«Nick» Rizzuto craignait pour sa vie

Les policiers du SPVM fouillaient encore hier matin le boisé situé derrière la maison de Nicolo Rizzuto pour trouver des indices.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les policiers du SPVM fouillaient encore hier matin le boisé situé derrière la maison de Nicolo Rizzuto pour trouver des indices.

La veuve de Nicolo «Nick» Rizzuto est retournée dans sa résidence hier, sous la surveillance discrète de la police, moins de 24 heures après l'assassinat de son mari par un tireur embusqué.

Les policiers ont poursuivi leurs recherches aux abords du bois de Saraguay, dans Cartierville, où un tireur s'est posté pour abattre Nick Rizzuto, vers 17h40 mercredi, alors qu'il s'apprêtait à passer à table.

Le parrain de la mafia montréalaise s'est effondré sous les yeux de son épouse, Libertina Manno, et de sa fille Maria. Les enquêteurs privilégient la thèse d'un tueur isolé — un professionnel — qui a atteint sa cible du premier coup pour ensuite prendre la fuite.

L'assassinat de Nick Rizzuto chez lui, sous les yeux de sa famille, contraste avec le modus operandi habituel des organisations mafieuses, a souligné l'ex-officier de la GRC Pierre De Champlain, hier, dans une entrevue à la Presse canadienne.

Dans la mafia sicilienne, lorsqu'une personne veut éliminer un dirigeant, il le fait en public, sans se dissimuler et sans la présence de membres de la famille, a expliqué M. De Champlain, auteur de trois ouvrages de référence sur le crime organisé, dont Gangsters et hommes d'honneur.

À ses yeux, le meurtre prouve que Nick Rizzuto était devenu la honte de la mafia montréalaise.

La multiplication des révélations sur la mainmise de la mafia sur les principales entreprises de construction au Québec (elles seraient forcées de verser 5 % de la valeur de leurs contrats publics au crime organisé) a généré une mauvaise publicité dont les hommes de l'ombre auraient pu se passer.

«Ils auraient pu le tuer dans un autre endroit, a renchéri Antonio Nicaso, un journaliste de Toronto spécialisé en affaires criminelles. Le fait qu'ils l'aient tué dans sa maison est une vraie insulte. L'assassiner devant sa femme et sa fille est une façon de faire qui aurait pu être évitée.»

Le Service de police de Montréal (SPVM), responsable de l'enquête, s'est montré prudent dans ses commentaires hier. Chose certaine, Nick Rizzuto craignait pour sa vie. Sur la base de renseignements fiables, les enquêteurs l'avaient averti récemment de l'existence de menaces sérieuses à son égard. Nick Rizzuto avait d'ailleurs fait installer des équipements de surveillance autour de sa résidence de la rue Antoine-Berthelet.

Le commandant Denis Mainville, responsable du crime organisé au SPVM, a évoqué en ondes un possible conflit intergénérationnel au sein de la mafia, tout en se gardant bien de tirer de conclusions définitives à une étape aussi préliminaire de l'enquête. Une enquête qui déborde des strictes frontières de l'arrondissement de Cartierville. Les ramifications internationales de la mafia (les Rizzuto avaient leurs entrées au Venezuela, en Italie et aux États-Unis) laissent entrevoir la possibilité d'un complot ourdi en partie au Canada, et en partie outre-mer.

D'ailleurs, l'assassinat du parrain de la mafia montréalaise a connu une résonance outre-Atlantique. Le Monde en a fait état, de même que les principaux quotidiens italiens. Le site Internet du Corriere della Sera rappelait l'influence notoire de la mafia en Italie, pays d'origine de Nick Rizzuto.

L'influence des Rizzuto s'est fait sentir dans la construction d'un pont entre la Sicile et l'Italie continentale. Un mandat d'arrestation a été lancé, il y a cinq ans, contre le fils de Nick, Vito. Il est accusé d'avoir voulu utiliser le projet évalué à 7 milliards pour blanchir de l'argent.

La fin d'une époque

Le mobile exact du meurtre de Nick Rizzuto n'est pas encore connu, quoiqu'il se laisse deviner. À partir de l'opération Colisée, en 2006, qui s'est soldée par l'arrestation et l'emprisonnement des principales têtes d'affiche du clan sicilien, la famille Rizzuto a perdu peu à peu sa mainmise sur le crime organisé, après une trentaine d'années de règne sans partage.

L'assassinat d'un vieillard de 86 ans, dans sa propre maison, tient davantage du symbole. Le patriarche du clan Rizzuto était encore sous le coup d'une probation, à la suite de sa condamnation, dans Colisée, pour deux accusations de possession et de recel de produits de la criminalité pour les bénéfices d'une organisation criminelle, en 2008.

Le parrain se fiait notamment à Agostino Cuntrera et à son gendre, Paolo Renda, pour régler les conflits. Or, le premier a été assassiné en juin dernier, tandis que le second a été enlevé en mai. Renda, compagnon de la première heure de Nick Rizzuto, n'a jamais été revu depuis.

Les fils du parrain ont tous deux été neutralisés, l'un par le bras de la justice, l'autre par la pointe d'un canon. Vito, à qui Nick avait confié le contrôle effectif de la mafia (à telle enseigne qu'il fut considéré comme le véritable parrain) a été extradé aux États-Unis en août 2006, quelques mois avant la frappe policière de Colisée. Il a été condamné à dix ans de pénitencier pour le meurtre de trois capitaines de la famille Bonanno, commis à New York, en 1981. Il ne pourra recouvrer sa liberté avant 2012. L'autre fils du défunt patriarche, Nick Jr, a été assassiné en pleine rue dans Notre-Dame-de-Grâce, à quelques jours de l'expiration de l'année 2009.

À qui profite le crime?

La question qui est maintenant sur toutes les lèvres, c'est de savoir qui a commandité cet assassinat. L'hypothèse d'une nouvelle guerre entre Siciliens et Calabrais, comme celle des années 1970, à l'issue de laquelle les Rizzuto ont ravi le contrôle du monde interlope à Paolo Violi, est envisagée. Elle est cependant peu probable. Calabrais et Siciliens sont des collaborateurs dans le crime organisé, tous comme le sont les vétérans des gangs de rue, et les Hells Angels.

«On ne structure plus le crime organisé comme étant des entités indépendantes», a dit le commandant Mainville, mercredi soir en point de presse.

C'est d'ailleurs l'un des principaux legs de Nick Rizzuto, comme le soulignait hier sur les ondes de la Première Chaîne André Cédilot, coauteur du livre Mafia inc., avec André Noël. L'ex-journaliste de La Presse rappelait que Rizzuto s'était montré particulièrement doué pour amener diverses factions du monde interlope à un travail collaboratif.

Les liens d'affaires entre la mafia, les gangs de rue et les motards ont été exposés dans les principaux procès des dernières années au Québec: l'opération Printemps 2001 (Hells Angels), le projet Boeuf (clan Matticks), Axe (gangs de rue) et Colisée (mafia).

Non seulement les principales familles du crime organisé arrangent-elles des complots d'importation de drogue, mais elles se partagent aussi les territoires de revente. Du moins en temps de paix et de stabilité.

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Avec La Presse canadienne
11 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 12 novembre 2010 07 h 18

    Un suicide commandé? Une fameuse imprudence certain

    A voir la situation de cette maison, avec ce boisé à l'arrière donnant sur une verrière ouverte sans vrais sécurité, je me demande si en fait sachant son heure venue, ce «suicide commandé» était pas des plus prévisible...

    Le dicton dit qu'un vrais mafieux ne meurt pas dans son lit.... Il aurait pu déménager dans un lieu mieux protégé, mais on l'aurait eu autrement....

  • France Marcotte - Inscrite 12 novembre 2010 08 h 16

    Une fatalité?

    ..."s'est montré prudent"... "tout en se gardant bien de". Même la police parle avec prudence de la puissante mafia. Elle inspire la peur en pleine prétendue démocratie. Le respect sinon l'admiration aussi; quand un des leurs meurt il a droit à une grande considération médiatique. La mafia est pourtant composée de criminels dont nous faisons les frais mais ils semblent avoir un statut à part. Ils sont bien organisés et ils sont solidaires, deux qualités suprêmes. C'est peut-être même la face cachée du pouvoir, c'est dans l'ordre des choses. Le peuple est habitué de payer pour du vent...et quelques rafales de fusil.

  • François Dugal - Inscrit 12 novembre 2010 09 h 41

    Le fisc

    Que fait le fisc?

  • Louis Chehri - Inscrit 12 novembre 2010 11 h 25

    attention aux vers dans la pomme.

    le pseudo respect de cette maffia qui tue presque impunément viens du faite qu'ils tiennent nos politiciens et quelques Maître de la justice par des dossiers bien ficelé,ces gouvernants ont été piégé et sont coincé. sous d'autre cieux j'ai connu une prostitué qui tenait un juge dans sa poche parce que jeune elle avait batifollée avec lui dans des orgies .
    Alors le message aux jeunes étudiants qui ont l'intention d'avoir une carrière de haut niveau ,regardez ou vous mettez les pieds car des dossiers pourraient être monté pour se servir de vous plus tard ,comme contre certains de nos politiciens .

  • irishspring - Inscrit 12 novembre 2010 13 h 41

    Chaqu'un son malheur, Moi, je craind pour mes taxes!

    Un homme si intègre se faire abattre devant sa famille. Dire que s'il avait servi sa sentence de condamnation de 2008, il serait sûrement encore en vie, le destin en a décidé autrement. Va-t-il rencontrer le Grand Juge? Voilà que nos taxes vont avoir des retomés, qui a tué ce chef de famille, vont-ils passer une semaine devant la ésidence à scruter chaque buisson, chaque branche. Au fait ses taxes municipales avaient-elles été payées? Son rpport d'impôt mentionnait-il ses autres sources de revenus?
    Ces gens venus d'ailleurs qui font manger le québéçois, le juge,le policier ou le politicien, aura-t-il droit à des funérailles de taille.
    Le clan Dubois sont disparus de la circulation, on aurait pu avoir des retombés, ....trop tard, le tout va partir vers Toronto avec d'autres familles qui sont venus d'ailleur.Ça ns rappel la BdeMtl qui a son siège social à Toronto.
    Les 14 donateurs des Cies de la Construction vont-ils aller payer leur respect au défunt et à sa descendence? La résidence, fruit du crime, va-t-elle être confisquée, la famille va-t-elle être obligée de faire une demande au Bien Être?
    Un tireur d'élite a fait le coup, qui s'est classé dans les premier dans les écoles de tir? Ne dépensez pas tous les fonds publiques sur ce cas, gardez en pour les familles disfonctionnelles, les enfants abusés ou battus. Les ados victimes des méfaits de la drogue et ceux qui croupissent dans les prisons par manque de sous pour être en liberté.
    à l'exemple de ce Nicko. Son heure de gloire est terminée , éteignons
    le spot sur sa p'tite personne.