Sommet du G20 de Toronto - Des policiers considérés comme des agresseurs

Le juge Melvyn Green écrit que «la seule agression physique collective ou organisée à cet endroit ce soir-là a été celle perpétrée par les policiers chaque fois qu’ils avançaient vers les manifestants». Sur la photo: des policiers montés et une manifestante lors du G20 à Toronto en juin 2010.<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Le juge Melvyn Green écrit que «la seule agression physique collective ou organisée à cet endroit ce soir-là a été celle perpétrée par les policiers chaque fois qu’ils avançaient vers les manifestants». Sur la photo: des policiers montés et une manifestante lors du G20 à Toronto en juin 2010.

Un juge de la Cour de justice de l'Ontario a statué que des policiers ont chargé des manifestants sans raison, lors d'un des nombreux rassemblements ayant mal tourné à Toronto pendant le G20 de l'an dernier.

Dans une décision rendue jeudi concernant un manifestant arrêté à l'angle de la rue Queen et de l'avenue Spadina en soirée le 26 juin 2010, le juge Melvyn Green écrit que «la seule agression physique collective ou organisée à cet endroit ce soir-là a été celle perpétrée par les policiers chaque fois qu'ils avançaient vers les manifestants», a rapporté le Toronto Star.

La police a criminalisé une manifestation politique, un élément pourtant «vital» au maintien d'une «démocratie viable», selon le juge. «Le zèle dans l'exercice des arrestations policières lors de manifestations risque de créer une distorsion dans l'équilibre nécessaire entre l'application de la loi pour la sécurité publique et l'ordre d'un côté et les droits et libertés individuels de l'autre.»

Dans cette décision de 29 pages, le juge Green rendait un verdict de non-culpabilité à l'égard de Michael Puddy, un résidant de London, en Ontario.

M. Puddy s'est joint à la manifestation de la rue Queen vêtu d'un chandail sur lequel les mots «Police Bastard», nom d'un groupe de musique, étaient inscrits. Il a rapidement été renversé au sol par des policiers, puis mené dans un centre de détention pour deux jours. Un couteau pliant a été trouvé dans un étui à sa ceinture, un outil de travail que Michael Puddy dit toujours porter.

Les quatre agents qui ont témoigné au cours de son procès n'ont pu indiquer la raison de son arrestation, rappelle le Toronto Star. Michael Puddy a été arrêté «sans justification», tranche le juge, qui reconnaît toutefois que des épisodes de vandalisme gratuits ont eu lieu ailleurs dans la ville ce week-end-là.

Cette décision est reçue comme une bonne nouvelle par l'Association canadienne des libertés civiles, qui a déposé plusieurs plaintes au Bureau du directeur de l'examen indépendant de la police de l'Ontario. «Mais nous ne sommes pas surpris des conclusions du juge, qui sont conformes à celles de nos observateurs indépendants qui étaient sur les lieux, explique la directrice exécutive de l'association, Me Nathalie Des Rosiers. On est contents de constater que le système judiciaire fonctionne.»

Les conclusions du juge Green sur cette manifestation tardive de la rue Queen, en particulier, font écho aux nombreuses critiques qui ont suivi le week-end du G20, au cours duquel 1105 personnes ont été arrêtées, soit un record pour le Canada. La décision rappelle le rapport de l'ombudsman de l'Ontario, André Martin, qui dénonçait en décembre «la pire attaque à l'endroit des libertés civiles de l'histoire du Canada», ainsi que le rapport du Comité permanent de la sécurité publique et nationale à Ottawa, qui recommandait la tenue d'une enquête publique indépendante sur «l'arrestation de masse».

Le Regroupement des arrêté(e)s du G20 espère justement que le jugement de la Cour de justice de l'Ontario de jeudi ravivera le débat pour la tenue d'une enquête publique. Mais l'un de ses porte-parole, Éric Sylvestre, ne se fait pas trop d'illusions. «Dès qu'un rapport est publié sur le sujet, il tombe aux oubliettes. Désormais, nous, on compte en années le temps qu'il faudra pour que la lumière soit faite.»
2 commentaires
  • Richard Larouche - Inscrit 13 août 2011 22 h 06

    Wow !

    Espérons que cette décision fera jurisprudence. Il est primordial de préserver la liberté d'expression politique et ce juge l'a bien compris. Je lui lève mon chapeau !

  • Maurice Cabana-Proulx - Abonné 14 août 2011 08 h 19

    Et les responables?

    Ce peut-il que «la pire attaque à l'endroit des libertés civiles de l'histoire du Canada» ne mérite pas «la tenue d'une enquête publique indépendante»?! Welcome to Harper Land.