La Cour fédérale expulse une mère de famille au Mexique

Le sol s'est ouvert sous les pieds de Paola Ortiz, et il a avalé tous ses espoirs d'une vie meilleure au Canada. Après cinq ans au pays, la Cour fédérale a ordonné hier son renvoi vers son pays d'origine, le Mexique.

Mme Ortiz jouait sa dernière carte en Cour fédérale. L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a tenté de l'expulser par trois fois depuis 2008, mais sans succès. Elle avait réussi à déjouer le destin une première fois, en invoquant une otite de son jeune fils, qui aurait souffert du voyage en avion. La deuxième fois, elle s'était présentée d'urgence à l'hôpital avec des douleurs abdominales. La troisième fois, rien à signaler, sinon qu'elle s'était mariée avec un Québécois et qu'elle tentait d'obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ) en bonne et due forme.

Les dés étaient pipés pour Mme Ortiz dès son arrivée au Canada, en 2006. Elle s'est présentée comme une réfugiée, victime de violence physique et sexuelle de la part de son conjoint, un agent de la police fédérale. Son histoire, certes malheureuse, ne répondait pas aux critères pour obtenir l'asile, a jugé la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR), une décision confirmée en révision judiciaire.

Dans l'attente de son renvoi, Mme Ortiz a étendu ses racines au Québec, tout en tentant de soigner son syndrome de stress post-traumatique. Deux enfants, une fille atteinte de problèmes auditifs et un garçon autiste, sont nés d'une première union. En mai 2010, elle s'est mariée, et elle croyait bien obtenir son CSQ.

Le portrait n'émeut guère la Cour fédérale, qui reprend à son compte les arguments de la CISR. Les autorités mexicaines sont en mesure de protéger les femmes victimes de violence conjugale, estime le tribunal. Qui plus est, ses enfants et elle pourront bénéficier de soins de santé là-bas. Deux évaluations du risque avant renvoi (ERAR), réalisées en 2007 et 2010, confirment la justesse de ce glacial portrait. Les motifs humanitaires sont insuffisants pour empêcher son expulsion.

Mme Ortiz ne savait pas où donner de la tête après l'audience en après-midi, alors que commençait l'attente. «J'ai peur», a-t-elle dit dans un français approximatif, mais cohérent.

En Cour, le procureur fédéral a pourtant déclaré qu'elle ne parlait pas encore français après cinq ans de vie au Québec, une preuve qu'elle n'avait pas fait les efforts nécessaires pour s'intégrer à la société d'accueil. «Il y a beaucoup de déclarations de l'avocat [du gouvernement] qui ne sont pas vraies, a-t-elle lancé. J'ai assisté à trois cours, j'écris en français, je comprends l'anglais et le français.»

Mme Ortiz travaille à temps partiel dans un café de Pointe-Saint-Charles tout en s'occupant de ses enfants. «Qu'est-ce que je dois faire pour m'adapter? Qu'est-ce qu'on me demande?, s'interroge-t-elle. Mon foyer, c'est ici.»

Avant de prendre l'avion ce matin, une autre épreuve l'attend. Elle dira au revoir à ses enfants. Sa décision est prise; elle les laissera ici avec leur tante. «Mes enfants ne doivent pas passer par toute la violence et le danger [au Mexique]. Ils ont droit à une vie tranquille et à des soins de santé», dit-elle.

La petite de quatre ans et le garçon de deux ans n'auront plus de mère, mais rien ni personne ne pourra les priver de leur citoyenneté canadienne.
5 commentaires
  • Jean-Michel Picard - Inscrit 20 septembre 2011 12 h 19

    Sans coeur

    On vit dans un pays de dégueulasse et de sans coeur.

  • Maurice Monette - Inscrit 20 septembre 2011 15 h 55

    Ça peut avoir l'apparence d'être sans coeur et d'être "dégueu" mais...

    ...il serait important de ne pas conclure que notre Pays est tel que vous le jugez Monsieur Picard. Le Canada a eue une Politique d'Accueil des plus généreuse depuis la dernière décennie du millénaire précédent et nous nous sommes ainsi retrouvés(es) avec des traffiquants(es) de drogues de tout acabit (la cocaïne en particulier) dont les Pays d'origine voulaient se débarrasser et dont nous avons eues toutes les misères du monde à mater...

    Alors, pensez y deux minutes Monsieur et convenez que le Mexique est un des Pays les plus corrompus et un très gros producteur de Drogues diverses donc, il est tout de même généreux de notre part que les enfants handicapés de celle-ci puissent rester Ici avec leur tante. Ainsi, les deux pourront profiter de nos généreux programmes de réhabilitation. Les problèmes auditifs de sa fille sont particulièrement ce qui représente au départ des coûts de réadaptation exorbitants. Puis, de plus, les graves problèmes autistiques de son garçon seront pris en charge par nos services d'éducation alors, si Vous ne trouvez pas cela généreux de notre part, je ne sais pas ce que prendrait pour Vous satisfaire.

    La situation ténébreuse que celle-ci semble entretenir avec son ex du Mexique, c'est à elle que revient la responsabilité de voir à émouvoir les gens qui l'entourent pour la prendre en charge et / ou lui expliquer ce qu'elle devrait faire pour se sortir de l'impasse dans lequel celle-ci semble se retrouver. Le verbe "semble" doit être utilisé car, une investigation plus approfondie pourrait peut-être permettre de découvrir qu'il s'agirait d'un problème d'une toute autre ampleur, allant même jusqu'à l'arnaque car, sachez Monsieur que ces mexicains(es) sont passés(es) maîtres dans le domaine de "l'entubage".

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 20 septembre 2011 19 h 38

    M. Brian Myles semble sympathique à la cause de Madame

    Le quart de la population mondiale serait en droit de se réfugier au Canada s'il fallait suivre M. Myles.

  • Plumedoie - Inscrit 21 septembre 2011 20 h 44

    Mais encore...

    Ici dans notre beau pays nous déshabillons Paul pour habiller Jacques et Jacqueline. Mon dépanneur du coin a été acheté par un chinois qui ne parle pas francais ni anglais, c'est dont bien cool ce pays. Je dois lui mimer ce que je veux au commerçant pour l'avoir, cependant ce deuxième acheteur chinois est très souriant et gentil au moins. Je ne peux rien faire d'autre que de me dire cher gouvernement et ministère de l'immigration, vous vous foutez de la langue française, des Québécois et du fait qu'on ne trouve plus de médecins de famille et de services psychologiques. Avant d'inviter la visite pourraient-on s'assurer qu'on a la place pour?
    Une québécoise devenue minorité visible dans mon quartier.

  • Linda Delorme - Inscrite 26 septembre 2011 13 h 28

    Ouf!

    On blanchie un homme qui poignarde ses enfants et on expulse une femme mariée et mère de deux petits canadiens...

    On est rendu aussi bas que ça?