Gangs de rue - 10 000 noms dans la banque du SPVM

Mathieu Charest en vient à se demander si la contribution des communautés noires au volume de crimes (10 à 20 %) justifie «la mise en place d'une politique implicite de contrôles de masse».
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi Mathieu Charest en vient à se demander si la contribution des communautés noires au volume de crimes (10 à 20 %) justifie «la mise en place d'une politique implicite de contrôles de masse».

Le Service de police de Montréal (SPVM) a planté les semences de la discorde à Montréal-Nord en procédant à l'interpellation des jeunes Noirs de manière disproportionnée.


La deuxième étude interne que l'ancienne direction du Service a tenté de cacher, à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, est tout aussi dévastatrice que le rapport du psychologue Martin Courcy.

Alors que M. Courcy a découvert des cas de racisme «pur et simple» à Montréal-Nord, le criminologue Mathieu Charest a conclu que les Noirs sont cinq fois plus ciblés par les policiers que le reste de la population à Montréal-Nord, toutes proportions gardées.

Sur l'ensemble du territoire, les Noirs sont aussi interpellés davantage que les Blancs, sans égard à leur appartenance aux gangs de rue et à leurs démêlés antérieurs avec la police.

«On peut donc comprendre qu'une proportion importante de ces contrôles d'identité puisse être jugée arbitraire ou malveillante», explique le criminologue dans son rapport.

La police a les Noirs à l'oeil, surtout les jeunes. En 2006 et 2007, de 30 % à 40 % des jeunes hommes noirs (les 34 ans et moins) ont été soumis à un contrôle d'identité dans la métropole. Ce ratio est sept fois plus élevé que dans le reste de la cohorte des jeunes hommes.

«Ce résultat est important parce qu'une cause prochaine d'une émeute tient au fait qu'une minorité se sente "profilée" ou la cible d'un contrôle policier excessif et injustifié», estime le criminologue.

L'étude attribue au groupe d'intervention mobile Avance, formé en 2005, la plus grande part de l'augmentation radicale des interpellations des Noirs. C'est dans Montréal-Nord (hausse de 126 %) et dans Saint-Michel (hausse de 91 %) que les interpellations ont connu la plus forte augmentation.

Les données sont cependant incomplètes: il n'y a pas moyen de déterminer le nombre d'interpellations non consignées par les policiers, ni celles réalisées par l'escouade Éclipse et les policiers de Montréal-Nord dans les mois précédant l'émeute qui a suivi la mort de Fredy Villanueva, en août 2008.

Des fiches sur 10 000 personnes


Pour arriver à ces résultats, Mathieu Charest a consulté le registre des fiches d'interpellation du SPVM, entre 2001 et 2007, des documents contenant des renseignements sur l'origine ethnique des personnes interpellées. Le docteur Charest a aussi obtenu le registre des individus membres ou sympathisants des gangs de rue du SPVM, une banque de 10 000 noms.

Fait à souligner, le SPVM évaluait en 2006 que 500 individus faisaient partie des gangs, en comptant les membres périphériques et les émules. Le noyau dur était formé d'une cinquantaine de criminels endurcis.

L'étude de Charest, dont La Presse avait diffusé quelques extraits en août dernier, déboulonne le mythe selon lequel les policiers interviennent plus auprès des jeunes Noirs parce qu'ils sont plus susceptibles de commettre des délits en association avec des gangs. Environ 40 % des Noirs interpellés ne sont pas liés — ni de près, ni de loin — aux gangs de rue, ils n'ont pas fait l'objet d'arrestations récentes, et leur interpellation n'a pas donné lieu à une arrestation ou à l'émission d'un constat d'infraction. «En réalité, les contrôles d'identité ne produisent que peu d'arrestations ou d'infractions», résume l'étude.

L'auteur en vient à se demander si la contribution des communautés noires au volume de crimes (10 à 20 %) justifie «la mise en place d'une politique implicite de contrôles de masse».

«Cette question est d'autant plus importante qu'une vaste part de ces contrôles ne débouchent pas sur la découverte d'une infraction, n'arrivent pas à cibler les membres ou les sympathisants des gangs de rue et deviennent par conséquent difficiles justifiables», conclut Charest.

Rapports en preuve

En dépit de l'opposition de l'avocat de la Ville de Montréal, Pierre-Yves Boisvert, le coroner ad hoc, André Perrault, a finalement accepté hier de verser à la preuve les rapports de Martin Courcy et de Mathieu Charest.

Les deux études commandées par le SPVM portent sur l'interpellation. Puisque la mort de Fredy Villanueva est survenue dans le contexte d'une interpellation, M. Perreault juge les données utiles. Il a cependant indiqué qu'il n'avait pas l'intention de tenir une enquête sur le profilage racial.

Après s'être opposé à la production des rapports pour des questions de pertinence, Me Boisvert en a attaqué la rigueur méthodologique. Selon sa théorie, le document de Mathieu Charest est encore un brouillon, tandis que le rapport de Martin Courcy «ne vaut rien sur le plan méthodologique et scientifique».

L'avocat de la Fraternité des policiers de Montréal, Michael Stober, et celui du policier Jean-Loup Lapointe, Pierre Dupras, ont aussi descendu en flammes le rapport Courcy.

Alain Arsenault, l'avocat de Jeffrey Sagor-Metellus (un des jeunes blessés par Jean-Loup Lapointe) se demande maintenant si le SPVM cache d'autres rapports qui pourraient être utiles à M. Perreault.  
9 commentaires
  • Pierre Sabourin - Inscrit 1 octobre 2010 07 h 56

    Introduction à la psychologie politique 101

    Dans l'introduction de mon livre de psychologie politique on explique les pourquois de ce domaine soit le but de comprendre comment les comportements d'individu explique les actions au niveau sociale et politique. On donne ainsi un exemple qui, comme ca anodinnement, demontre comment l'association ou le regroupage basé sur la race par exemple peut occassioné des problemes à basse echelles et que placer dans un contexte politique à grand echelle, le même problème peux occasionner des genocides.
    Voici l`histoire, de mémoire, qui aidera a anticiper et prevenir pour ne pas qu'elle ce reproduise.
    Un homme assis sur un banc dans un supermarché vois un homme de race noire courrir à très grande vittesse devant lui...il se redresse et plus loin voit un autre homme noir courrir avec derriere lui un policier qui cour plus loin.
    (Et c'est la que nous devons faire attention au association et au faute logique généralistique comme par exemple: cette femme conduit mal, donc toute les femmes counduisent mal)....
    Le (bon) samaritain ce precipite alors sur le deuxième noire dans le but de l'arrêter et le projet sur le sol. C'est alors que le noire s'exclame: Aye Jsuis le manager cette homme vient de nous voler!
    Une erreur comme celle la a grande echelle provoque les auteurs de genocide a inclure les femmes et les enfants dans leurs crimes.
    Dans la fraction de secondes que ca a pris pour prendre la decision d'agir, il est facile d'émettre la possibilité de peut-être associer les 2 comme complices mais le but de l'exercice est de prevenir.
    Bien sur il y a l'argument par prudence qui nous pousse dans certain cas a associer exagerement dans le but de survivre (par example dans la 2ieme GM tout Allemand a être Nazi) mais TOUT serais faux quand même.
    Les policiers doivent prendre le temp de reflechir a ces erreurs de generalisation pour que quand ils n'aurons qu'une fraction de seconde pour réfléchir il vont avoir ces mots clé en mémoire et pourront reagir plus vite

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 1 octobre 2010 08 h 05

    «le volume de crime: 10 à 20%»

    Est-ce qu'on pourrait être plus précis?
    L'ancien chef Duchesneau avait dit que dans le centre de Montréal, un quart des crimes était commis par des Noirs.
    Si vous suivez l'actualité judiciaire, c'est à peu près ce % pour les meurtres.
    Alors, lorsqu'on parle de 10 à 20%, on parle de quoi? Des infractions de la route?

    Québec

  • Augustin Rehel - Inscrit 1 octobre 2010 08 h 13

    Le référent...@ monsieur tremblay

    «L'auteur en vient à se demander si la contribution des communautés noires au volume de crimes (10 à 20 %) ...

    Le référent des 10 à 20 % est clair: il s'agit de représentants de la communauté noire. Alors, je dis oui à «la mise en place d'une politique implicite de contrôles de masse».

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 1 octobre 2010 10 h 50

    @monsieur Rehel

    Ce n'est pas clair du tout. On dit que les Noirs sont responsables de seulement 10 à 20% des crimes à Montréal, fait qu'il ne vaut pas la peine d'exercer tout ce contrôle sur eux.
    Mais on parle de quelles sortes de crimes? Des conducteurs qui brûlent le feux rouges? Ou des assassins? Des violeurs? Des trafficants de drogues? Des pimps? Des attaques dans les maisons? Bref, des crimes sérieux.

  • Pierre Sabourin - Inscrit 1 octobre 2010 13 h 45

    BLanc Noire Rouge ou Jaune

    Hum... ben ça dit 10-20% des crimes, jcrois que même si ça serais le fun de savoir quel sorte de crime pour voir si ce n'est pas biasé, je crois que l'auteur Charest decidement sous entendais tout les crimes et je crois que la plus importantes question ici serais Et les autre?

    Quel est la proportion des autres (couleur de peaux et non ethnie...)parceque généralement ya qu'a peu pres 4 couleur so si les autre sont egale 80% divisé par 3= soit 26.666% serais de quoi s`ìnquiter pour les autre couleur et si un des trois autre serais moindre et que les noires restes a 10-20 ca veux dire qui en a une ou deux qui monte de a plus de 26.7

    Le sous entendu ici c'est que le probleme n'est pas si grave et qu'il se demande si ca vos la peine. Surtout si dans 10-20% des crimes des noires il n'y aurais rien d'inquietant si moin de 1% a rapport au gang, si cela est.

    Aussi, l'extrait suivant laisse perplexe

    ---les policiers interviennent plus auprès des jeunes Noirs parce qu'ils sont plus susceptibles de commettre des délits en association avec des gangs. Environ 40 % des Noirs interpellés ne sont pas liés — ni de près, ni de loin — aux gangs de rue, ils n'ont pas fait l'objet d'arrestations récentes, et leur interpellation n'a pas donné lieu à une arrestation ou à l'émission d'un constat d'infraction. «En réalité, les contrôles d'identité ne produisent que peu d'arrestations ou d'infractions», résume l'étude.---

    Cela veut-il dire que 60% on rapport au gang de rue mais est-ce que ce 60% se rapporte à des crimes parcequ'on parle bien d'interpellation? Si ca se rapporte qu'a des allo dans la rue ben ya pas grand chose d'inquietant la dedans en plus.

    Je crois que comme dans mon commentaire plus haut...psy politique 101...que dans n'importe quelle hausse de la sécurité, prudence s'impose pour ne pas tomber dans des culpabiliter par association et des fautes de généralisation.