Loi spéciale: le chef du Bureau de lutte au crime organisé décroche

L'adoption prévue ce lundi par le gouvernement Charest d'une loi spéciale qui forcera le retour au travail des quelque 1500 procureurs et juristes de l'État incite le Procureur en chef du Bureau de lutte au crime organisé (BLACO), Claude Chartrand, à demander à être relevé de ces fonctions qu'il occupe depuis cinq ans.

Dans une note dont La Presse Canadienne a pris connaissance, Me Chartrand écrit au directeur du Bureau des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Louis Dionne, que le manque de ressources et la grogne ressentie par les procureurs mettent en péril non seulement le BLACO et toute l'institution que Me Dionne dirige, mais aussi la lutte au crime organisé en tant que telle.
 
Claude Chartrand, un procureur comptant 32 ans d'expérience, signale que pour bien mener la lutte aux bandes criminelles, des procureurs dédiés se sont largement investis dans leur travail et que pour eux, la loi spéciale sera une gifle qui minera leur vigueur à la tâche.
 
Entre-temps, Claude Chartrand se dit impuissant à combler les 16 postes disponibles requis par l'opération anti-motards SharQC, n'en ayant recruté que 10 jusqu'ici alors qu'aucune candidature ne s'annonce. Pendant ce temps, rappelle-t-il, la défense se compose d'une armada d'une soixantaine d'avocats, dont plusieurs étant parmi les plus chevronnés de la profession.
 
Une chance inespérée pour les Hells

À son avis, les 155 membres ou sympathisants des Hells Angels visés par des procédures criminelles voient en cette loi spéciale une chance inespérée de se tirer d'affaire.
 
Le procureur en chef du BLACO rappelle que le Québec a été la première province canadienne à se doter d'une équipe spécialisée de lutte au crime organisé, ce qui a encouragé d'autres provinces à emboîter le pas en partageant leurs efforts avec le gouvernement du Canada. Devant l'état lamentable des ressources au Québec, Claude Chartrand recommande à Louis Dionne de laisser aux services des poursuites fédérales le soin de faire la lutte au crime organisé.
 
Me Chartrand reconnaît ne pas avoir le courage d'assister à la déconfiture et il demande à Louis Dionne de lui confier des tâches de procureur afin qu'il entreprenne les démarches appropriées pour hâter sa retraite.
 
Le Bureau de lutte au crime organisé a été créé à l'automne 2000 pour faire face au problème grandissant des organisations criminelles. Il concentre la quasi-totalité de l'expertise pour intenter les poursuites et conduire les procédures. Les procureurs sous les ordres de Claude Chartrand agissent aussi comme conseillers spécialisés auprès d'autres procureurs et de services policiers sur la lutte au crime organisé et sur l'application des dispositions sur le gangstérisme.
17 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 21 février 2011 07 h 51

    Oups

    Oups, je pense que M. Charest n'est pas au bout de ses peines. J'espère que d'autres prendront le même chemin.

    Il faut faire porter à ce gouvernement la conséquence de ses actes.

  • Jacques Morissette - Abonné 21 février 2011 08 h 39

    Un geste vraiment très courageux de sa part.

    Enfin, quelqu'un qui comprend que les responsabilités de son poste ne se limitent pas à ce qu'on lui demande de faire. Question imputabilité, Me Chartrand comprend vraiment la nature et l'importance de sa fonction et du poste qu'il occupe. C'est vraiment très courageux de sa part.

    Ceci étant dit, je soupçonne qu'à cause de son geste, il risque de devenir dérangeant pour le parti Libéral. Sous le couvert de la rhétorique du parti Libéral, il sera probablement invité à se départir de l'habit qu'on lui avait prêté pour la parade.

  • DeRome - Inscrit 21 février 2011 10 h 33

    La JUSTICE, au Québec des libéraux, est stigmatisée.

    Le Premier ministre Jean Charest, sa collègue du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne ainsi que les solidaires membres du Conseil des ministres libéraux qui suivent la ligne de l'autocratie que pratique abusivement l’actuel chef des majoritaristes, sont, à tous égards, responsables de la stigmatisation de la Justice, au Québec.

    Il n'y a pas que les Hell’s Angels qui vont profiter des conséquences perverses des inqualifiables abus de pouvoir que s’autorisent les justiciers et avocassiers du PLQ. Cette autoritariste loi spéciale du bâillon des procureurs et des juristes de l'État, s'ajoute à tout ce qui la précède, en termes d’abus, au chapitre de l'errance politique, de l’obscurantisme libéral et du boycott d’une enquête publique sur les possibles alliances du politique avec le criminel, alliances dont les allégations sont trop nombreuses et spécifiques, pour être balayées sous les carpettes rouges qu'écrasent les fauteuils de l’actuel gouvernement de Jean Charest. Le comportement erratique des libéraux de Jean Charest a pour effet, non seulement de miner la confiance du peuple envers ses élus, mais aussi et surtout, pour la blaster et la stigmatiser à tout jamais. Le comportement de l’actuel PLQ de Jean Charest, déshonore le Québec et il constitue un dénie de notre histoire et des Illustres Québécois qui l’ont écrite.

  • Jean-Francois Cantin - Inscrit 21 février 2011 10 h 41

    L'incohérence de Mr. Charest

    Alors que tout le Québec demande la tenu d'une comission d'enquête sur les liens entre le financement des partis, la construction et le crime organisé. Mr. Charest demande de faire confiance à l'escouade Marteau et aux mesures judiciaires. Mais au même moment, Il coupe les vivres aux procureurs, se garde un droit de veto sur la nomination des juges et démobilise tout le système de justice public. Quelles sont les conséquences pour lui ? pour nous ?

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 février 2011 10 h 47

    Et Louis Dionne qu'attend-il ?

    Si Me Chartrand est bien conscient du «bullshiitage» que provoque la loi spéciale que fignole Charest contre ses Procureurs et des conséquences néfastes que cela aura sur la lutte au crime organisé, qu'en est-il de Louis Dionne, le boss des procureurs ? N'a-t-il pas lui aussi, de par son poste élevé la même vision des dommages collatéraux que provoquera cette loi spéciale ? Qu'attend-il pour le faire savoir clairement ? Le système judiciaire est en train de s'effondrer parce que ce gouvernement ne lui alloue pas les ressources nécessaires. Ça me semble assez clair. Pourquoi lui, le grand patron de la Couronne ne voit-il pas ce qui saute aux yeux de tout bon citoyen québécois ?