Des apprentis policiers à la mosquée

L’imam Omar Koné a reçu des étudiants en techniques policières du cégep Maisonneuve dans sa mosquée Al-Imam, à Montréal.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’imam Omar Koné a reçu des étudiants en techniques policières du cégep Maisonneuve dans sa mosquée Al-Imam, à Montréal.

Devant les étudiants en techniques policières du cégep Maisonneuve, le cheikh Omar, l'imam de la mosquée Al-Iman, rue Fairmount, à Montréal, arbore sa longue barbe, son turban et la robe qu'il porte dans l'exercice de ses fonctions. S'il était en voiture dans un coin sombre, leur dit-il, cette tenue lui vaudrait peut-être que des policiers «notent plus» son numéro de plaque «que celui d'une dame d'un certain âge».

Plus tôt dans la journée, le cheikh Omar Koné a reçu des pompiers de Montréal. Son but est de démystifier la religion musulmane auprès des membres de la majorité.

La séance de formation avec les étudiants en techniques policières a été organisée le 16 septembre par le groupe Amarrages sans frontières, qui se spécialise dans les rencontres interculturelles. Les étudiants sont accompagnés ici de Nancy Moreau, professeure de sociologie au cégep Maisonneuve. Les étudiants en techniques policières ont deux cours de sociologie obligatoires, dont l'un qui est entièrement consacré à l'immigration. «Ils sont très ethnocentristes, remarque-t-elle. Mais ils ont une formation pour prévenir le profilage racial; ils n'ont peut-être pas assez de formation, mais ils en ont une.»

Il n'existe pas encore de statistiques confirmant le profilage racial de policiers auprès des communautés arabo-musulmanes au Québec. Jusqu'à présent, les statistiques disponibles portent surtout sur la discrimination envers les Noirs. Hier, un rapport interne du SPVM faisait état du racisme des policiers dans le quartier Montréal-Nord, avant les émeutes de 2008, et de propos désobligeants tenus envers des membres de différentes communautés culturelles. Mais selon Michèle Vatz-Laarousi, professeure de travail social à l'Université de Sherbrooke et spécialisée en immigration, il est clair que le «profilage racial» auprès de la communauté arabo-musulmane est en hausse au Québec depuis les événements de septembre 2001.

Elle mentionne entre autres les certificats de sécurité, qui permettent aux policiers d'arrêter quelqu'un dont ils craignent qu'il appartienne à un réseau terroriste. Cette personne n'aura alors pas les mêmes droits que les autres, «elle n'a pas droit à un avocat pendant une certaine partie du processus», dit Mme Vatz-Laaroussi. Le profilage racial envers les Arabo-musulmans est très lié à la peur du terrorisme, dit-elle. «On leur demande leurs papiers d'identité, on va faire des vérifications.»

«C'est le groupe qui monte» parmi les différents groupes soumis au profilage. «Et les policiers sont soumis aux mêmes stéréotypes que les autres.» Selon elle, la formation actuellement dispensée est insuffisante. «Les cours ne suffisent pas, ils ne peuvent pas en rester là. Il faut qu'ils soient confrontés à eux-mêmes», dit-elle. À 18 ans, Maxime Roy, par exemple, est très conscient des risques de profilage racial ou social dans l'exercice de ses futures fonctions. «On voit quelqu'un qui s'habille de telle façon et on l'associe à un gang de rue», constate-t-il. Selon le cheikh Omar, le profilage racial est même normal jusqu'à un certain point, et les séances qu'il dispense visent à l'enrayer.

D'entrée de jeu, le représentant d'Amarrages sans frontières, Belkacem Laihbaïri, distingue monde arabe et monde musulman. Alors que l'on compte quelque 150 000 Arabes à Montréal, n'y vivraient que 100 000 musulmans. Le cheikh Omar lui-même n'est pas arabe, mais mi-malien et mi-français d'origine, et aujourd'hui citoyen canadien. Assez tôt durant la rencontre, il accepte de répondre à toutes les questions des étudiants, la première étant, bien sûr: «Pourquoi les femmes ont-elles moins de place dans votre religion?»

La réponse de l'imam, qui donne régulièrement des conférences sur les accommodements raisonnables et des entrevues dans les médias, ne se fait pas attendre. «Il n'y a rien dans l'islam qui donne préséance absolue à l'homme», dit-il. De même, la burqa bleu ciel, que l'on voit beaucoup en Afghanistan, n'est pas le propre de l'islam, pas plus que le niqab noir, porté beaucoup en Arabie saoudite. «Traditionnellement, les femmes ne s'habillaient pas en noir», précise-t-il. Ce sont des groupes orthodoxes, notamment en Iran et en Arabie saoudite, qui ont introduit cette pratique. «C'est une mode qui est en train de se répandre dans le monde, ajoute-t-il. Mais rien, dans les textes, ne le demande.»

Le cheikh ajoute qu'il ne souhaite pas voir la sharia, loi islamique, implantée ici. Il reconnaît que cette loi avait prescrit autrefois la lapidation en cas d'adultère, mais ajoute que c'est une pratique qui a été abandonnée depuis longtemps. Mentionnons cependant qu'un tel cas de condamnation à la lapidation a récemment été observé en Iran.
14 commentaires
  • Hélène Béland - Inscrite 1 octobre 2010 13 h 11

    Qui éduque qui?...qui est ethnocentrisque au Québec? (1)

    Allons-nous faire la même chose avec les sihks, les assidimes, les raéliens, les témoins de jéhovah... et tous les adorateurs mytiques du sacré tout acabit, dogme, doctrine, ritologies confondus... qui tendent à mettre le pouvoir des dieux, des rites et des traditions au-dessus des lois civiles, des droits humains, du consensus social de la société majoritaire en terme de: laïcité, égalité des genres, liberté d'expression et démocratie.
    Pourquoi avoir choisi cet imam et cette mosquée, en quoi cet imam et cette mosquée reflètent-t-ils la réalité de la population musulmane du Québec? En quoi cet imam a le monopole de vérité sur le dogme islamique? Pourquoi ne pas avoir choisi une mosquée salafiste? Pourquoi avoir choisi cette approche?
    Quand un policier répond à un signalement de violence conjugale dans une famille musulmane, il répond à une personne qui se sent en danger où son intégrité physique est compromise...point barre.
    Quand une adolescente musulmane fugue du foyer parce qu'elle refuse l'autorité parentale et son type d'encadrement, le signalement est fait aux services sociaux parce que ici les mineures ont des droits et méritent qu'on écoute leur grief et d'être protégé comme n'importe quel autre ado au Québec...point barre
    Quand une famille musulmane décide d'égorger un mouton vivant dans une arrière-cour d'un triplex à Montréal le jour de fête musulmane à coup de lame et de prières, il se peut qu'un voisin appelle le 911.

  • Hélène Béland - Inscrite 1 octobre 2010 13 h 12

    Qui éduque qui? (2)

    l'islam comporte autant de facettes que de musulmans, chacun l'interprète à sa façon, le vit à sa façon, le pratique à sa façon surtout lorsque l'islam est téléporté hors d'un territoire d'islam religion d'état....Le pakistanais , le bangladais, le saoudien, l'iranien, l'africain, le maghrébin, le palestinien....a sa propre vision de l'islam. Pour certains le vrai visage de l'islam est celui d'une femme voilée. Pour d'autres un musulman qui ne fait pas ses 5 prières par jour est un apostat. Pour d'autres, un musulman converti à la religion boudhiste mérite la mort. Pour d'autres, la laïcité est une valeur occidentale bénéfique pour l'islam ouvrant la porte à une approche spirituelle plus individuelle de l'islam.
    Le problème c'est de mettre les limites du religieux dans la sphère publique dans un univers de plus en plus pluraliste où l'apprentissage des notions de droits, de laïcité, des devoirs, des responsabilités, des libertés, de l'égalité et de la démocratie n'ont pas la même définition, le même niveau de culture.

  • SusanK - Inscrit 1 octobre 2010 13 h 16

    Jihad politique

    La police: victime de la Taqqiya?

    La police de Londres a aussi suivi des cours de sensibilisation musulmane. Ainsi que celle de la Suède, le Dennemark, la Norvège...

    Les résultats sont catastrophiques. Il y a maintenant des petites villes entières dans ces pays, en plus de la France, où la police ni les pompiers ne peuvent plus y aller puisque c'est trop dangereux pour eux. La population locale fut forcée de déménager et elle est remplacée par l'islamization complète de ces endroits.

    http://www.bivouac-id.com/2010/09/27/video-londres

  • Hélène Béland - Inscrite 1 octobre 2010 17 h 50

    la méthode de Mme Moreau pour casser l'ethnocentrisme des cegepiens

    Oui, si j'étais une étudiante, je ne me gènerais pas pour remettre en question le bien fondé du contenu du programme qui a pour objectif d'éviter le piège du profilage racial chez nos futurs agents de police qu'on a tôt fait d'étiqueter d'''ethnocentriques'' dès le départ...quelle erreur! et ce dès l'ébauche d'apprentissage de leur future vie professionnelle...Mais sur quelle base on se permet un tel jugement Mme Nancy Moreau, professeure de sociologie au cégep Maisonneuve ?...je me le demande. Ces étudiants ont passé à votre détecteur de mensonge? ils ont passé un test psychosociologique mesurant leur niveau d'ethnocentricité? Ou est-ce juste le fait d'être un québécois pure laine d'Hochelaga-Maisonneuve fait automatiquement de lui un méchant ethnocentrique trop enraciné dans sa culture nationale, des p'tits blancs bec à casser grâce à une petite visite à la mosquée, à écouter le discours d'un imam enturbané...wow! tout un rouleau compresseur multiethnique...aller savoir ce qui se cache sous le tapis de prières...Bon sang! c'est du tourisme théologique ou de l'exorcisme? mais, en ce qui me concerne, cela n'a rien à voir avec l'éducation et la conception que j'en ai. Bon sang! ça me rappelle le temps où on amenait une épouse chez le curé parce qu'elle n'est toujours pas enceinte après deux années de mariage. Mme Moreau faites-vous none ou imam mais de grâce sortez la sociologie de la mosquée au plus pc. Ce genre d'intervention est une insulte envers l'intelligence de nos étudiants( es) du CEGEP.

  • Jean Rousseau - Inscrit 1 octobre 2010 21 h 10

    LE DOUTE PROUVE NOTRE HUMANITÉ *l'ultime devoir



    Concernant le voile intégral. «C'est une mode qui est en train de se répandre dans le monde, ajoute-t-il. Mais rien, dans les textes, ne le demande.»

    Il serait plus pertinent que l'imam Omar Koné démystifie d'abord l'islam en essence, (tels que nos penseurs, à l'égard du catholicisme).

    Les peuples de partout ont droit à davantage que des phrases creuses à ce niveau primordial qui les déterminera. Vers huit neuf ans, les jeunes, (élevés dans l'honnêteté), devraient pouvoir saisir cette évidence que les religieux, (généralement), se comportent semblablement aux perroquets. Les persécutés de tout temps l’ont été justement à cause de leurs tentatives d’extirper leurs frères esclaves de ces carcans, (qui empêchent l’envol hors de l’attraction animale). Nos convertis peuvent bien réfléchir, (à travers les cadres), mais la conscience qui leur ferait privilégier plutôt l’humain, leur a toujours fait défaut. Juste au Québec, des pères ont tué leur fille car celle-ci refusait de porter le voile. Ceux qui ne comprennent pas encore la nature épouvantable de ces pièges macabres, devraient être interdits de sortir de leur contrée.., car, niveau indépendance, ils ne se comportent pas différemment de nos technologies.

    (1) Vérifiez donc auprès d’autorités en psychologie, (PHD), si je suis se trompe. Thèse, antithèse, synthèse. Si vous refusez l’antithèse, nul progrès véritable n’en découlera.

    Jean Rousseau, B. Ps
    consultant en psychologie du développement
    courriel jeanrousseau1956@live.ca