Guy Turcotte subira un nouveau procès

Le verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux en juillet 2011 avait suscité un tollé dans la population du Québec.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Le verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux en juillet 2011 avait suscité un tollé dans la population du Québec.
L’ex-cardiologue Guy Turcotte, qui a tué à coups de couteau ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie, s’est livré à la police mercredi soir, quelques heures après qu’un mandat d’arrestation pour deux accusations de meurtre prémédité a été lancé contre lui. Il comparaîtra jeudi au palais de justice de Saint-Jérôme. À moins que la Cour supérieure ne lui accorde une remise en liberté, il sera détenu jusqu’à son nouveau procès.

La Cour d’appel du Québec a en effet invalidé le verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux qui a été rendu par un jury au mois de juillet 2011, lequel avait suscité un tollé dans la population du Québec.

Selon la Cour, le juge de première instance n’a pas donné les bonnes instructions au jury pour rendre ce jugement. Le jury n’a pas été amené à prendre en compte le fait que Guy Turcotte s’était intoxiqué volontairement au lave-glace au moment des incidents, en 2009.

Enquête sur les experts

Or un récent jugement de la Cour suprême a établi qu’une personne est criminellement responsable de ses actes si l’état d’intoxication volontaire dans laquelle elle se trouve l’amène à porter atteinte à l’intégrité physique d’autrui. Selon la Cour d’appel, le jury aurait dû être invité à distinguer entre l’état d’aliénation mentale causé par l’intoxication volontaire au lave-glace et celui lié aux problèmes de santé mentale de Guy Turcotte, soit le trouble d’adaptation dont ont parlé différents experts.

Isabelle Gaston, la mère d’Anne-Sophie et d’Olivier, s’est dite contente de la tenue d’un autre procès parce que, quand « tu te fais faire quelque chose d’aussi grave que de se faire tuer ses enfants ou de se faire voler ses enfants, il faut que tu sentes qu’il y a réparation du tort qu’on t’a fait », dit-elle. « Il y a quelque chose de pas correct au fait [que la personne qui a tué tes enfants] ait la même liberté que toi. »

Mme Gaston reste quant à elle convaincue que son ex-conjoint était lucide au moment d’assassiner ses enfants. Par ailleurs, elle est particulièrement choquée que le système permette à des experts de donner des versions contradictoires des faits. Elle-même médecin, elle a d’ailleurs demandé au Collège des médecins de faire enquête sur l’un des experts ayant témoigné en première instance au procès de son ex-conjoint. « Pourquoi on peut permettre de tisser une histoire ? », demande-t-elle, alors qu’on n’« est pas capable de dire à quelle heure [Guy Turcotte] a ingurgité le méthanol, entre 19 h et 5 h du matin ».

Si elle dit croire en la réhabilitation, elle croit cependant que son ex-conjoint devrait d’abord « perdre sa liberté » et « faire sa sanction ». Elle ajoute cependant qu’advenant que le jury arrive de nouveau à un verdict de non-responsabilité criminelle pour aliénation mentale, ce qui n’est pas exclu, elle se pliera à cette décision. L’avocat de M. Turcotte, Me Pierre Poupart, a dit quant à lui ne pas pouvoir commenter le dossier puisque des procédures devaient suivre sous peu.

Projet de loi conservateur

Au fédéral, le ministre de la Justice, Peter MacKay, s’est fait prudent mercredi, expliquant que la cause demeure devant les tribunaux. Mais il s’est permis de présager que « la réaction publique sera très favorable ». Et c’est « précisément la raison pour laquelle » son gouvernement conservateur avait présenté un projet de loi l’hiver dernier pour durcir les règles de remise en liberté des personnes déclarées non criminellement responsables de leurs actes (C-54). « Les Canadiens ont exprimé leurs craintes quant aux risques que peuvent poser des individus qui sont jugés non criminellement responsables », a fait valoir le ministre, en conférence téléphonique depuis les Territoires-du-Nord-Ouest.

Le projet de loi C-54 est mort au feuilleton avec la prorogation du mois d’août. Le ministre MacKay a promis qu’il sera de nouveau déposé, « au cours de la session parlementaire ». Cette loi ne serait toutefois pas appliquée dans le cas de Guy Turcotte, puisque ce sont les lois en vigueur au moment du premier procès qui prévaudront à son nouveau procès.


Avec Marie Vastel
15 commentaires
  • Guy Vanier - Inscrit 14 novembre 2013 04 h 21

    Bonne idée!

    C'était le temps que quelqu'un se réveille! C'est plaisant des juges réveiller! La pression de l'opinion publique réveille toujours un peut. Quand sa brasse de temps à autre tout le monde se réveille.
    Bravo le peuple!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 novembre 2013 04 h 27

    loi C-54

    Je ne veux rien dire de mal de personne, mais souhaitons que cette loi C-54 ne s'applique plus à la cause en question.

    Et j'apprécierais ne plus voir de photo du père avec ses enfants mode famille. Je trouve ça légèrement déplacé.

    PL

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 14 novembre 2013 07 h 58

    Bizarre de "gut feeling"

    Pourquoi ai-je eu à la lecture de cette nouvelle, ce sentiment venu de je ne sais trop où, viscéral, instinctif, que c'est bel et bien (la reprise du procès Turcotte) la bonne chose à faire? Fouille-moi!

    Mais par ailleurs, la conviction que je ne suis pas le seul à réagir ainsi aujourd'hui est solide et profonde: Qu'elle qu'en soit l'issue (de ce deuxième procès) il a toutes les chances d'enfin purger et clore cette affaire.

    Acquitté de nouveau, Turcotte pourra enfin tenter de poursuivre sa vie, son ex-conjointe aura l'impression quant à elle d'avoir (mieux) obtenu justice, et la communauté, enfin, prendra note du nouveau jugement et finira par se taire, tout probablement plus sereine.

    Accessoirement, si tout ça peut avoir quelque impact positif sur cette façon passablement vicieuse dont interviennent "les experts" en cour de justice, chez nous, ce sera toujours bien ça que les angelots auront au passage légué à leurs contemporains.

  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2013 08 h 24

    La justice

    Comme le premier procès, ce second procès sera une farce de mauvais goût.
    La justice appartient aux riches, ne l'oublions jamais.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 14 novembre 2013 09 h 45

      Vraiment un peu fort de café, votre commentaire...

    • Daniel Bérubé - Abonné 14 novembre 2013 17 h 19

      Et parfois, des riches peuvent devenir moins riches...

  • Johanne Bédard - Inscrite 14 novembre 2013 08 h 41

    À Mme Gaston

    Vous devriez suivre une thérapie suite à ce que vous avez vécu. De toute évidence c'est la colère et la hargne qui vous dominent. C'est dommage pour vous, car vous n'avancer pas dans un cheminement qui vous serait bénéfique. La vengeance ne rend pas heureux. Je parle en connaissance de cause... Je comprends que vous souhaitiez la justice pure et dure. Nous sa voulons tous ! Mais, elle n'existe pas en ce bas monde.

    Je vous souhaite la paix intérieure.

    • Geoffrey Thorpe - Inscrit 14 novembre 2013 11 h 15

      Il y a un mauvais parfum de christianisme missionnaire dans vos propos Mme Bédard, que je trouve d'ailleurs indigne de votre part étant donné les faits dans ce cas.

      Vous faites un procès d'intention à Mme Gaston qu'elle ne mérite pas du tout. Mais la barre semble tellement haute pour qu'une femme en quête de justice puisse éviter le genre de commentaire que vous faites. Une bonne femme sait qu'elle doit tendre l'autre joue, prendre sa place, et s'écraser, n'est-ce pas? «Fathers for justice» ne saurait mieux dire.

      Je ne crois pas que cette cause soit animée par la colère ni la hargne, quoique ce sont les émotions auxquels Mme Gaston aurait parfaitement droit. Votre commentaire pourrait mieux décrire la démarche de notre sénateur, qui semble mettre son deuil au service des amalgames grossiers des conservateurs. (Sans doute bien malgré lui.) Mais la démarche de Mme Gaston est plutôt précise et concerne les failles dans notre système judiciaire qui préoccupe beaucoup d'entre nous depuis le premier procès de M Turcotte.

      Croyez-vous que la déresponsabilisation grotesque qu'on nous a proposée dans ce procès soit un précédent souhaitable? Que tout ce qui nous manque pour que le dossier soit bien réglé c'est de fermer la trappe d'une chialeuse? Ou voyez-vous les mêmes problèmes que nous, et c'est le messager qui vous dérange plus que le message?

      Je félicite le courage de Mme Gaston de se servir de son capital de sympathie pour mener cette bataille-là. Et honte à ceux qui lui conseillent de «penser à elle», comme si la thérapie de soi était la seule considération valable dans les circonstances. Ce que vous suggérez à Mme Gaston serait en fin de compte de sombrer dans l'égoïsme crasse. C'est-à-dire de se consacrer à son bien-être personnel au lieu de servir l'intérêt général dans un débat où elle possède un poids incontestable. Si ce n'est pour elle qu'une manière de rendre hommage à ces enfants, je lui lèverais mon chapeau pareil.

    • Lorraine Couture - Inscrite 14 novembre 2013 11 h 41

      Madame Johanne Bédard,

      La justice n'est ni pure, ni dure, elle est juste !

    • Pierre Germain - Inscrit 14 novembre 2013 11 h 55

      @ Mme Bédard,

      Il ne s'agit pas ici de vengeance mais de reprendre un procès que l'on peut aisément qualifier de farce monumentale.

    • monique saucier - Inscrite 14 novembre 2013 19 h 59

      qui vous dit chere madame Bédard que Mme Gaston
      n'a pas suivi une thérapie?? Vous avez un trouble de perception pour penser que Mme Gaston veut se venger. De pures étrangers veulent une peine beaucoup plus sévère pour G. Turcotte.Mme Gaston pourrait en même temps changer des lois. N'ouibliez pas que G. Turcotte a poignardé ses enfants et même les a dépecés. G. turcotte n'a même pas pensé à la peine qu'il ferait aux grand-parents justement parceque sob désir de vengeance avers Mme Gaston était trop grand.
      Monique Ross kmonik@videotron.ca