Enquête sur le blanchiment d'argent dans la construction - La police perquisitionne au Fonds de solidarité et dans des entreprises

Une vaste enquête sur le blanchiment d'argent dans le milieu de la construction a mené hier les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) aux portes du Fonds de solidarité de la Fédération des travailleurs du Québec (FSTQ) et d'entreprises situées dans les régions de Montréal, Laval, Lanaudière et Trois-Rivières.

La SQ a effectué une dizaine de perquisitions, en matinée, dans le cadre de cette enquête sur le blanchiment d'argent et l'infiltration de l'industrie de la construction par des membres du crime organisé. Des informations, non corroborées officiellement par la SQ, laissent présager que les Hells Angels auraient réussi à utiliser des compagnies de construction pour blanchir les profits de leurs activités illicites.

Les policiers ont visité des commerces et des résidences de Montréal (notamment l'entreprise de location de grues Guay et le FSTQ), de Repentigny, de Legardeur, de Laval, de Boisbriand, de Terrebonne et de Trois-Rivières.

À la SQ, l'information circulait au compte-gouttes hier pour la simple raison que cette enquête, lancée en 2006, n'est toujours pas terminée. Aucune accusation ne sera portée à court terme dans ce dossier, ce qui donne un aperçu de la complexité de l'affaire.

Dans les dernières semaines, des enquêtes de Radio-Canada et de La Presse ont révélé que l'ancien directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, aurait entretenu des liens avec Normand Ouimet, membre des Hells Angels, et avec Raynald Desjardins, un importateur de cocaïne associé autrefois au clan de Vito Rizzuto, le chef de la mafia montréalaise. En libération conditionnelle depuis 2004, Desjardins s'est lancé dans l'immobilier et la construction, assurant qu'il avait tourné le dos au crime organisé.

Jocelyn Dupuis et le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, ont démissionné de leurs postes respectifs, en septembre dernier, à la demande de Michel Arsenault, qui est à la fois président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds de solidarité.

M. Arsenault a voulu se faire rassurant hier, en déclarant aux médias que le FSTQ n'était nullement visé par l'enquête de la SQ. «On a voulu vérifier le dossier d'une entreprise de construction qui avait demandé du financement au Fonds de solidarité au cours de la dernière année. Je ne vous dévoilerai pas le nom de l'entreprise. C'est une question d'éthique puisque nous sommes une institution financière», a dit M. Arsenault. La demande de financement en question a été refusée après analyse pour des raisons de non-rentabilité.

C'est la deuxième visite de la SQ en moins de trois semaines dans l'édifice de la FTQ, sur le boulevard Crémazie. La FTQ-Construction a récemment collaboré avec la police dans le dossier controversé des comptes de dépenses excessifs (125 000 $ en six mois) dont a bénéficié l'ex-directeur général, M. Dupuis.

«Personne n'aime avoir la Sûreté du Québec dans sa cour, mais si la SQ a des doutes sur certains individus, qu'on fasse enquête», a dit Michel Arsenault, qui a offert «toute sa collaboration» aux enquêteurs.

L'entreprise de location de grues Guay, fondée il y a 45 ans, a fait savoir qu'elle ignorait «totalement» la raison qui a conduit les enquêteurs de la SQ dans l'un de ses garages, dans l'est de Montréal. «Notre entreprise est très étonnée de la visite des policiers et ne connaît toujours pas les motifs qui ont mené à cette perquisition», a indiqué par voie de communiqué le vice-président de Guay, Denis Gauvin. Tout comme le FSTQ, Guay a offert son «entière collaboration» aux policiers.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque