D'un scandale financier à l'autre

Sitôt la commission Oliphant terminée, l'homme d'affaires germano-canadien Karlheinz Schreiber s'apprête à faire face à la justice allemande pour répondre à des accusations relatives à un présumé scandale financier, survenu il y a presque deux décennies, auquel serait mêlé le chancelier de l'époque, Helmut Kohl.

Munich — L'avion d'Air Canada transportant Schreiber s'est posé hier à Munich à 9h30, heure locale. Le marchand d'armes a été conduit dans une prison d'Augsbourg, en Bavière, où il fait face à des accusations de corruption et d'évasion fiscale. Il doit comparaître aujourd'hui devant un juge qui devrait décider s'il doit demeurer en détention en attendant la tenue de son procès.

Le retour en Allemagne de Schreiber, âgé de 75 ans, survient au moment où l'Union chrétienne-démocrate (CDU), un parti conservateur que dirigeait M. Kohl et maintenant présidé par l'actuelle chancelière Angela Merkel, détient une bonne avance dans les sondages en vue des élections du 27 septembre.

Cependant, les observateurs doutent que le retour de Schreiber ait une quelconque incidence sur le dénouement du scrutin. Mme Merkel a accédé à la présidence de la CDU en 2000 après avoir choisi de se tenir loin du scandale.

«Je pense que cette histoire de contributions à la CDU n'aura pas d'influence sérieuse sur la campagne électorale, car ça remonte à trop loin», a reconnu Max Stadler, un député de l'opposition libérale-démocrate.

Les autorités judiciaires souhaitent procéder le plus rapidement possible, mais le procureur Reinhard Nemetz doute que le procès s'amorce avant la tenue des élections générales.

Schreiber, qui possède la double citoyenneté allemande et canadienne, avait été arrêté en 1999 au Canada. Il est notamment soupçonné d'avoir été impliqué, au cours des années 90, dans un financement illégal de la CDU à l'époque où Helmut Kohl en était le président. M. Kohl a été le chancelier de 1982 à 1998. Schreiber maintient que ces accusations et son ordonnance d'extradition ont été motivées par des desseins politiques, des insinuations que rejettent les autorités gouvernementales allemandes.

Les procureurs accusent Schreiber et d'autres personnes d'avoir touché des commissions non déclarées à la suite d'une transaction visant à livrer en Arabie saoudite des véhicules blindés Fuchs, au début des années 90.

On le soupçonne aussi d'avoir versé de l'argent à un ancien trésorier de la CDU, Walther Leisler Kiep. Ces accusations ont provoqué un scandale qui s'est amplifié en 1999 lorsque M. Kohl a avoué avoir accepté de partisans des contributions au noir — donc illégales.

Ce scandale a entaché la réputation de M. Kohl et mené à une enquête criminelle contre l'homme qui a été au centre de la réunification des deux Allemagnes, entre octobre 1989 et octobre 1990. Mais les procureurs au dossier ont classé l'affaire en 2001 après que M. Kohl eut accepté de payer une amende de 300 000 marks.

Schreiber est également accusé d'avoir versé 3,8 millions de marks (2,8 millions $) à Holger Pfahls, à l'époque haut fonctionnaire du ministère de la Défense, relativement à des contrats d'armement.

Selon un porte-parole du gouvernement allemand, Klaus Vater, M. Schreiber a écrit à Mme Merkel pour qu'elle intervienne dans son dossier. M. Vater a précisé que la lettre est arrivée trop tard et que, «de toute façon, [Mme Merkel] n'aurait rien fait».

Les audiences publiques au sujet des relations d'affaires de Karlheinz Schreiber avec l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney se sont terminées mardi dernier. Le juge Jeffrey Oliphant, qui a présidé l'enquête publique sur l'affaire Mulroney-Schreiber, a jusqu'au 31 décembre pour remettre son rapport au gouvernement.

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