La FTQ prête à tout pour empêcher la tenue de la commission Charbonneau

Jean Lavallée persiste et signe. Il désapprouve encore la création de la commission Charbonneau, en se plaignant au passage du mauvais traitement qu'il subit.
Photo: - Le Devoir Jean Lavallée persiste et signe. Il désapprouve encore la création de la commission Charbonneau, en se plaignant au passage du mauvais traitement qu'il subit.
Des conversations d'écoute électronique entre l'ex-président de la FTQ, Michel Arsenault, et l'ex-président de la FTQ-Construction (FTQ-C), Jean Lavallée, lèvent le voile sur le climat de panique qui prévalait à l'interne, en 2009. Les deux plus importants leaders de la FTQ voyaient dans les enquêtes journalistiques «une inquisition, tabarnak!».

Les deux hommes avaient élaboré une stratégie visant à faire pression sur le Parti québécois (PQ), afin qu'il se dissocie du mouvement populaire exigeant la tenue d'une enquête sur l'industrie de la construction.

«Le PQ ne touchera pas à ça. Je vais parler à Pauline», dit Michel Arsenault. Le président de la FTQ ajoute qu'il a «un deal avec Blanchet», afin que le PQ, qui formait l'opposition officielle, ne se mêle pas du débat.

M. Arsenault réfère à Claude Blanchet, le mari de Mme Marois, qui fut le p.-d.g. du Fonds de solidarité de la FTQ de 1983 à 1997.

M. Lavallée a indiqué lors de son témoignage que ces rencontres avec le PQ n'avaient jamais eu lieu. Le parti a d'ailleurs fait de la création de la commission Charbonneau son principal cheval de bataille lors de son séjour dans l'opposition.

«Ce sont tout de même des conversations qui ne sont pas banales», a fait remarquer la juge France Charbonneau.

M. Lavallée persiste et signe. Il désapprouve encore la création de la commission Charbonneau, en se plaignant au passage du mauvais traitement qu'il subit. «On sait comment ça se finit une commission d'enquête. Moi, je suis ici aujourd'hui et je suis condamné d'avance. Je passe pour un pas bon partout. Ma réputation est ternie», a-t-il déploré.
 
Des leaders en émoi

Jean Lavallée et Michel Arsenault sont en émoi sur l'écoute. M. Lavallée, le président du conseil de la SOLIM, assure son interlocuteur que les dossiers d'investissement du bras immobilier du Fonds «sont “clean” de A à Z».

«On s'organise tous les deux pour parler au PQ. Il ne faut qu'il y ait d'enquête. Y a rien que de la marde qui va sortir, des petites affaires qui deviennent des grosses», conclu Jean Lavallée.

Devant la commission, M. Lavallée a défendu à nouveau le bilan de la SOLIM. Si des relations des Hells Angels, comme celle de Ron Beaulieu, ont pu bénéficier de financement pour leurs projets, c'est à son insu. «On fait pas affaire avec les Hells. Si on a fait affaire avec eux, on ne le savait pas», a-t-il expliqué.

Jean Lavallée a jeté par ailleurs une ombre sur la crédibilité de Michel Arsenault. Le président de la centrale lui a déjà confié qu'un «Italien» lui avait déjà offert un pot-de-vin de 300 000$ pour faciliter le financement de Carboneutre, une firme infiltrée par le caïd Raynald Desjardins. M. Arsenault se vantait d'avoir refusé le pot-de-vin.

Michel Arsenault avait même exprimé sa colère devant cette tentative de corruption, se souvient Jean Lavallée.

Ces explications contrastent avec celles fournies par le principal intéressé. Michel Arsenault a déclaré publiquement que cette tentative de corruption n'avait jamais eu lieu.


«Frappé un mur»

À Québec, le ministre Bernard Drainville n’a pas réfuté les allégations de pressions sur l’état-major du Parti québécois afin qu’il ne relaie pas les demandes de commission d’enquête sur l'industrie de la construction à l’Assemblée nationale. «S’il y en a qui ont essayé de nous empêcher de demander la commission, ils ont frappé un mur», a-t-il déclaré à la sortie d’une commission parlementaire. «Je dirais un mur d’intégrité», a-t-il ajouté.

Le Parti québécois a réclamé la tenue d’une commission sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction «pendant trois ans», a précisé le ministre responsable des Institutions démocratiques. Dans l’opposition, «je ne sais pas combien de centaines de fois, on s’est levés pour demander la création de la commission», a-t-il insisté. Une fois au pouvoir, le parti politique dirigé par Pauline Marois «fait le ménage», a souligné M. Drainville.

Les libéraux demandent des explications à Marois

De son côté, le chef de l’opposition officielle, Philippe Couillard, a pressé la première ministre, Pauline Marois, de s’expliquer sur le «deal» allégué entre son conjoint et l’ancien numéro un de la FTQ, Michel Arsenault. «C’est troublant. Et, c’est la raison pour laquelle elle doit s’expliquer», a-t-il déclaré.

Les libéraux soupçonnent la première ministre Pauline Marois d'avoir voulu préserver les intérêts de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) concernant la demande d'une commission d'enquête sur la construction.

La députée Lise Thériault a réclamé des explications à Mme Marois. Lors d'un point de presse, Mme Thériault a cité des extraits de la conversation enregistrée par la police, en février 2009, dans laquelle l'ex-président de la centrale Michel Arsenault évoque une entente avec le mari de Mme Marois, Claude Blanchet, ancien président du Fonds de solidarité de la FTQ.

Selon la députée libérale, les propos de M. Arsenault indiquent que les dirigeants du syndicat souhaitaient dissuader le Parti québécois, qui formait alors l'opposition officielle, de réclamer une enquête publique.

À la presse parlementaire, Mme Thériault a reconnu qu'elle n'a observé aucun geste du PQ indiquant qu'il aurait pu vouloir éviter qu'une enquête publique soit mandatée pour préserver les intérêts de la FTQ.

L'entourage libéral a cependant souligné que le PQ a mis cinq mois avant d'emboîter le pas à l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui a commencé à réclamer une commission d'enquête en avril 2009.

Dans la conversation diffusée devant la Commission Charbonneau mardi, M. Arsenault parle avec l'ex-président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, qui est à la barre des témoins cette semaine.

Avec Marco Bélair-Cirino et La Presse canadienne

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