Rapport de la Global Commission on Drug Policy - Une maladie n'est pas un crime

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Photo: Agence France-Presse (photo) Laurent Vu The Une cliente du site d’injection supervisée Insite, à Vancouver, choisit son matériel.

La guerre à la drogue est «un échec». Pour répondre aux problèmes de dépendance, la Santé publique doit prendre le relais des prohibitionnistes.

Le constat est cinglant, brutal même. Mais il est dressé par des sommités internationales dont la crédibilité est indéniable. Le 2 juin dernier, la Commission mondiale sur les politiques sur les drogues (Global Commission on Drug Policy) a publié un rapport exceptionnellement court et concis, en 20 pages, 4 principes et 11 recommandations.

C'est surtout la liste des signataires qui pèse le plus lourd: l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, l'ex-responsable du Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations unies, Louise Arbour, les écrivains Mario Vargas Llosa et Carlos Fuentes, les anciens présidents du Brésil, Fernando Henrique Cardoso, du Mexique, Ernesto Zedillo, de la Colombie, César Gaviria, de la Suisse, Ruth Dreifuss, le premier ministre grec, George Papandreou, et quelques autres. Les Américains ne sont pas en reste: l'ex-secrétaire d'État sous Reagan, George P. Shultz, de même que l'ex-président de la Fed, Paul Volcker, appuient cet ambitieux rapport qui en appelle à la fin de la guerre à la drogue.

Les auteurs suggèrent la décriminalisation pour venir à bout de l'emprise du crime organisé sur le trafic et la légalisation progressive des drogues dans une approche de santé publique. Le groupe encourage la distribution d'héroïne sous prescription médicale, l'échange de seringues stériles et toute initiative visant à desserrer l'étau du droit pénal sur les simples consommateurs.

«Les pays qui ont traité leurs citoyens dépendants des drogues comme des patients en quête d'un traitement, au lieu de criminels méritant une punition, ont obtenu des résultats extrêmement positifs en matière de réduction de la criminalité, d'amélioration de la santé et de lutte contre la dépendance», affirme le rapport.

Pour les 40 ans de la guerre à la drogue, l'ex-président Jimmy Carter a mis son grain de sel, jeudi, dans une lettre au New York Times. Lors de la campagne présidentielle de 1976, M. Carter s'était prononcé en faveur de la décriminalisation de la marijuana. Aujourd'hui, il va encore plus loin, faisant siennes les recommandations de la Global Commission on Drug Policy.

Selon le président du conseil d'administration de Cactus, Louis Letellier de Saint-Just, ces sommités internationales viennent de donner un sérieux coup de main aux tenants de l'approche de la Santé publique en matière de drogues. Historiquement, ils étaient confinés au sein de la communauté scientifique et des organismes communautaires qui constatent, in situ, les effets pernicieux de la guerre à la drogue sur les consommateurs. «Ce rapport est l'aboutissement d'une réflexion qui s'est amorcée sur le terrain et par le terrain. Les organismes communautaires et les groupes de défense des droits ont fait entendre leur voix, une voix qui ne s'est jamais essoufflée. On a la preuve de l'inefficacité de la tolérance zéro. Et maintenant, on a des gens excessivement brillants qui viennent de dire: tournons la page», constate-t-il.

Changer la donne

La Commission revendique «la transformation» du régime mondial de prohibition, dont la consécration a eu lieu en 1961, avec l'adoption de la première convention unique sur les stupéfiants de l'ONU. En vertu de cette convention et des deux autres signées en 1971 et en 1988, les 140 pays signataires se sont engagés à maintenir une interdiction complète sur la possession et la distribution de stupéfiants. Les seules échappatoires possibles reposent sur la poursuite d'expériences à des fins médicales ou scientifiques.

Avec un peu de créativité, ces exceptions peuvent causer de gigantesques brèches dans le mur de la prohibition. En 2001, le Portugal a réussi à décriminaliser toutes les drogues en partant de la prémisse qu'un toxicomane est un malade nécessitant des soins. En plein le genre d'initiative encensé par la Commission. «Les efforts d'application de la loi ne devraient pas porter sur la réduction de l'offre, mais plutôt sur la réduction des torts causés aux individus, à leur communauté et à la sécurité nationale», affirme le rapport.

Depuis quelques mois, Cactus cherche à convaincre les autorités montréalaises d'ouvrir au moins un site d'injection supervisé avec l'assentiment de la Santé publique. Le projet aurait suscité jadis une levée de boucliers de la part des policiers, citoyens et commerçants. «Le discours a changé, on est maintenant capables de se parler, constate Louis Letellier de Saint-Just. La pression se fait sentir. Quand tu as des ténors comme ceux de la Commission qui s'expriment, les politiciens ne peuvent pas en faire abstraction.»

L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) semble également traversé par une certaine remise en question. Peu avant son départ à la tête de l'Office, Antonio Maria Costa avait prévenu le monde des périls qui accompagneraient l'abandon de la convention unique sur les stupéfiants. Le «poison» de la drogue allait se répandre dans les pays en voie de développement et causer «une catastrophe en matière de santé publique».

Son successeur, le Russe Yuri Fedotov, a déclaré en mars dernier qu'il faudra accorder une plus grande attention à la sauvegarde de la santé, des droits de la personne et de la justice dans la guerre à la drogue. Signe d'un renouveau potentiel, il a exhorté les États «à traiter la toxicomanie comme un problème de santé».

Une maladie n'est pas un crime. Le traitement est un remède plus efficace que la prison. Des idées toutes simples qui empêcheront peut-être la guerre de se rendre à 50 ans.
3 commentaires
  • Claude Laferriere - Inscrit 18 juin 2011 05 h 22

    Question

    Le problème en droit criminel n'est la possession et la dépendance mais le TRAFIC...

    Ça on en parle pas. Ces grosses pointures n'ont aucune expérience de terrain.

  • Richard Evoy - Abonné 18 juin 2011 08 h 08

    La guerre comme moteur économique et gage de fidélité à l'empire

    L'empire américain, pour se maintenir, désigne un ennemi et lui declare la guerre. Ensuite il en fait une priorite mondiale et attend la reponse de ses vassaux pour en tester la fidélité...les plus enthousiastes, les plus soumis, ont une petite tape dans le dos et ils ne demande rien de plus... Les hésitants font l'objet d'une attention spéciale et, le plus souvent, sont récompensés en échange de leur soutien. Et ceux qui osent tenir tête à l'empereur? Facile!...ont en fait le prochain ennemi !..mais à ce jeu-là, au bout d'un certain temps, le nombre des ennemis fini par dépasser celui des amis...

  • Daniel Bérubé - Abonné 18 juin 2011 18 h 59

    Permettez-moi d'être sceptique...

    Ce n'est pas la première fois que la chose est proposée, peut-être pas avec autant de supporteurs, mais je crains que les États-Unis ne soient plutôt difficile à convaincre...