Itinéraire des manifestations: la pression monte sur Québec

Le gouvernement péquiste a abrogé la loi 78, et ainsi l'obligation faite aux manifestants de dévoiler leur itinéraire. Mais cette disposition est demeurée en vigueur à Montréal et Québec, qui avaient fait voter des règlements municipaux à cet effet.
Photo: Marie-Hélène Tremblay - Le Devoir Le gouvernement péquiste a abrogé la loi 78, et ainsi l'obligation faite aux manifestants de dévoiler leur itinéraire. Mais cette disposition est demeurée en vigueur à Montréal et Québec, qui avaient fait voter des règlements municipaux à cet effet.

Québec — Le gouvernement péquiste devrait demander aux villes de Montréal et Québec d'abroger leur règlement municipal obligeant les manifestants à dévoiler leur itinéraire, ont affirmé lundi trois regroupements.

Le parti politique Québec solidaire, le service d'aide juridique Juripop et l'Association des juristes progressistes (AJP) estiment que le gouvernement est dans une position contradictoire en tolérant ainsi ces règlements, qui ont motivé des arrestations récemment dans les deux villes.

En septembre dernier, dès son premier conseil des ministres, la première ministre Pauline Marois a abrogé les dispositions de la loi 12 limitant les manifestations, qui avaient été introduites par les libéraux avec le projet de loi 78, durant la crise étudiante du printemps précédent.

Le gouvernement péquiste levait ainsi l'obligation faite aux manifestants de dévoiler leur itinéraire. Mais cette disposition est demeurée en vigueur à Montréal et Québec, qui avaient profité du projet de loi 78 pour voter des règlements municipaux à cet effet.

Le président de QS et coporte-parole André Frappier croit qu'en tolérant ce statu quo dans les deux villes, le gouvernement se place dans une position contradictoire.

M. Frappier estime que les péquistes devraient demander aux deux villes d'abroger leur règlement municipal.

«Ils s'en lavent les mains, a-t-il dit. C'est contradictoire maintenant de ne pas aller plus loin et de ne pas demander aux deux municipalités de l'abroger, même si le gouvernement n'a pas le pouvoir, au moins de ne pas rester silencieux.»

Le directeur général de Juripop, Marc-Antoine Cloutier, a relevé que dans l'opposition, plusieurs péquistes, dont Mme Marois et la ministre Véronique Hivon, se sont indignés des excès permis par le projet de loi 78, qui est devenu la loi 12 lorsqu'elle a été adoptée.

M. Cloutier a affirmé qu'il ne comprend pas comment le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, peut maintenant demeurer muet face aux arrestations de masse vues à Montréal, que les policiers motivent en invoquant un règlement qui oblige la divulgation des itinéraires de manifestations.

«Tous, en réunion, quand on discutait de la loi 78, se scandalisaient de cette obligation d'itinéraire, a-t-il dit. Alors moi je ne comprends pas comment aujourd'hui, M. Bergeron, ministre de la Sécurité publique, peut demeurer muet face à ce genre d'arrestations de masse.»

Le cabinet de M. Bergeron a plutôt dirigé les questions vers celui de son collègue aux Affaires municipales, Sylvain Gaudreault.

Mais l'attaché de presse de M. Gaudreault a indiqué que le gouvernement ne fera aucun commentaire sur la situation puisque le règlement montréalais P-6, qui touche notamment l'itinéraire des manifestants, est contesté devant la Cour supérieure.

L'avocate Sibel Ataogul, présidente de l'AJP, a affirmé que Mme Marois ne s'était pourtant pas gênée pour dire que les dispositions portant sur les manifestations nuisaient aux droits et libertés, en septembre, même si la cause était déjà devant le tribunal.

«C'est très inquiétant et c'est complètement incohérent, considérant que la même disposition pour elle était tellement contraire aux droits et libertés qu'elle l'a abrogée avant que les tribunaux statuent dessus», a-t-elle dit.

Selon Mme Ataogul, depuis le 15 mars, les policiers montréalais ne tolèrent plus les manifestations sans itinéraire connu, alors que c'était le cas l'an dernier.

À Québec, au début du mois, le même phénomène a été observé, les policiers intervenant aussitôt que le cortège s'est mis en marche.
11 commentaires
  • Léandre Joannette - Inscrit 25 mars 2013 19 h 56

    Civilisation !

    Nous avons un peuple d"idées et non de violence. Donnez la trajet de sa manifestion n'est rien, c'est la manifestation qui a de l'importance et les yeux soient sur nous au vrai jour. Pourquoi casser, se cacher derière un masque-foulard-bandeau-bâton et sac à dos pleine de....... C'est de faire fausse route ! les idées sont passées par-dessous bord. Ceux qui n"ont rien à perdre, ils ont rien à gagner car le focus est complètement sur des actions de violences et rien sur les idées. Obliger à se coformer à votre indicipline et inventer es raisons pour manifester afin de produire de la casse...... Ce n'est pas de définition d'un québécois libre de penser.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 25 mars 2013 23 h 09

      Vous impliquez que ceux qui me donneraient pas leur itinéraire seraient violents? En quoi le donner «serait-il rien» ? Et si on a un mode d'organisation politique et social qui n'est pas vertical, alors que c'est précisément un mode d'expression que de se rassembler sans hiérarchie, justement parce que ça devrait être un droit respecté? Ne sommes-nous justement pas en train de formater la pensée d'un gorupe qui pourrait précisément revendiquer d'autres manières de fonctionner? « Tu es libre, tant que tu penses, que tu parles et que tu agis comme nous. » C'est ça que vous insinuez?

      Pourquoi assimiler les manifestants qui refusent de donner leur itinéraire ou encore d'être filmés par le SPVM à des gens violents, qui font de la casse ou qui ont des ... dans leur sac? Les trois dernières manifs, interrompues, n'ont été l'objet d'aucun méfait. Lors de celle du sommet, les policiers auraient reçu des... balles de neige. Être libre de penser ne se résume pas à propager les clichés favoris des démagogues.

      Quelqu'un de «libre de penser» peut vouloir manifester pour être avec ses pairs, à expérimenter la liberté d'expression dans ce qu'elle a de plus fondamental et simple : occuper momentanément l'espace et scander son opinion. Ce droit ne saurait être plus simple et si c'est un droit, il n'a pas à être assujetti à une quelconque procédure.

      Que penseriez-vous de la politique suivante :

      «Tous les texte seront publiés, mais ils doivent d'abord être envoyés au "Comité moral de la société" les textes doivent impérativement comporter "X" nombre de mots et être composés avec telle police»

      Mais ça ne me semble pas le plus important, le plus important c'est qu'il faut peut-être voir soi-même les policiers à l'oeuvre et opérer dans un cadre violent, inutilement répressif, il faut être confronté à la privations de droits élémentaires, par exemple rester sur le trotoir, en face, sans rien menacer, et être sommé de s'en aller sous peine d'être arrêté soi-même.

  • Lydia Anfossi - Inscrite 25 mars 2013 20 h 44

    Un réglement qui cache l'intention de pouvoir déclarer une manif illégale!

    Le droit de manifester n'est pas le droit de manifester avec l'itinéraire précis remis à tel moment sinon on peut déclarer la manif illégale et émettre des contraventions!

    Le droit de manifester, c'est le droit de s'exprimer.
    Point.

  • Guy Prémont - Abonné 25 mars 2013 21 h 15

    Il y a manif et manif

    Ça semble effectivement le gros bon sens: pourquoi ne pas donner le trajet d'une manifestation? C'est si simple... C'est généralement simple dans le cas d'un syndicat ou d'un autre groupe qui organise des manifestations.
    Le problème c'est qu'on n'est pas du tout dans le même schéma de fonctionnement. C'était évident tout au long de l'été dernier, du temps des manifestations nocturnes quotidiennes, et c'est encore globablemet la même chose qui se passe. Il n'y a PAS d'organisateur! Il s'agit de gens qui se regroupent, au parc Émilie-Gamelin, et qui manifeste. Il n'y a pas d'organisateur, pas de concertation préalables sur le trajet à suivre. Les leaders de la manifestation sont anonymes, ce sont ceux qui prennent la rue en premier, ils changent au cours de la manif de manière spontanée. La manif peux se fragmenter. Simplement: il n'y a pas de trajet à donner et il n'y a personne qui peut le donner.
    Je ne crois pas que ce soit éphémère. Avec les réseaux sociaux, la connectivité continuelle, il est beaucoup plus facile de rejoindre un nombre important de gens et de simplement suggérer une action sans même savoir si elle sera suivie. Lorsqu'elle est suivie, ça donne le "printemps-érable". Employer la répression indique pour moi une nette incompréhension, ou un refus, des transformations que les nouvelles technos amènent à la société. La répression amène toujours une réaction.

    • Francois Gougeon - Inscrit 26 mars 2013 13 h 07

      "Il n'y a pas d'organisateur, pas de concertation préalables sur le trajet à suivre. Les leaders de la manifestation sont anonymes, ce sont ceux qui prennent la rue en premier, ils changent au cours de la manif de manière spontanée. La manif peux se fragmenter. Simplement: il n'y a pas de trajet à donner et il n'y a personne qui peut le donner."
      Si je vous comprends bien, n'importe quel groupe d'individus peut décider sans préavis de bloquer la voie publique pour une durée indeterminée et sans itinéraire précis?
      Un minimum de manifestants est-il nécessaire? Est-ce que je peux bloquer la rue avec trois de mes amis?
      Les réglements entourant les manifestations ne sont pas là pour empecher les gens de manifester. En fait, le printemps dernier nous a prouvé qu'il était possible de mobiliser des centaines de miliers de personnes dans des manifestations pacifiques et avec un itinéraire. Il faut quand même un minimum d'encadrement pour organiser de tels évènements dans une ville de plusieurs millions d'habitants.

  • Louka Paradis - Inscrit 25 mars 2013 22 h 30

    Pourtant simple à comprendre

    Pourquoi donner l'itinéraire ? Simplement pour permettre au service de police d'assurer la sécurité et de prévoir la circulation. Il me semble que ce n'est pas sorcier. Par contre, pourquoi refuser de donner son itinéraire ? Pour déjouer les policiers ? perturber le plus possible la circulation ? permettre aux casseurs de surprendre les forces de l'ordre et risquer qu'il y ait du vandalisme, de la violence, des blessés, des accidents ? Si les manifestants veulent affirmer leur point de vue, qu'ils agissent de manière plus coopérative et avec plus de créativité et non par la confrontation et l'anarchie. QS a tout faux dans ce débat : tenter de se faire du capital politique en incitant les jeunes à braver les forces de l'ordre, c'est complètement irresponsable et ça ne mène que dans un cul-de-sac. L'anarchie, c'est stérile et ça coûte très cher. Allumez ! que diable...
    Louka Paradis, Gatineau

  • Marc Blanchard - Inscrit 25 mars 2013 23 h 26

    Ah, les bons sentiments!