Marie-Andrée Bertrand, 1925-2011 - Une pionnière de la légalisation des drogues s'éteint

Selon Marie-Andrée Bertrand, le droit pénal n’a jamais été le bon outil pour s’attaquer aux problèmes d’abus de substances.
Photo: Source Université de Montréal Selon Marie-Andrée Bertrand, le droit pénal n’a jamais été le bon outil pour s’attaquer aux problèmes d’abus de substances.
Mme Bertrand, 85 ans, fut une pionnière avant l'heure du mouvement antiprohibitionniste. De 1969 à 1973, elle a fait partie de la Commission d'enquête sur l'usage des drogues à des fins non médicales, appelée la commission Le Dain. Le rapport final, proposant la décriminalisation de la marijuana, n'allait pas assez loin à ses yeux. Dans une opinion dissidente, elle recommande la légalisation pure et simple.

Une étoile est née, et elle ne pâlira jamais dans l'imaginaire des étudiants, chercheurs et militants qu'elle aura aidé à convaincre d'une idée toute simple. Le droit pénal n'est pas le bon outil pour s'attaquer aux problèmes d'abus de substances.

Elle n'aura jamais dérogé à cette ligne de pensée. Lors des audiences du comité sénatorial sur les drogues illicites, en 2000 (le comité Nolin), elle est toujours aussi vive. «La très grande majorité des personnes qui consomment des drogues illicites à des fins récréatives et qui en échangent avec des amis ou des connaissances ne sont un problème ni pour elles-mêmes ni pour personne. En tout cas, elles ne constituent sûrement pas un "problème social" que doivent prendre en compte les autorités du pays», affirme-t-elle.

Elle exhorte les sénateurs à mettre fin à la confusion «morale et mentale» dans l'esprit de la population; une confusion qui résulte de la coexistence d'une pratique de réduction des méfaits (pour atténuer les effets pervers de la consommation) et d'une politique de prohibition (pour sanctionner les utilisateurs de drogues).

Bien qu'elle n'ait pas vu la légalisation de son vivant, elle y a toujours cru. Mme Bertrand a reçu l'Ordre national du Québec en 2005 pour l'ensemble de sa carrière, menée principalement à l'Université de Montréal. Le parcours de cette détentrice d'un doctorat en criminologie de l'Université de Berkeley, en Californie, s'est échelonné sur quatre décennies.

Outre la question des drogues, Mme Bertrand s'est intéressée au rapport des femmes au droit pénal, et aux inégalités fondées sur le genre ou l'origine ethnique, toujours dans une recherche d'égalité et de justice sociale.

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