Vers une interdiction du port du masque lors de manifs violentes

La Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal a fait son nid: elle recommandera l'interdiction du port du masque lors de manifestations violentes.

La Ville privilégiera une approche à géométrie variable. Le port de masques ou de déguisements ne sera pas systématiquement interdit, mais il pourrait l'être dans les rassemblements avec un potentiel de violence.

«On est à la recherche d'un libellé juridique qui sera respectueux de la Charte des droits et libertés», a confirmé Réal Ménard, critique de Vision Montréal en matière de sécurité publique. Le règlement vise à outiller les policiers afin qu'ils puissent identifier les auteurs potentiels de méfaits. «Ça ne sera pas un interdit absolu», a-t-il précisé.

Des représentants du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Fraternité des policiers ont été entendus lors des audiences à huis clos de la Commission de la sécurité publique. Les élus ont été impressionnés par les images de casseurs qui fracassent les vitrines et renversent des voitures de patrouille.

«Il y a des casseurs qui réussissent de façon professionnelle, systématique et organisée à infiltrer les manifestations pour faire des méfaits sur la voie publique», affirme M. Ménard, qui est maire de l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

M. Ménard refuse de révéler la teneur du règlement, mais il entend faire pression sur le président de la Commission, Claude Trudel, afin de tenir au moins une séance publique avant son adoption par le conseil d'ici la fin juin.

Le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), dont les marches annuelles se terminent presque toujours par du grabuge, entend se présenter à l'hôtel de ville dès lundi soir pour un «bal masqué». Le COBP revendique «la liberté de manifester masqué, sans trajet ni permis» en conformité avec les chartes des droits et libertés.

Francis Dupuis-Déri, professeur en sciences politiques à l'UQAM, est sceptique quant à la pertinence de ce règlement. Auteur d'un essai sur les Black Blocs, il a environ 150 manifestations à son actif à Montréal seulement. Les casseurs ne portent pas toujours des masques, et les manifestants masqués ne se transforment pas toujours en vandales, nuance-t-il.

«Les policiers font une fixation sur les gens avec des cagoules. Pour eux, c'est comme une tribu de barbares», constate le spécialiste des mouvements sociaux.

Le port du masque et du déguisement est indissociable de l'histoire des mouvements sociaux, explique Francis Dupuis-Déri. «Se masquer a une signification politique. Une manifestation, c'est un spectacle où tu te mets en scène dans l'espace public», dit-il.

La Ligue des droits et libertés a aussi dénoncé les intentions de la Ville. Les policiers risquent d'arrêter des citoyens dépourvus d'intention criminelle simplement parce qu'ils portent un masque, craint l'organisme. «Pourtant, ce n'est pas le fait de se masquer le visage qui doit justifier une intervention des policiers, mais celui de commettre un acte criminel», estime la Ligue.

Dans toutes les manifestations, les policiers ne se gênent pas pour cibler et arrêter de manière préventive des manifestants aux comportements suspects, et le port du masque dans l'intention de commettre un acte illicite est déjà sanctionné par le Code criminel.