Enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva - Des personnalités québécoises réclament une enquête élargie

Luck Mervil n’a pas pu franchir la porte du bureau du premier ministre Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau Luck Mervil n’a pas pu franchir la porte du bureau du premier ministre Jean Charest.

L'enquête du coroner Robert Sansfaçon sur la mort de Fredy Villanueva, qui s'amorcera la semaine prochaine, ne permettra pas de faire la lumière sur les circonstances entourant cette tragédie. C'est du moins ce qu'ont affirmé hier plusieurs personnalités québécoises, Gérald Larose en tête, alors qu'ils tentaient d'obtenir une rencontre avec le premier ministre Jean Charest.

Un groupe composé d'une quinzaine de personnalités bien connues du public québécois a réclamé hier la tenue d'une enquête publique élargie sur l'affaire Villanueva. Venus solliciter un entretien avec Jean Charest, les Gérald Larose, Louise Harel, Luck Mervil et Françoise David ont dû se contenter de livrer leur message sur le trottoir.

Pour l'ex-syndicaliste Gérald Larose, il est clair que l'enquête du coroner Sansfaçon constitue une «opération de camouflage» qui ne permettra pas de cicatriser les blessures infligées aux jeunes de Montréal-Nord. «On veut prévenir le premier ministre qu'il y a danger dans la demeure à ce qu'une enquête n'aille pas au fond des choses, mais serve plutôt à camoufler des gestes qui sont non adéquats», a-t-il expliqué.

Comme d'autres l'ont fait auparavant, le groupe a réclamé la tenue d'une enquête publique élargie qui se pencherait sur le «profilage racial» effectué par certains policiers et sur la représentation des minorités visibles parmi les victimes des tirs policiers. On souhaite aussi que le gouvernement fournisse aux familles de victimes les moyens d'être représentés par des avocats.

M. Larose comptait déposer une lettre collective au bureau du premier ministre, rue McGill College, mais le groupe s'est heurté à des rubans jaunes surveillés par des policiers interdisant l'accès à l'édifice. «Nous, des gens adultes, mûrs, tranquilles et pacifiques, c'est le traitement qu'on nous fait. Imaginez-vous comment se sentent les jeunes de Montréal-Nord qui, parfois, sont un peu plus fringuants. Je pense que cette barrière est très symbolique pour exprimer combien le gouvernement du Québec ne comprend pas la situation des jeunes des minorités visibles», a commenté Françoise David, porte-parole de Québec solidaire.

Le bureau du premier ministre a refusé de prendre la lettre, enjoignant le groupe à la remettre aux policiers, une option qu'a immédiatement rejetée M. Larose. «Nous allons poster la lettre au premier ministre», a-t-il dit.

Jean Charest, qui participait à une conférence internationale à Atlanta, n'a pas voulu dire s'il allait acquiescer à ces demandes. «La première priorité, pour nous, c'est réaliser l'enquête du coroner qui, en soit, fera la lumière sur un certain nombre d'événements, s'est-il contenté de répondre. Je pense que c'est important qu'on fasse la lumière sur les événements. Déjà là, il y a une étape très importante à franchir. [...] Permettons au coroner de faire son travail.»

De son côté, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a fait valoir qu'il avait offert de rencontrer le groupe de

M. Larose la semaine dernière. «Ils ont décliné l'invitation», a-t-il dit à sa sortie du caucus des députés libéraux, à Québec. La position de M. Dupuis est connue depuis le mois de décembre dernier et, comme elle n'a pas changé, M. Larose a précisé que c'est au premier ministre que son groupe s'adressait désormais.

L'enquête du coroner Robert Sansfaçon débutera le 25 mai, mais la famille Villanueva, tout comme celles des deux jeunes blessés lors de l'intervention policière du 9 août 2008, ont déjà fait savoir qu'elles n'y assisteraient pas. Les citations à comparaître qu'elles ont déjà reçues les obligeront toutefois à y participer.

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Avec La Presse canadienne