Conflit étudiant - Un collectif d’enseignants exige une enquête publique sur le travail policier

Un collectif de professeurs et de chargés de cours demande la tenue d’une enquête publique sur les agissements policiers durant le conflit étudiant.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un collectif de professeurs et de chargés de cours demande la tenue d’une enquête publique sur les agissements policiers durant le conflit étudiant.

Un collectif de 131 professeurs et chargés de cours, pour la plupart témoins directs de gestes de brutalité policière lors du conflit étudiant, demande à la première ministre Pauline Marois d’instituer une enquête publique et indépendance sur la conduite des forces policières.


L’initiative vient de Francis Dupuis-Déri, dont Le Devoir publie la lettre en page Idées. Le professeur en science politique à l’UQAM a recensé 3387 arrestations entre le 16 février et le 3 septembre.


À titre de comparaison, quelque 1200 personnes avaient été arrêtées en marge des manifestations contre les sommets du G8 et du G20, à Toronto, un événement qualifié de « plus grande arrestation de masse » de l’histoire du Canada dans la presse anglophone.


« Nous avons été témoins de la plus grande vague de répression policière dans l’histoire du Québec », en déduit M.Dupuis-Déri.


« La grève est finie, c’est logique de demander un bilan. Nous avons changé de gouvernement, il y a donc un espoir d’obtenir une réponse positive », enchaîne-t-il.


La démarche est appuyée par 114 professeurs et 17 chargés de cours. M. Dupuis-Déri ne précise par la nature de la commission d’enquête recherchée, si ce n’est qu’elle doit être publique, indépendante et dotée des pouvoirs de contraindre les témoins (lire les policiers) à fournir leur version des événements.


La lettre fait état de plusieurs interrogations des professeurs et chargés de cours. Comment expliquer les arrestations de masse, une pratique dénoncée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU ?


Comment expliquer les interventions arbitraires et brutales des policiers dans des manifestations pacifiques ? Comment expliquer l’interpellation de nombreux citoyens, sans raison autre que le port du carré rouge ? « Nous sommes très nombreux à trouver qu’il s’est passé quelque chose d’important », explique M.Dupuis-Déri, qui a pris part à plus d’une centaine de manifestations.


« Nous avons besoin d’un moment de réflexion collective sur la conduite des corps policiers », ajoute-t-il.


En Ontario, plusieurs organismes ont enquêté sur la brutalité policière et les arrestations abusives au lendemain des sommets du G8 et du G20. Le Comité permanent de la sécurité publique et nationale de la Chambre des communes, l’ombudsman de l’Ontario et le Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police se sont notamment penchés sur la question.


La police de Toronto a fait son examen de conscience, reconnaissant que les arrestations de masse posaient problème.


Au Québec, le gouvernement libéral a fait peu de cas des critiques. « Plutôt que d’appeler les policiers au calme et à la retenue, plusieurs membres du Conseil des ministres, y compris le premier ministre Jean Charest, ont dénoncé de manière unilatérale la “ violence ” et l’“ intimidation ” des étudiants, tout en félicitant les policiers pour l’excellence de leur travail, même après des interventions ayant entraîné des blessures très graves », déplore Francis Dupuis-Déri.


Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés ont déjà exigé une enquête publique sur la conduite des policiers durant le conflit. La Ligue a lancé une pétition, signée à ce jour par plus de 11 000 personnes.


Le changement de régime à Québec risque d’entraîner une recrudescence des demandes d’enquête.

13 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 19 septembre 2012 01 h 59

    Répression … et provocations policières !

    Pour avoir quelque objectivité et légitimité, une telle enquête sur la répression policière devrait aussi prendre en compte les stratégies déployées par des individus et groupes, rémunérés ou non, dans le but de provoquer la répression contre les manifestants ordinaires.

    Peut-on exclure le fait que le mythique Black Block dont Monsieur Dupuis-Déri fait une promotion plutôt complaisante dans les pages du Devoir (28 avril 2012), soit l’objet de manipulations de la part de différents corps policiers ?

    Outre des faits documentés d’infiltrations et de provocations policières, de nombreux observateurs et manifestants se sont questionnés sur l’apparente impunité dont semblaient bénéficier les casseurs et autres provocateurs qui ont contribué à faire déraper de nombreuses manifestations du mouvement étudiant.

    Rappelons que le Journal de Montréal (6 mai 2012) avait révélé la présence du SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) à Victoriaville, lors de la manifestation du vendredi 4 mai 2012, laquelle avait été l’objet d’une répression brutale avec plusieurs personnes blessées gravement. Quelles furent les interventions du SCRS dans ce contexte ? Par ailleurs, des plans d’attaque de l'hôtel Le Victorin (Victoriaville), où avait eu lieu le Conseil Général du PLQ, avaient circulé auparavant anonymement sur internet : peut-on exclure une provocation policière à ce sujet ?

    Il serait utile que les requérants d’une enquête sur la répression policière fassent preuve de la même transparence que celle qu’ils exigent de la part de l’État, et ce, entre autres, en précisant le rôle éventuel du COBP (Collectif Opposé à la Brutalité Policière, promoteur d’un très douteux canaval antipolicier ritualisé les 15 mars à Montréal) dans cette démarche. Et ceci d’autant plus que Monsieur Dupuis-Déri a fait publiquement état de ses liens avec le COBP (cf Le Devoir, 23 mars 2010).

    Yves Claudé - sociologue

    • Francis Dupuis-Déri - Inscrit 19 septembre 2012 08 h 05

      Précision : le Collectif Opposé à la Brutalité Policière (C.O.B.P.) n'a joué aucun rôle dans cette démarche, soit la rédaction de la lettre et la demande de signatures que j'ai personnellement diffusée dans le réseau universitaire (pas plus, d'ailleurs, qu'aucun autre organisme ou groupe politique).

      J'ai par ailleurs soumis au COBP un bilan des arrestations survenues pendant la grève (le lien Web a été fournis dans le texte soumis au «Devoir»). Voir ici :

      http://cobp.resist.ca/documentation/plus-de-3000-a

      Le bilan présentement accessible n'est pas à jour : malheureusement, le total mentionné dans le texte (3387) n'est plus à jour non plus. En 48 heures, j'ai reçu d'autres informations au sujet d'arrestations ayant ciblé les manifestations nocturnes en août, à Montréal. Le bilan doit donc être revu à la hausse, dans les prochains jours.

      Je me suis par ailleurs déjà exprimé publiquement au sujet de la manifestation contre la brutalité policière, et surtout au sujet de la répression policière qui la cible régulièrement, dans «Le Devoir» (où j'ai exprimé ma sympathie pour le COBP et indiqué que j'avais moi même participé à de nombreuses reprises à la manifestation contre la brutalité policière):

      http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

      J'ai signé un autre texte dans «Le Devoir» sur la répression policière et le profilage politique, où je mentionnais aussi mes sympathies pour le COBP. Voir ici :

      http://www.ledevoir.com/politique/montreal/327600/

      Curieusement, monsieur Yves Claudé insiste pour m'associer au COBP, chaque fois que je publie un texte au sujet de la police ou des manifestations dans «Le Devoir» : à se demander si monsieur Yves Claudé m'en veut personnellement - pourtant, je ne crois pas vous connaître?

      Le COBP (ni aucun autr

    • Yves Claudé - Inscrit 19 septembre 2012 10 h 31

      Monsieur Dupuis-Déri,

      En tant que sociologue, je m’intéresse principalement aux faits sociaux, plutôt qu’aux individus en particulier. Cependant, lorsque des individus jouent un rôle spécifique et public relativement à ces faits sociaux, il importe d’en tenir compte.

      Par ailleurs, pour éviter toute confusion, si vous n’êtes pas la personne identifiée comme “fdd” à titre de membre du comité de direction du COBP, sur les documents déposés par le COBP sur le site de l’Université Concordia, merci de le préciser.

      Cordialement

      Yves Claudé

  • François Dugal - Inscrit 19 septembre 2012 07 h 57

    La violence et l'intimidation

    Si la police n'avait pas été là avec ses matraques, ses gaz lacrymogènes et son attitude belliqueuse, y aurait-il eu de la violence et de l'intimidation?

  • Francois Parent - Inscrit 19 septembre 2012 08 h 54

    Abus de pouvoir, sa saute aux yeux

    J'ai vu à la télé trois policiers s'en paré d'une femme qui tentait déviter une voiture de police en marche. Un geste que je qualifie de lâcheté.

  • André Michaud - Inscrit 19 septembre 2012 09 h 00

    manifs anarchistes directement en cause

    Les manifs de type anarchiste qu'on fait les étudiants sont certaines de provoquer des problèmes., C'est même leur but quand on joue au chat et à la souris avec les policiers à travers les rues de MOntréal..provoquer!

    J,ai participé à des dizaines de manifs dans ma vie. Mais des manifs respectueuses des concitoyens et responsables ou on donnait son itinéraire aux policiers et ou on avait un système d'ordre qui collaborait avec les policiers. Jamais il n'y eu de violence par ce que on prenait les moyens pour..

    Si les manifs avaient été respetueuses des concitoyens il n'y aurait pas eu de violence ni de vandalisme..les policiers ont fait leur possibe deavnt la provocation.

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 septembre 2012 14 h 20

      Le problème, c'est cet article du Code criminel qui permet à la police de déclarer une manif illégale si elle _croit_ que des actes criminels _pourraient_ se produire. C'est du n'importe quoi, la police n'ayant nul besoin de prouver son opinion. Après cette déclaration, la police charge, les manifestants répliquent, et cela prouve que la police avait raison, non?

      Et les arrestations, hors manif, de gens portant le carré rouge, c'est quoi, selon vous? Du maintien de l'ordre?

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 19 septembre 2012 17 h 31

      M Michaud,
      Je suis allé à quelques manifestations à Québec.
      Et croyez moi, de la provocation policière, j'en ai vu. De l'abus aussi. Il n'y a même pas eu de cas de violence à Québec, ni de vandalisme.
      Si le métier de policier est un métier noble, ceux qui le pratique ne le sont pas nécessairement. J'ai vu des agents très mal à l'aise aussi, face aux situations dans lesquelles des collègues ou des supérieurs les mettaient.

      J'ai vu un haut-gradé attendre que la première moitié d'une maifestation (où l'on retrouve les plus motivés, et surtout majoritairement étudiants, en comparaison de la 2e moitié qui se composait d'avantage de "sympathisants" non étudiants) soit passé pour imposer un changement d'itinéraire à celui préalablement accepté. Une fois que ce qu'on pourrait appeler le "noyeau dur" passé devant eux, ce haut-gradé a pris un porte voix et a déclaré ceux qui avait déjà passé d'illégaux. Ceux-ci ne pouvaient entendre la déclaration, et aucun agent n'est aller porter le message à l'avant de la manif. L'objectif était évident.

      J'ai vu une jeune fille s'avancer d'un pas pour parler aux policiers, et par se fait, tendre le "cordon de sécurité" (plastique jaune) un peu. Elle n'était pas près de le briser là, elle l'a tendu comme aurait pu le faire une légère brise. Elle l'a fait pour être vue et attirer l'attention des policiers pour leur parler (vous savez, ce comportement que l'on considère civilisé... ) , et elle s'est retrouvée violemment pousser par celui qui semble être le chef de l'escouade de la violence et de l'intimidation (escouade qui porte le nom d'escouade anti-émeute, quand émeute il y a la) . Cette fois ça failli dégénérer. Et c'est à cause du comportement d'un haud-gradé. Croyez-moi, certains policiers ne soir était très mal à l'aise du comportement de ce policier.

      J'ai aussi vu des autopatrouilles foncer dans la côte d'Habraham au travers des manifestants pour heh... assurer leur sécurité?

      Ce ne sont que des exemples...

    • Michaël Lessard - Abonné 19 septembre 2012 19 h 53

      Bonjour. Voici les faits de mon vécu:

      * En 12 années de manifestations à Québec, j'ai eu la surprise totale d'être arrêté le 27 avril 2012 lors d'une petite manifestation féministe où nous étions plutôt «peace and love».

      À la vitesse que nous marchions, nous aurions ralenti la Grande Allée à peine 5 minutes. La police a encerclé 81 personnes, là sur la rue, pendant 2 heures!

      * Toutes les manif à Québec ont été non violentes et sans grabuge ou vandalisme : cela n'a rien changé. La police a commis sept arrestations de masse malgré tout.

      Aucune émeute pourtant, ni vandalisme, mais plus de 500 personnes arrêtées, parfois menottées, dispersées en autobus de force à travers la ville.

      Je compiler ces arrestations de masse ici:
      http://www.reseauforum.org/grille-calendrier/node/


      Pourquoi, pendant 12 années, j'ai participé à d'innombrables manifestations à Québec sans problème, mais que soudainement on a réprimé une mini-manif pacifique le 27 avril? C'était clairement le climat politique, les mots durs de la ministre, un officier qui a voulu plaire au gouvernement ou se faire plaisir, des agents bien obéissants à leur officier supérieur qui ont signé les constats d'infraction.

  • Martine Fortin - Inscrite 19 septembre 2012 14 h 02

    Manque flagrant de maturité

    On a observé le travail des policiers (ères) attentivement, et on en est d'accord, mon mari et moi, que plusieurs ont agis en crapules. Rappelons nous que leur devise est PROTÉGER ET SERVIR. On se rend compte que malheureusement, la police est source de problèmes, de temps en temps.

    On devrait augmenter les critères de sélection pour les futurs candidats. Car, il est évident que plusieurs manquent carrément de maturité et de jugement.

    De grâce, changeons rapidement leurs méthodes d'enquêtes. Quand on entend que la police enquête sur la police; c'en est pathétique... qu'on prend la population pour des valises.