Procès du présumé terroriste de Maskinongé - Saïd Namouh servait de relationniste à Oussama ben Laden, selon la Couronne

Le procès du présumé terroriste de Maskinongé s'est ouvert hier à Montréal. Une affaire qui lève en partie le voile sur les efforts de propagande des djihadistes sur Internet.

Saïd Namouh, un ressortissant marocain qui aurait mené des activités de propagande et de recrutement au bénéfice d'al-Qaïda sur Internet, rêvait de participer à un attentat suicide et de mourir «en martyr»... au Québec.

Namouh, 36 ans, est poursuivi pour diverses infractions reliées au terrorisme depuis hier à Montréal. Membre présumé du Global Islamic Media Front (GIMF), il aurait fait partie, pour ainsi dire, du service de presse d'al-Qaïda, en relayant des messages de ses principaux dirigeants, Oussama ben Laden et son lieutenant, le médecin égyptien Ayman Al-Zawahiri.

Le procès démontre avec éloquence que le spectre de la nébuleuse terroriste plane dans tous les coins du monde, même à Maskinongé, où se terrait Namouh lors de son arrestation en septembre 2007, à la suite d'une enquête conjointe de cinq mois entre la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la police autrichienne.

L'essentiel de la preuve repose sur des conversations audio et des séances de clavardage entre Namouh et un correspond autrichien, Mohammed Mahmoud, arrêté lui aussi à l'automne 2007. Des transferts bancaires de 2346 $ de Mahmoud à Namouh font aussi partie de la preuve.

Namouh et Mahmoud seraient des figures de proue du GIMF, un groupe de sympathisants d'al-Qaïda qui dissémine de la propagande terroriste sur la Toile. Selon la Couronne, le GIMF «participe directement, et encourage la perpétration d'activités terroristes», en particulier par la diffusion de matériel incitant au djihad (la «guerre sainte»). Sous le couvert du GIMF, Namouh et Mahmoud auraient notamment offert une aide logistique à une organisation terroriste somalienne qui avait pris en otage puis relâché le journaliste de la BBC Alan Johnston, à Gaza en 2007. Les deux hommes auraient aussi comploté en vue de faire exploser une voiture en Autriche ou en Allemagne.

Les huit conversations audio entre Namouh et Mahmoud, traduites de l'arabe au français, sont fort révélatrices. «L'exécution d'un projet ici, c'est ce qu'il y a de plus facile, lance Namouh. J'ai des projets, ils sont là, il ne leur manque qu'une seule personne jouissant d'une grande détermination.»

Namouh semble bien conscient des risques d'arrestation qu'il encourt. D'ailleurs, il vérifie à l'occasion s'il y a «un quelconque mouvement suspect» à l'extérieur de son logement de Maskinongé. Il se dit prêt à mourir «pour la cause d'Allah» et jure qu'il ne parlera jamais, même sous la torture.

Mahmoud n'est pas en reste. Il se décrit comme un terroriste fiché par la police depuis l'âge de 14 ans et faisant l'objet d'une enquête en Autriche comme en Égypte. Il se targue d'avoir mis le couteau sous la gorge d'un policier, à Vienne, et d'avoir menacé de l'égorger. «Qu'Allah te bénisse, rétorque Namouh. Au nom d'Allah, frère, envoie quelqu'un ici avec la volonté d'Allah. Toi, tu m'excites et tu m'ouvres l'appétit à de telles affaires.»

Le procès devrait durer trois semaines. La Couronne fédérale fera entendre deux témoins experts en cyberterrorisme, Rita Katz et Reuven Paz, qui sont bien au fait des activités du GIMF et de l'utilisation d'Internet par le mouvement djihadiste mondial.

L'avocat de Namouh, René Duval, se montre optimiste malgré la gravité des accusations qui pèsent sur son client (complot à l'engin explosif, facilitation et participation aux activités d'un groupe terroriste et extorsion en association avec un groupe terroriste). «Ces procès-là sont différents des autres, on vit dans un contexte. Dieu merci, le président Bush n'est plus là pour faire peur à tout le monde, mais il reste qu'il y a des relents de ces campagnes de terreur que les Américains ont faites à un moment donné et qui ont semé la panique chez les gens à des fins bassement politiques», a déclaré Me Duval. Namouh risque la prison à vie s'il est reconnu coupable par le juge Claude Leblond.