Coup de filet de la Sûreté du Québec - La maçonnerie a échappé de peu au contrôle des Hells

Les Hells Angels ont tenté de prendre le controle d'un secteur de l'industrie de la construction
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les Hells Angels ont tenté de prendre le controle d'un secteur de l'industrie de la construction

L'infiltration des Hells Angels dans le secteur de la construction a mené hier à un nouveau coup de filet de la SQ. L'industrie de la maçonnerie a échappé de peu à un monopole du gang criminel.

Une nouvelle brique vient de tomber sur Normand Marvin Ouimet, l'un des plus influents membres des Hells Angels. La Sûreté du Québec (SQ) a «tué dans l'oeuf» son projet de prendre le contrôle du secteur de la maçonnerie par l'intimidation et l'extorsion.

Ouimet, en cavale depuis l'opération Sharqc en avril, est considéré comme la tête dirigeante d'un réseau de 17 personnes impliquées dans cette tentative ratée d'asseoir un monopole sur la maçonnerie au Québec.

Ouimet aurait bénéficié de la complicité du représentant syndical de l'Association canadienne des métiers de la truelle (FTQ-Construction), Guy Dufour. Celui-ci aurait acheminé de fausses informations à la Commission de la construction du Québec (CCQ) afin d'obtenir frauduleusement des cartes de compétence dans les métiers de la truelle. Dufour n'avait pas de complice à la CCQ.

Le groupe de Ouimet pouvait ainsi faire entrer sur des chantiers des travailleurs non qualifiés et instaurer peu à peu un régime de terreur, de fausse facturation et de paiement des salaires au noir, visant à recycler les profits de la vente de drogue. Le but de Ouimet était clair: «prendre le contrôle de la totalité de l'industrie de la maçonnerie au Québec», a lancé l'inspecteur Michel Forget, directeur adjoint des enquêtes criminelles à la SQ.

Ouimet aurait également bénéficié de la complicité de deux comptables (sa conjointe, Julie Marien, et Jean Siminaro), d'une commis-comptable (Jocelyne Therrien), d'un agent immobilier (Roberto Amato), d'un informaticien (Frédéric Turenne), d'un ancien vice-président de Grue Guay (Louis-Pierre Lafortune) et d'administrateurs, de propriétaires et de travailleurs de compagnies de maçonnerie, dont Maçonnerie SL (Steve Laliberté).

Le recours de plus en plus fréquent, par les Hells Angels, à des professionnels pour blanchir les profits du trafic de drogue est une source de préoccupation pour les corps policiers. Certains d'entre eux ont suggéré récemment au Comité du Sénat sur les affaires juridiques et constitutionnelles de prévoir des infractions spécifiques au Code criminel et de durcir les peines des professionnels (avocats, notaires, comptables) qui contribuent à l'enrichissement des gangs criminels.

Dans l'immédiat, les 17 individus font l'objet de 143 accusations d'extorsion, d'intimidation, de menaces, de participation à une organisation criminelle, de recel, de recyclage des produits de la criminalité et de complot. Quatre d'entre eux, Ouimet y compris, sont toujours recherchés.

Développement immobilier

Au moment où la SQ a procédé aux arrestations, le groupe caressait l'idée de se lancer dans le développement immobilier à Labelle, à Lachute et à L'Assomption. Ouimet avait acheté des terrains d'une superficie totale de 4,6 millions de pieds carrés. Ces terrains, d'une valeur approximative de neuf millions de dollars, font l'objet d'une ordonnance de blocage.

Il s'agit de la plus importante enquête sur le blanchiment d'argent jamais réalisée par la SQ. Le Service des enquêtes sur la criminalité financière organisée s'est intéressé à cette affaire en 2007, après avoir reçu des plaintes d'entrepreneurs tombés dans la mire de Ouimet. Selon l'inspecteur Forget, l'intensification des mesures annoncées récemment par Québec pour mettre fin à la corruption, à la fraude et à la malversation dans le domaine de la construction sera efficace dans la mesure où des plaignants voudront se manifester, comme c'est le cas dans cette affaire.

La vague d'arrestations d'hier met un terme à l'opération «Diligence», qui s'est soldée par une vingtaine d'arrestations et 72 perquisitions, a fait savoir la SQ. Dans les faits, des enquêtes se poursuivent toujours, entre autres afin de récupérer des placements de Ouimet dans des paradis fiscaux.