Les pantalons de la discorde

La direction du SPVM demandait pour dimanche une trêve du moyen de pression, alors que se tiendra à Montréal une manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière.
Photo: Jacques Nadeau La direction du SPVM demandait pour dimanche une trêve du moyen de pression, alors que se tiendra à Montréal une manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière.

La Ville de Montréal a échoué dans sa tentative de faire abandonner à ses policiers le port du pantalon de camouflage. Dans une décision rendue hier soir, le Conseil des services essentiels (CSE) a rejeté une requête déposée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Celui-ci souhaitait une trêve des moyens de pression pour dimanche, alors que se tiendra à Montréal une manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière.

Dans sa décision, le CSE a soutenu que lors des audiences tenues hier, le SPVM n'avait pas su démontrer l'existence d'un préjudice à l'égard des citoyens. Selon les commissaires, la preuve présentée par la partie patronale n'était pas pertinente car elle ne portait que sur les préoccupations du SPVM au sujet de la santé et de la sécurité des policiers lors de la manifestation de dimanche. Or, le CSE juge qu'il n'a pas juridiction en cette matière et il a rejeté la requête.

Il s'agit du deuxième revers qu'essuie la Ville de la part du Conseil en six mois. En septembre dernier, une première requête avait été rejetée. Le SPVM soutenait alors que ce vêtement était susceptible de mettre en danger la sécurité des citoyens et celle des policiers. Les commissaires avaient toutefois conclu que ce moyen de pression ne transgressait pas les règles de sécurité des services de l'ordre.

Revenant à la charge, le SPVM a changé de stratégie. Cette fois, il a choisi de brandir la menace que représente la tenue, dimanche, d'une manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP). Le problème, c'est que certains jeunes «marginaux» participant à ce genre de rassemblement ont l'habitude de porter des pantalons de combat, a expliqué Sylvain Brouillette, assistant-directeur des opérations policières au SPVM, lors de l'audience du CSE en après-midi hier. «C'est une question de sécurité. Je ne voudrais pas qu'il y ait confusion s'il faut que les policiers interviennent auprès d'un blessé ou si un policier est pris à partie par des manifestants», a fait valoir M. Brouillette. Les policiers de l'escouade anti-émeute seront vêtus de pantalons réglementaires en plus de leurs casques, mais de nombreux autres arboreront les pantalons de camouflage, a-t-il indiqué.

Grabuge appréhendé

Les manifestants du COBP n'ont pas la réputation d'être des enfants de choeur. Au cours des dernières années, leurs rassemblements se sont souvent soldés par du grabuge et des arrestations. M. Brouillette s'est d'ailleurs employé à démontrer que le mouvement est mieux organisé qu'il y a 13 ans, lorsqu'il a été créé. Les tracts diffusés par le Collectif comportent moins de fautes de français, a-t-il d'ailleurs précisé. Mais surtout, le degré de violence a augmenté et le ton est plus agressif à l'égard des policiers. Ceux-ci sont la cible de projectiles de toutes sortes lors des rassemblements: boules de billard, barres de fer, planches de «deux par quatre» et billes lancées à l'aide de frondes font partie de l'arsenal des plus délinquants.

M. Brouillette a aussi évoqué le tract rédigé par le Collectif en prévision de la manifestation de dimanche. On y parle des policiers qui «paradent en vêtements militaires» et de «l'énergumène Yves Francoeur [président de la Fraternité des policiers] dans le rôle du parrain» en plus de citer les noms de policiers ayant participé à des interventions qui ont mal tourné au fil des ans. Entre autres, celles ayant causé la mort de Jean-Pierre Lizotte en 1999 ou de Fredy Villanueva à Montréal-Nord en août dernier.

Le Collectif a donné rendez-vous aux manifestants à 14h dimanche au métro Mont-Royal. Le SPVM s'attend au pire. Au minimum, il y aura 800 manifestants. Mais ceux-ci pourraient être plus nombreux: 1500? 2000? Sylvain Brouillette l'ignore, mais il a averti les commissaires du CSE que la manifestation se déroulera dans un quartier résidentiel densément peuplé et qu'elle pourrait être violente. Le choix du lieu n'est peut-être pas innocent puisque les bureaux de la Fraternité des policiers sont situés non loin de là, sur la rue Gilford, a-t-il ajouté.

M. Brouillette a demandé au président de la Fraternité, Yves Francoeur, que les policiers abandonnent le pantalon de camouflage le jour de la manifestation pour éviter d'envenimer la situation. Il a essuyé un refus catégorique. «Je suis prêt à parier que les manifestants feront exactement comme les années d'avant et qu'ils vont tout casser, a expliqué M. Francoeur en marge de l'audience. L'an dernier, il n'y avait pas de pantalon de camouflage et il y a eu une quarantaine d'arrestations. Le pantalon de combat ne va absolument rien changer. Il n'y a aucun problème de sécurité qui a été signalé par nos 4500 policiers jusqu'à maintenant.» Ce moyen de pression permet aux policiers de sensibiliser les élus et la population à leur conflit de travail, a-t-il dit. Rappelons que les policiers du SPVM sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2006 et que leur litige a été porté en arbitrage.

Ailleurs au Québec

Le port du pantalon de combat n'est pas une nouvelle mode vestimentaire dans l'univers policier. Les policiers montréalais ont d'ailleurs invité les présidents des Fraternités de Québec et de Gatineau à venir témoigner de leurs expériences respectives devant le CSE.

Dans la capitale, les 800 policiers portent le jean, le pantalon de combat et la casquette militaire depuis septembre 2007. En 2004 aussi, ils avaient utilisé ce moyen de pression. «En trois ans, on n'a jamais eu de problèmes, soutient le président de la Fraternité, Jean Beaudoin. La plupart des gens ne trouvent pas ça beau et le maire Labeaume ne les aime pas, mais ça n'a pas affecté la qualité des services aux citoyens.» L'an dernier, la Ville s'était même adressée à la Commission de santé et sécurité au travail (CSST) dans l'espoir que cette pratique cesse, mais elle a perdu sa cause.

À Gatineau aussi, le pantalon «non réglementaire» est de rigueur depuis août 2007. «Sur les 80 000 appels reçus au centre des appels d'urgence et les 30 000 interventions policières, on n'a signalé aucune confusion», affirme Rock Legault, président de la Fraternité des policiers de Gatineau. À maintes reprises, la Ville a pourtant tenté de ramener les policiers à l'ordre, mais en vain jusqu'à maintenant. L'injonction interlocutoire provisoire déposée en Cour supérieure a été rejetée et les procédures initiées devant le CSE ont été abandonnées. Un grief doit être étudié par un arbitre en 2010.
6 commentaires
  • Brun Bernard - Inscrit 13 mars 2009 08 h 46

    Bof...

    ...c'est joli,il y a des couleurs et de toutes façons comme ils ne font pas leur job, ça ne change rien du tout à leur carnaval. Quand on voit des policiers, avec les enfants on l'écrit dans un carnet. Il nous reste tout le cahier encore à remplir. Qu'ils continuent à montrer qu'il y a des clowns à Montréal, c'est agréable dans la rue tout de même. J'aime la photo aussi.

    Quand on n'a pas d'autorité sur sa police, c'est grave pour une société. Voilà la moralité de l'affaire. Comment voulez-vous qu'is fassent correctement leur travail s'ils font ce qu'ils veulent. C'est dangereux des policiers qui ne savent pas être responsables devant la société qui les paye.

  • Claude Archambault - Inscrit 13 mars 2009 09 h 14

    Nos policiers

    Nos policiers méritent tout notre respect, mais pour cela ils doivent respecter l'uniforme.

    Moi je ne respecterai pas un policier qui ne porte pas son uniforme comme il se doit.

    ils agissent pire que les gang de rue qu'ils doivent éliminer un à un, en ne portant pas fièrement leur uniforme.

  • De Chavigny Xavier - Inscrit 13 mars 2009 09 h 16

    Du pour et du contre !

    Voilà un moment que je me demandais pourquoi on autorisait une tenue aussi peu "professionnelle". Comme il est dit dans une autre réaction, on n'est pas au cirque ! Peu importe la légitimité des revendications des policiers, je trouve que c'est un manque de sérieux vis à vis de la population que la police doit servir. S'il existe un uniforme officiel, je ne vois pas ce qui permet à certains de s'accoutrer de cette manière.

    Cela dit, petit bémol dans ma réflexion, si les policiers en sont arrivés à ce mode de manifestation visuelle pour se faire entendre, c'est que soit ils ont déjà utilisés, en vain, tous les autres modes d'expression soit que les dirigeants de la police font la sourde oreille à leurs doléances.

    Maintenant, je suppose que c'est quand même la population qui, au travers des impôts, est l'employeur indirect de ces policiers. Et par ce biais, on peut tout à fait être indigné de cette tenue. Mais, aussi, on pourrait être un peu plus à l'écoute de ce qu'ils ont à dire. Non ?

  • Laval Chabon - Inscrit 13 mars 2009 12 h 07

    Des kilts, voyons

    Ce serait bien mieux que des foutus pantalons!

  • Michel Hains - Inscrit 13 mars 2009 12 h 17

    Pas une question de sécurité mais de valeur

    Je m'explique mal les positions prises par la ville et celle de la fraternité des policiers dans ce dossier.
    Pour moi il est très clair que ce n'est pas une question de sécurité le port de ces pantalons de camouflage mais uniquement à la base le respect de tous les citoyens SANS EXCEPTION,y compris les policiers pour les institutions, et ses représentants de l'ordre.
    Les policiers en revêtant ce costume ne fait qu'ampliflier l,animosité des jeunes envers la police qui ne se respecte pas elle même et qui défient l'ordre en place.
    Comme d'habitude c'est juste du gros bon sens qui malheureusement brille par son absence à tout les échelons de notre société Québécoise,civile et politique sans exceptions.