 39

      Oui. Parce-que ce changement fait autant l'affaire du PLQ que du parti qui lui a succédé. Un parti ayant à coeur la démocratie et le bien commun se serait empressé de faire marche arrière et de protéger le droit de manifester.

  • Yves Côté - Abonné 18 mars 2014 09 h 37

    Apparence de légitimité...

    "Les arrestations de masse, c’est un geste collectif ..." qui trouve son apparence de légitimité dans le patient travail de sape anti-démocratique de Jean Charest et de ses ministres, lors du Printemps Erable et qui devient le fondement abusif d'arrestations par bus entiers, sous un gouvernement Marois qui, à cette heure et à ma connaissance, accompagné d'une opposition complice, sauf exeption, semble bien se laver les mains de la loi sur laquelle repose de genre d'action.
    Apparence de légitimité dénoncée en 2012 dans un texte sans aucun doute mal écrit, puisque resté sans éditeur depuis... Pardonnez-moi ce manque d'orgueil ou d'humilité, selon votre appréciation.
    Pour prétendre envisager un pays libre, ne faut-il pas commencer par garantir à tous les Québécois le plein respect des libertés fondamentales de la démocratie ?
    En commençant par celui de manifester librement, lorsque bien sûr la violence en est bannie ?
    Sans ne prétendre plus qu'à mon nom, que ma modeste signature s'ajoute donc à toutes celles déjà déposées.
    Vive le Québec vraiment libre !

  • André Martin - Inscrit 18 mars 2014 09 h 57

    La démocratie, c'est aussi des règles.

    Si je comprends bien, la manif est devenue automatiquement illégalle parce que les organisateurs n’en avaient pas fourni l’itinéraire? La démonstration publique d’une opinion est un droit sacré en république, cependant j’ai aussi le droit de savoir où elle va se tenir, de facon à pouvoir l’éviter, ou au contraire décider de m’y rendre.

    On appelle ça les règles du jeu.

    • Richard Morisset - Inscrit 18 mars 2014 10 h 24

      Oui c'est les règles du jeu, quand elles sont les même pour tous! n'est-ce pas.

    • Carole Dionne - Inscrite 18 mars 2014 11 h 06

      @ Richard Morisset


      Je ne vous comprends pas!. Tous les syndicats qui suivent les règles, tous les assocuitions qui suivent les règles n'ont aucun problème pour manifester. Je ne comprends pas.

      Ce n'est pas parce que ce sont des profs d'universités que je vais tomber en bas de ma chaise. L'anarchie, connaissez-vous cela? On se donne des règles en société pour pouvoir vivre assez aisément entre nous.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 18 mars 2014 11 h 54

      Ce que M. Morisset veut dire, c'est que le SPVM a toléré certaines manifestations qui n'ont pas fourni d'itinéraires, alors que pour la manif contre la brutalité policière...

      C'est ça le deux poids deux mesures.

      Quant aux règles que l'on se donne et bien elles ont justement changées récemment et devinez dans l'intérêt de qui ?
      Ce qui était légal hier devient tout à coup illégal et il faudrait s'assoir sur ses lauriers?

    • Raymond Turgeon - Inscrit 18 mars 2014 12 h 46

      Le véritable test de la ''qualité '' du jugement de la force constabulaire aurait eu cours si les tenants de cette manifestation avait effectivement consenti à lui livrer leur intinéraire.
      Cependant, vous négligez de considérer que d'autres manifestations dont on a pas remis l'itinétaire aux policiers, ont pourtant eu libre cours.
      Pourtant, toutes ces manifestations étaient soumises à la même loi.
      Si vous n'y voyez aucun impair, aucune disparité lors du traitement, n'auriez-vous pas alors limité votre réflexion?

      Raymond Turgeon

  • Gisèle Filion - Inscrite 18 mars 2014 10 h 03

    Narguer et piéger les policiers pour dénoncer la violence policière...

    Narguer et piéger les policiers pour dénoncer la violence policière.
    Tout un beau programme!

    "On tente d'enlever la parole aux citoyens" ? Vraiment?

    Et si on tentait de protéger les citoyens et le biens publics ainsi que ceux des citoyens, d'une manifestation illégale qui ne donne pas son parcours et qui depuis plusieurs années finit par de la casse?

    Je serais bien curieuse de savoir ce que proposent les signataires de cette lettre
    pour contenir des manifestations qui commencent et finissent mal.

    Faudrait-il laisser l'illégalité envahir les rues?
    Si c'est ça le principe, on n'est pas sorti du bois...

    En fait, pourquoi ces gens ne donnent-ils pas leur parcours? Ça me semble dès le départ une provocation.
    Pourquoi narquer ainsi les policiers ?

    Cette manifestation piège les policiers, dès le départ.
    S'ils laissent faire, on les accusera de ne pas faire leur devoir en tolérant l'illégalité et en ne faisant pas cesser la casse.
    S'ils font leur devoir on s'en prendra aux seuls moyens efficaces pour contrôler les débordements.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 mars 2014 10 h 51

      Lisez bien ...avant de faire un commentaire mme filion...
      Le droit de manifester est un droit inscrit dans la charte des droits...
      la répression ne l'est pas...
      Il faudrait plutôt demander à nos élus de retirer cette clause "goulag" qui contrevient à la liberté d'expression ...

    • André Martin - Inscrit 18 mars 2014 11 h 43

      C'est court comme raisonnement, mme Sévigny. Une charte n'est pas assortie que de droits. Il y a aussi les obligations et les devoirs, et éventuellement aussi des sanctions lorsque cette charte (droits ET obligations) n'est pas respectée.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 18 mars 2014 11 h 55

      « Cette manifestation piège les policiers, dès le départ. »

      C'est plutôt l'inverse qui s'est produit, Mme. Fillion...

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 18 mars 2014 12 h 10

      C'est triste à lire, madame. Votre commentaire démontre que le travail de destruction systématique des acquis démocratiques a bien porté fruit ces dernières années. Leurs meilleurs alliés? Les citoyens prêts à abandonner leur sens critique, qui confondent information (souvent manipulée) et compréhension véritable. Jean Charest serait fier de vous.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 mars 2014 14 h 00

      @ andré martin
      vous aussi, tout comme mme filion, vous n'avez pas lu ce que cet article disait!
      Il y a ailleurs dans Le Devoir , la lettre intégrale de ce manifeste des
      120 intelllectuels...
      Je maintiens donc que cette clause "goulag" doit être retirée...!