Mort de Fredy Villanueva - Une note fantôme attribuée à la policière Pilotte surgit à l'enquête du coroner

Ces photographies rendues publiques hier montrent des blessures mineures subies par le policier Jean-Loup Lapointe et sa collègue Stéphanie Pilotte lors de l’intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva.
Photo: Ces photographies rendues publiques hier montrent des blessures mineures subies par le policier Jean-Loup Lapointe et sa collègue Stéphanie Pilotte lors de l’intervention policière qui a coûté la vie à Fredy Villanueva.

Un document fantôme déposé tardivement est venu troubler hier la reprise de l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva. Une note manuscrite, apparemment écrite par la policière Stéphanie Pilotte le soir de la mort du jeune homme, a été communiquée aux parties la semaine dernière seulement.

Cette note de 25 lignes aurait été rédigée par la policière à l'hôpital Notre-Dame, où elle a été conduite avec son équipier, Jean-Loup Lapointe, dans les minutes suivant l'altercation fatidique du 9 août 2008. Lapointe a abattu Villanueva et a blessé deux autres jeunes au dos et à l'épaule alors qu'il procédait à l'arrestation du frère de Fredy, Dany Villanueva.

Cette note est passée sous le radar des enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ), chargés d'élucider les circonstances de la mort du jeune Villanueva. L'agente Pilotte l'a remise à son avocat, Gérald Soulière, à une date indéterminée. Me Soulière a informé le procureur du coroner, François Daviault, de l'existence du document le 27 ou le 28 octobre dernier. Le 30 octobre, Mme Pilotte amorçait son témoignage.

Les avocats du clan Villanueva ont appris cette histoire la semaine dernière seulement. Ils se sont opposés au dépôt de ce document manuscrit, qui n'est pas daté. Le coroner ad hoc, André Perreault, leur a donné tort.

La note fait désormais partie de la preuve. Elle confirme à toutes fins utiles la version des événements que l'agent Pilotte a fournie dans son rapport d'événement, remis à la SQ six jours après la fusillade.


Des rapports publics

Les rapports des agents Pilotte et Lapointe ont été rendus publics dans un bloc de quelque 138 documents, lors de la reprise de l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva.

Des extraits audio des appels au 911, des photographies des blessures mineures subies par les patrouilleurs et des déclarations des principaux témoins du drame font partie du lot. Les photos sont particulièrement révélatrices. Jean-Loup Lapointe présente une simple ecchymose à un coude, alors qu'il dit avoir été «pris à la gorge» dans son rapport. Le technicien en identité judiciaire qui a pris les photos n'a pas remarqué de blessures au cou.

Lapointe écrit dans son rapport qu'il a été frappé à la mâchoire et à la tête par Dany Villanueva (le frère de Fredy) alors qu'il tentait de procéder à son arrestation. Quatre autres individus s'avançaient vers lui, insensibles à ses ordres de reculer. Fredy Villanueva «m'agrippe et serre au niveau de ma gorge», écrit-il. Son autre main se dirigeait vers son ceinturon.

Envahi par «la peur d'être blessé gravement et de mourir», Lapointe a alors tiré devant lui. «Ma vie et celle de ma partenaire sont en danger immédiat. Je suis pris à la gorge et agrippé de toutes parts, dans une position d'extrême vulnérabilité, couché au sol, sans pouvoir me déplacer. Ayant déjà été frappé solidement à la mâchoire et recevant toujours des coups à la tête, j'ai peur qu'une seule de ces frappes me blesse gravement et me fasse perdre connaissance, ne serait-ce qu'un instant, écrit-il. Devant moi, ils sont quatre jeunes hommes en bonne santé physique et de bonne corpulence, tous capables de m'infliger des blessures graves et de me désarmer. Ils sont dans une position de force, me dominant complètement.»

La note fantôme de Stéphanie Pilotte corrobore ce scénario. Le 9 août 2008, Jean-Loup Lapointe et elle ont abordé Dany Villanueva pour une infraction aux règlements municipaux, dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa. Villanueva est devenu agressif. «On le pogne. Le met contre la voiture. Résiste fortement [sic]», écrit-elle dans cette note de 25 lignes. Un des jeunes, vêtu d'un «chandail noir ligné» a dirigé sa main vers Lapointe, «soit cou ou la veste (étrangle)[sic]», tandis que d'autres s'approchaient de lui. «JL rtire sur gars en noir, je sais pas cbien, au moins deux [sic]», enchaîne-t-elle. La calligraphie est soignée, minutieuse, alors que la policière est dans un état de choc, complètement démolie de l'aveu même des premiers répondants sur les lieux de la fusillade.

Dans son rapport officiel, transmis à la SQ six jours après le drame, Stéphanie Pilotte affirme noir sur blanc qu'elle a vu cinq ou six jeunes en cercle dans le stationnement, qui «semblaient jouer à un jeu qui m'est paru être un jeu de dés». Ce détail est important. Si les policiers ont bel et bien vu les jeunes jouer aux dés, ils détenaient un motif (infraction aux règlements municipaux) pour intervenir. Mme Pilotte écrit également que Jean-Loup Lapointe a dit aux jeunes qu'ils n'avaient pas le droit de jouer aux dés. Elle réitère que Dany Villanueva était agressif: «Il criait sans cesse et nous lançait des insultes [...], il démontrait des signes d'agressivité». Elle confirme enfin que Fredy Villanuava s'est approché à moins d'un mètre de son frère, pendant que l'agent Lapointe tentait de le maîtriser au sol. Le jeune Villanueva avait «le haut du corps penché vers l'avant à environ 45 degré [sic] avec un bras tendu dirigé vers le sol et la main ouverte en demi-lune (pouce et doigts, comme pour étrangler quelqu'un)».

Stéphanie Pilotte poursuivra son témoignage aujourd'hui avant de céder sa place à Jean-Loup Lapointe.

À voir en vidéo