Commission Charbonneau - Portrait du cartel de la construction à Laval

À cette époque, la collusion et la corruption ne faisaient pas partie des préoccupations de Roger Desbois. «Je n'étais pas sensibilisé à ça. Je vous dis la vérité», a-t-il insisté.
Photo: -Le Devoir À cette époque, la collusion et la corruption ne faisaient pas partie des préoccupations de Roger Desbois. «Je n'étais pas sensibilisé à ça. Je vous dis la vérité», a-t-il insisté.

Dix-huit entreprises faisaient partie du cartel de la construction à Laval, selon le témoignage d'un facilitateur local de la collusion, Roger Desbois, mardi matin à la Commission Charbonneau.

L'ingénieur à la retraite ne décidait pas du partage des contrats. De 2003 à 2009, il s'est plutôt employé à collecter la ristourne de 2 % auprès des firmes qui marchaient dans les combines orchestrées par l'ex-directeur général de la Ville, Claude Asselin, et l'ex-directeur général de l'ingénierie, Claude Deguise.

MM. Asselin et Deguise sont tous deux accusés de gangstérisme avec le présumé chef de leur gang, l'ex-maire Gilles Vaillancourt.

M. Desbois recevait de Claude Deguise des documents de la Ville avec des «x» à côté des projets truqués. «Je devais collecter ces entrepreneurs», a dit M. Desbois. «Tous ces montants collectés étaient pour le PRO des Lavallois [le défunt parti du maire]», a-t-il précisé.
 
Pas grave


M. Desbois a été approché par son patron, Marc Gendron, pour s'occuper de la collecte des ristournes, une fonction qu'il a décrite avec banalité, mardi à la commission Charbonneau. «Je ne sentais pas de gravité à accepter ce poste», a-t-il dit.

À cette époque, la collusion et la corruption ne faisaient pas partie de ses préoccupations. «Je n'étais pas sensibilisé à ça. Je vous dis la vérité», a-t-il insisté.

La firme qui l'employait, Gendron Lefebvre, a connu plusieurs changements de propriété. Elle a été acquise par Tecsult en 1993, et par Aecom en 2008. Grosso modo, elle faisait le quart de son chiffre d'affaires à Laval.

Quand Marc Gendron a pris sa retraite, en 2002, il a pensé à Roger Desbois pour le remplacer à titre de collecteur des ristournes. Si la firme abandonnait ce rôle, sa part de marché à Laval aurait chuté à 15 %, a expliqué M. Desbois.

M. Desbois, qui a collaboré à l'enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur Laval, a cité les 18 entreprises ayant fait partie du cartel, en ordre décroissant d'importance. Les firmes de Tony Accurso, Simard Beaudry et Louisbourg, ont obtenu la plus grosse part des contrats. L'intermédiaire de M. Desbois pour le versement des ristournes était Joe Molluso.

Les autres membres du cartel étaient: Nepcon (René Mergl), Poly-Excavation (Marc Lefrançois), J. Dufresne (Jocelyn Dufresne), J. Dufresne Asphalte (Patrick Lavallée et Luc Lemay), Sintra (Mario Desrochers et Nicolas Théberge), Demix, DJL (Roger Trudel), Giuliani (Giuliano Giuliani), Mergard (Mike Mergl), Ladouceur excavation (Carl Ladouceur), VG (Marc Lefrançois), Lavallée et frères (Daniel Lavallée), Ciment Lavallée (Lyan Lavallée), Valmont Nadon (Gilles Théberge), Desjardins asphalte (Mario Desrochers), Timberstone (Leo Moscato) et Doncar (Éric Giguère).

Fait à souligner, 13 des membres du cartel sont accusés de complot et fraude dans le cadre du projet Honorer.

M. Desbois est cité dans l'acte d'accusation comme un co-conspirateur, mais il n'a pas été accusé.

M. Desbois a été cité abondamment par le directeur général adjoint, Jean Roberge, la semaine dernière. Selon le témoignage de M. Roberge, Roger Desbois était le coordonnateur de la collusion pour les entrepreneurs à Laval.

M. Roberge a lui-même facilité la tâche à M. Desbois, en lui remettant des listes confidentielles d'entrepreneurs intéressés à soumissionner sur des projets. Ces informations auraient permis à M. Desbois de contacter les entrepreneurs et de truquer les appels d'offres. M. Desbois a cependant indiqué que Jean Roberge lui a offert une moins bonne collaboration que son prédécesseur, Claude Deguise.

Quand M. Roberge s'est plaint à Gilles Vaillancourt de ne pas avoir reçu une prime de 20 000 $ promise lors de son embauche, l'ex-maire lui a dit de contacter Roger Desbois. Celui-ci lui aurait remis les 20 000 $, en liquide.

Détails à venir.

À voir en vidéo