Changement de garde dans la mafia

Nicolo Rizzuto aux funérailles de son petit-fils, «Nick Jr», le 2 janvier 2010.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Nicolo Rizzuto aux funérailles de son petit-fils, «Nick Jr», le 2 janvier 2010.

Dans sa propre maison, rue Antoine-Berthelet, à Cartierville. Le jardin privé du parrain de la mafia montréalaise, Nicolo «Nick» Rizzuto, s’est transformé en scène de crime. Le patriarche du clan sicilien est tombé sous les balles, hier vers 17h40. Son assassinat, un geste à haute valeur symbolique, est l’ultime preuve qu’un nouvel ordre se dessine sur l’échiquier du crime organisé.

Rizzuto, 86 ans, était déjà en arrêt cardiorespiratoire lorsqu’il a été conduit à l’hôpital, où son décès a été constaté. Deux thèses probables circulaient au moment de mettre sous presse. Soit qu’un ou des tueurs ont frappé à la porte du parrain de la mafia pour l’abattre. Soit qu’un tireur d’élite a fait feu de l’extérieur, une information véhiculée par Claude Poirier, sur les ondes de LCN. Les policiers fouillaient d’ailleurs un terrain boisé, à l’est de la maison, au moment de mettre sous presse.

«C’est très particulier de s’en prendre à un vieillard de 86 ans, dans sa résidence. Ça pourrait avoir un impact, a confié une source du milieu policier. Mais c’est un peu ça, avec la mafia. La vengeance est un plat qui se mange froid.»

Des voisins ont indiqué aux nombreux médias présents sur place qu’ils avaient entendu au moins un coup de feu.

Les deux femmes qui se trouvaient en compagnie de Rizzuto ont subi un important choc nerveux. Elles ont été conduites à l’hôpital, où elles devaient être rencontrées par les enquêteurs dans la soirée, en leur qualité de témoins principaux du drame.

Un immense périmètre de sécurité a été dressé sur les lieux de la somptueuse résidence de la famille Rizzuto, près du bois de Saraguay, à Cartierville. Les informations circulaient au compte-gouttes. «C’est un membre important. Plusieurs thèses sont étudiées pour l’instant», a dit Denis Mainville, commandant du Service de police de Montréal (SPVM).

Jeu de coulisses


L’assassinat de Nicolo Rizzuto amène une autre preuve du changement de garde au sein de la mafia. Depuis l’extradition de Vito Rizzuto (le fils du parrain) aux États-Unis, en 2006, pour un triple règlement de compte survenu au début des années 1980, à New York, le clan sicilien est en pleine déchéance.

Les récentes révélations des médias concernant la mainmise de la mafia sur les grandes entreprises de construction au Québec auraient-elles précipité la débâcle du clan sicilien? «Il planait un doute [sur Nick Rizzuto]. On a entendu dire dans le milieu criminel que sa vie était menacée», a dit une source du milieu policier.

Nick Rizzuto a dû enterrer son propre petit-fils, Nick Rizzuto Jr. Le 28 décembre dernier, celui-ci a été abattu en pleine rue à Montréal, à l’angle de la rue Upper Lachine et de l’avenue Wilson. Ce meurtre, non résolu, a envoyé le signal que le clan Rizzuto ne pouvait plus bénéficier de l’impunité dont il jouissait depuis sa prise de contrôle du crime organisé par le sang, à la fin des années 1970.
La disparition inexpliquée de Paolo Renda s’inscrit dans la même logique de changement de garde. Âgé de 70 ans, Renda était le bras droit et le gendre de Nick Rizzuto. Ses qualités de médiateur étaient appréciées dans le monde interlope, jusqu’à ce qu’il soit enlevé, le 20 mai dernier. Sa femme a alerté les policiers après avoir retrouvé sa voiture vide, la clé dans le contact tout près de la résidence du couple (à un jet de pierre des Rizzuto). Renda n’a pas été revu depuis.

D’autres figures importantes du clan sicilien, dont Federico Del Peschio (un ami de Vito Rizzuto), ont été tués au cours des derniers mois.

Les années de guerre

Né le 18 février 1924, dans le village de Catolica Eracle (sud de la Sicile), Nicolo Rizzuto a émergé à la tête de la mafia à la suite d’une guerre de pouvoir avec le clan calabrais, dans les années 1970.

 L’assassinat de Paolo Violi (le successeur de Vic Cotroni), en 1978, a marqué le début de son règne, en association avec le puissant clan des Cuntrera-Caruana, des spécialistes du trafic de drogue international et du blanchiment d’argent.

Agostino Cuntrera, proche collaborateur du clan Rizzuto, avait été reconnu coupable de complot pour meurtre sur la personne de Violi (Paolo Renda fut lui-même soupçonné pour ce meurtre). Considéré comme un successeur potentiel du parrain vieillissant, il a été assassiné en juin dernier.

Avec la complicité du clan Cuntrera-Caruana, Nick Rizzuto et son fils, Vito, ont monté un large empire criminel et financier, basé surtout sur le trafic de haschisch, de cocaïne et d’héroïne. Dès la fin des années 1980, le FBI estimait leur fortune commune à 500 millions de dollars.
Le patriarche avait des antennes partout dans le monde, travaillant avec les filières criminelles aux États-Unis, en Italie et au Vénézuéla.

Nick Rizzuto a connu ses ennuis les plus sérieux avec la justice en 2006, dans le cadre de l’opération Colisée, à la suite de laquelle il a été condamné en 2008 à quatre ans de prison pour trafic de drogue, gangstérisme, paris illégaux et possession illégale de biens. Grâce à un calcul généreux du temps passé en détention préventive (deux ans ont compté pour quatre ans), sa peine restante fut d’un mois de détention.

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Avec la collaboration de Mélissa Guillemette


20 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 11 novembre 2010 01 h 06

    MOI JE VOIS AUTRE CHOSE....

    Comme la MAFIA et le nom des Rizzuto est sur toutes les lèvres au Québec, j'imagine que les familles de New-York ne doivent pas aimer cela. Donc, si on élimine tous les Rizzuto, le mot MAFIA sera mojns sur nos lèvres pendant quelques semaines. Et donc, pas besoin d'enquête sur la construction, ceux qui collectaient 5% sur chaque contrat sont mort ou en prison. On vient de réglé le problème

  • meme moi ici - Inscrite 11 novembre 2010 06 h 13

    avez vous vu m charest

    on se tire dans les rues de la métropole,,, (je me demande si leurs armes sont enregistrées?) qu'attendez vous jjcharest pour faire un peu de ménage...

  • Augustin Rehel - Inscrit 11 novembre 2010 06 h 32

    Le retour du pendule

    Il a fini npar goûter à sa propre médecine!

    C'est la fin d'une ère, mais pas la fin de la mafia montréalaise!

  • meme moi ici - Inscrite 11 novembre 2010 06 h 50

    z'avez vu ça m, charest?

    Ça se tire, ça se tue dans la métropole (je me demande s'ils ont fait enregistrer leurs armes?) cela ne vous donne t'il pas envie de faire un peu de ménage... depuis longtemps que les citoyens vous disent à quel point ça sent mauvais…
    De quoi avez-vous peur m, le pm…

  • Sylvain Racine - Inscrit 11 novembre 2010 06 h 55

    Les apparences

    Voilà où nous en sommes http://www.ecoeurement.com/2010/11/jean-charest-do

    Les liens entre l'industrie de la construction et la mafia sont maintenant au grand jour. Les doutes quant au processus d'octroi des contrats gouvernementaux sont énormes, immenses, incommensurables dans la population.

    Pendant des années, plusieurs de ces mafieux ainsi que des firmes de construction qui ont pu faire de la collusion ont fait des dons à des partis politiques, particulièrement au Parti libéral du Québec. Nous savons que Jean Charest reçoit depuis son arrivée au parti un salaire d'appoint de 75 000$ par année payé par le parti, donc par les dons de la caisse du parti. Par conséquent, le salaire d'appoint est de l'argent sale.

    Maintenant, analysons la chose de plus près. Disons que Jean Charest n'est absolument pas mêlé à cette corruption, à ces actes de collusion. Disons que Jean Charest n'est qu'une vicitme dans toute cette histoire, laquelle ne cesse de se développer, jour après jour grâce au travail de recherche de quelques journalistes. En réalité, la commission d'enquête publique se fait sur la place publique grâce à ces journalistes. Elle se fait au goutte à goutte. Ce sont eux qui creusent, qui cherchent et qui informent la population, pendant que Jean Charest refuse obstinément de déclencher l'enquête publique. Par conséquent, Jean Charest a évidemment l'air coupable, la population a le droit de croire que Jean Charest est mêlé à cette corruption puisqu'il refuse de déclencher l'enquête.