Mort de Fredy Villanueva - Le syndicat du SPVM a été averti du drame en premier

La Fraternité des policiers de Montréal a été avertie avant la haute direction du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et avant le ministère de la Sécurité publique (SQ) que le policier Jean-Loup Lapointe avait déchargé son arme de service sur trois jeunes, atteignant mortellement Fredy Villanueva, le 9 août 2008. Derniers policiers arrivés sur les lieux, les enquêteurs de la SQ, pourtant chargés d'élucider cette affaire de mort d'homme, n'ont pas cru bon de séparer le policier Lapointe et sa coéquipière Stéphanie Pilotte. Ils ont mis une semaine avant de considérer l'agent Lapointe comme un suspect, et un mois avant d'obtenir son rapport sur l'incident.

Des révélations préoccupantes sur les méthodes de la SQ se sont additionnées toute la journée, hier lors de la reprise de l'enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva. Le sergent détective de la SQ Bruno Duchesne, responsable de l'enquête criminelle, n'a pris aucune mesure pour séparer les policiers Lapointe et Pilotte, afin d'éviter une hypothétique contamination de leurs versions respectives des faits. «J'avais pas peur qu'ils se contaminent, a dit M. Duchesne. Les policiers, on est réputés honnêtes.»

De toute façon, Lapointe et Pilotte sont partis dans le même véhicule de patrouille en direction du poste 39, puis à l'Hôpital Notre-Dame dans les minutes suivant l'incident, survenu vers 19h13 dans un stationnement près du parc Henri-Bourassa, à Montréal-Nord. À l'hôpital, ils ont pu rencontrer un délégué syndical du nom de «Lavoie».

La Fraternité a su à 19h45 qu'un de ses membres avait ouvert le feu sur un citoyen, soit deux minutes avant l'assistant-directeur du SPVM, Mario Plante, et 13 minutes avant la Sécurité publique à Québec, qui a transféré l'enquête à la SQ dès 20h.

Par contraste, Bruno Duchesne est arrivé sur les lieux vers 23h, après être passé au quartier général de la SQ pour récupérer sa voiture et ses effets personnels. Son superviseur lui a confié la gestion de l'enquête vers 20h30, après que le ministère de la Sécurité publique eut enclenché l'application de la politique ministérielle. S'il avait voulu séparer les policiers, il était déjà trop tard, a-t-il expliqué hier devant le coroner ad hoc, André Perreault.

Sur place, les premières informations que M. Duchesne et son équipe ont reçues d'un superviseur du SPVM étaient erronées. On leur a indiqué que les policiers avaient été «encerclés, jetés au sol et étranglés». D'ailleurs, Denis Meas a été accusé de voies de fait sur son lit d'hôpital par le SPVM.

Dans les faits, les jeunes témoins de l'intervention, dont Meas (atteint d'une balle à l'épaule) et Jeffrey Sagor-Metellus (touché dans le dos), ont indiqué que Fredy Villanueva avait voulu empêcher l'arrestation de son frère Dany par le policier Lapointe. Il lui a mis la main au collet, mais il ne l'a pas étranglé.

Dans son rapport, déposé le 9 septembre, l'agent Lapointe a indiqué que deux jeunes avaient tenté de le retenir, voire le désarmer. M. Duchesne a reconnu qu'aucun des témoins civils (des témoins qui ont tous été séparés) n'avait pu confirmer la totalité de cette théorie des policiers «encerclés, jetés au sol et étranglés». Fredy Villanueva se trouvait à moins de 38 cm (15 pouces) de l'agent Lapointe et il lui a pris le collet. Des jeunes se trouvaient autour, mais il est clair que personne n'a tenté d'étrangler le policier, a expliqué Bruno Duchesne.

L'enquêteur de la SQ n'a pas senti que ses homologues du SPVM avaient tenté de l'induire en erreur pour autant.

Durant son long contre-interrogatoire aux mains d'Alain Arsenault, M. Duchesne a évoqué bien des prétextes pour justifier sa décision de ne pas interroger la policière Pilotte. Dès les premières heures de l'enquête, la SQ a amassé de sérieux indices indiquant que la patrouilleuse n'avait pas tiré, ce qui faisait d'elle un témoin important, et non un suspect.

Le 14 août, l'avocat de Mme Pilotte a contacté M. Duchesne pour lui dire que sa cliente était prête à le rencontrer. D'abord réceptif à l'idée, l'enquêteur s'est ravisé après avoir consulté le procureur de la Couronne, François Brière. «On préfère obtenir le rapport des policiers pour savoir exactement ce qui est arrivé», a expliqué M. Duchesne, soucieux de «ne pas brûler les étapes».

Selon son interprétation de la loi sur la police, M. Duchesne devait obtenir ce rapport écrit avant d'interroger Mme Pilotte. Or, cet interrogatoire n'a jamais eu lieu. La SQ y a renoncé complètement, étant donné que la version écrite de la policière a été confirmée par les déclarations de nombreux témoins.

C'est seulement après avoir pris connaissance du rapport de Mme Pilotte, livré le 15 août, que la SQ a finalement accepté de considérer Jean-Loup Lapointe comme un suspect. Après avoir produit son rapport, le 9 septembre, l'agent Lapointe a évoqué son droit légitime au silence pour ne pas répondre aux questions. Finalement, aucune accusation n'a été portée contre lui.

«À la lumière du témoignage de M. Duchesne, on voit l'utilité d'une enquête publique», a commenté Peter-Georges Louis, l'avocat des Villanueva, à la fin de la première journée complète d'audiences.

Les audiences reprennent aujourd'hui avec la fin du contre-interrogatoire du policier Duchesne. Suivront ensuite des techniciens en scène de crime qui ont collaboré à l'enquête. Le juge Perreault devra enfin décider s'il entendra la version des policiers Lapointe et Pilotte avant celle des jeunes.
8 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 27 octobre 2009 06 h 31

    Tel gouverneurs, telle police.

    On est dirigés par des bandits. Dans le meilleur des cas, par des incompétents. Dans les villes et dans les villages (dans les réserves?)tout comme dans le pays (Je parle du Québec). Là où il y a de l'argent, il y a un avocat, un politicien ou un planificateur financier pour se l'accaparer.

    Les policiers sont à l'image de qui les engage et qui détermine les normes.

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 octobre 2009 08 h 17

    Entrave à la justice

    Quelqu'un pourrait-il me donner la définition d'entrave à la justice? Ah! Laissez faire! Comme dans le cas du parjure de l'ex-commissaire de la GRC, la loi semble ne semble pas s'appliquer à ceux qui devraient la connaître le mieux!

  • - Inscrit 27 octobre 2009 09 h 54

    Failed state

    Notre république de bananes -- notre Palerme du Nord, ce Mexique pas chauffé -- a bien la police qu'elle mérite...

  • Jacques Leger - Inscrit 27 octobre 2009 09 h 57

    ATTITUDE INDIGNE DES "FORCES" POLICIÈRES

    DEVANT TANT D'AMBIGUITÉ DE LA PART ET DES POLICIERS IMPLIQUÉS ET DES INTERVENANTS DE LA SÛRETÉ DU QUÉBEC, IL EST IMPORTANT QUE LE JUGE AU DOSSIER INTERROGE D'ABORD LES POLICIERS IMPLIQUÉ(E)S. ÀU POINT OÙ EN SONT LES CHOSES, JE PENSE QU'UNE ENQUÊTE PUBLIQUE DOIT SE DESSINER À L'HORIZON.

    JACQUES LÉGER, MONTRÉAL

  • Jacques Morissette - Abonné 27 octobre 2009 10 h 57

    Encore beau que cette enquête le révèle.

    Au fond, nous vivons dans une société d'accommodements et de certaines conciliations entre des individus ou des organisations qui en tirent partis. En réalité, on se fait rouler dans la farine depuis à peu près toujours. Tout ce qu'on apprend par les temps qui courent notamment en politique, on dirait que nous cherchons tous à lever d'un cran la culture dans lequel on vit dans la société. Que la Fraternité des policiers ait été avertie avant tout le monde ne me surprend pas du tout.

    Dans une certaine mesure, c'est aussi un certain geste politique de la part des policiers d'avoir avisé la Fraternité. C'était un geste d'accommodement tout simplement. Des accommodements de ce genre, il en a toujours existé de mémoire d'homme. Tout le monde le moindrement honnête le sait et aussi que c'est un secret de polichinelle. Au fond, nous sommes en train de nous révéler tel que nous sommes vraiment. je me demande combien de temps va durer ce cirque de faire semblant qu'à peut près personne le savait? Appelons ça des cliques.

    Les gens d'une clique savent très bien que ceux d'une autre clique font comme eux. C'est même à partir de ce principe que des accommodements se concrétisent entre cliques de bonne famille. Tu as ce que je voudrais avoir et j'ai ce qui ferais ton affaire, alors pourquoi on ne serrerait pas la main pour que tout le monde soit content. Depuis quelques temps, nous entendons des révélations grâce aux médias. Je me demande très sincèrement combien de temps ça va durer et comment on réussira à mettre un couvert sur tout ça?

    En attendant que les choses reviennent à la normale comme avant avec les accommodements de bon aloi. Je suis un peu cynique de dire tout ça de cette façon, mais c'est fort malheureusement ce que je pense. Nous sommes pour la plupart des paons orgueilleux et les accommodements nous accommodent. C'est une culture acquise par le bouche à oreille des générations passées. Avec le temps, les choses se sont cependant de plus en plus détériorées. C'est du moins ce que ce sont de cloche est en train de me dire avec ces révélations.

    Les choses se passent à peu près ainsi partout dans les sociétés modernes. Par contre, il reste un espoir! C'est que ce n'est pas dans toutes les sociétés modernes qu'on ferait ce genre de révélation. Qu'allons-nous en faire? Peut-être sommes-nous en quête d'un véritable équilibre sociale et d'une société plus juste?

    C'est ce que notre avenir en tant que projet de société nous révélera. Nous avons en main tous les atouts pour nous améliorer. Bref, il s'agit de savoir quoi en faire pour que les choses se passent dans le sens d'un projet de société plus juste pour tout le monde.

    Notre culture est le prolongement de notre évolution biologique. Améliorer nos façons de vivre dans la société serait un bien grand pas dans l'évolution de notre culture.