Procès de Fredy Villanueva - Lapointe met en doute la fiabilité de l'étuis des armes

Jean-Loup Lapointe s'est mis les pieds dans le plat hier, à l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, en laissant entendre qu'un policier pouvait être désarmé facilement en dépit de l'existence d'un dispositif de sécurité sur les étuis des patrouilleurs.

Pour sortir son arme de l'étui, un policier doit appuyer sur un bouton au préalable et dégainer dans une trajectoire rectiligne. Selon Jean-Loup Lapointe, ce dispositif n'est pas complètement fiable.

«Ça peut être facile, par accident ou intentionnellement, qu'une arme à feu puisse être retirée de l'étui, a-t-il dit. On peut très facilement appuyer sur le bouton et déverrouiller l'étui.»

Les avocats de la famille Villanueva et des jeunes blessés lors de l'intervention du 9 août 2008 ont voulu en apprendre davantage sur le fonctionnement de ce dispositif de sécurité. Selon les prétentions de Jacky Salvant, avocat d'Anthony Clavasquin, Lapointe fait fausse route en suggérant que son arme pouvait lui être dérobée aussi facilement.

«La police a changé les étuis pour éviter ce genre de situation. Ces étuis sont faits pour empêcher qu'un individu puisse faire sortir l'arme. On va faire la démonstration devant le coroner que c'était impossible», a commenté Me Salvant en marge des audiences.

Si les suppositions de Me Salvant trouvent leur confirmation, l'agent Lapointe pourrait avoir exagéré la menace qui pesait sur sa vie. En effet, Lapointe a déclaré maintes fois qu'il a tiré quatre fois sur Villanueva, Denis Meas et Jeffrey Sagor-Metellus dès l'instant où il a craint d'être désarmé et tué.

À l'inverse, si l'arme peut être retirée facilement de l'étui, cela revient à dire que les 4500 policiers du Service de police de Montréal (SPVM) patrouillent dans les rues de la métropole munis d'équipements qui compromettent leur sécurité.

Dans un cas comme dans l'autre, le degré de fiabilité du dispositif de sécurité touche au coeur du mandat du coroner, qui est chargé d'étudier les causes et les circonstances du décès de Villanueva et de formuler des recommandations pour assurer une meilleure protection de la vie humaine.

L'enquête reprendra le 9 mars prochain, avec un débat sur les «secrets» de cet étui.

L'avocat de la Ville de Montréal, Pierre-Yves Boisvert, estime qu'il serait «ridicule» de dévoiler à la population le fonctionnement de ce mécanisme, au risque de mettre les policiers en danger.

Me Boisvert a exigé que le débat au sujet de ce dispositif se tienne à huis clos, une demande à laquelle le coroner ad hoc, André Perreault, s'est montré sensible.

Les avocats des Villanueva et des jeunes blessés souhaitent au contraire que cette question d'intérêt public soit débattue ouvertement.