Grabuge d'après-série au centre-ville de Montréal - La police reverra son plan de match

Une voiture de police incendiée après la victoire du Canadien contre les Bruins lundi.
Photo: Jacques Nadeau Une voiture de police incendiée après la victoire du Canadien contre les Bruins lundi.

Dans la rue comme sur glace. D'ici la fin des séries éliminatoires de hockey, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) imitera Guy Carbonneau, qui a dû apporter plusieurs ajustements à son plan de match pour vaincre les Bruins de Boston. L'objectif: éviter d'autres gestes disgracieux comme ceux survenus dans la nuit de lundi à hier.

Le SPVM a avoué hier matin avoir été «surpris» par l'ampleur de la réaction des partisans à la suite de la victoire du Canadien, lundi. On ne s'attendait pas à une telle situation aussi tôt en séries. Alors, tout le plan d'intervention élaboré avant le début des éliminatoires sera revu dès aujourd'hui pour être adapté à la donne d'une ferveur populaire rarement vue.

Tout ça parce que, si l'immense majorité des partisans ont fêté lundi soir dans la joie le passage du Tricolore en deuxième ronde éliminatoire, quelques centaines d'individus ont plutôt choisi le grabuge comme moyen d'expression de leur «fierté».

Le centre-ville s'est donc réveillé amoché hier. Bilan des événements: 16 voitures de police endommagées, dont plusieurs incendiées. Les vitrines de sept commerces ont été fracassées rue Sainte-Catherine. Du pillage a été rapporté. Seize personnes ont été arrêtées, dont trois mineurs. Tous sont des hommes de moins de 25 ans. Au total, la Ville (et les contribuables) devra payer quelque 500 000 $ pour réparer les dégâts.

Pourtant, le SPVM assure avoir bien planifié son intervention post-victoire. Depuis le début des séries, les policiers sont toujours très visibles aux abords du Centre Bell. On favorise une «approche conviviale» pour «accompagner les partisans dans les célébrations». C'est notamment pour cette raison qu'on a permis aux policiers d'afficher les couleurs du CH sur leurs voitures.

Cette présence a permis lundi de contenir la majeure partie de la foule, a affirmé hier en conférence de presse le directeur du SPVM, Yvan Delorme. Mais certains fêtards étaient venus pour autre chose que les célébrations. Et les policiers, souvent mal équipés, en ont eu plein les bras. La Fraternité des policiers a d'ailleurs dénoncé hier la mauvaise répartition des effectifs entre policiers de quartier et escouade antiémeute.

«Nous avons eu à faire face à un petit groupe de criminels organisés» qui visait spécifiquement les véhicules policiers, a expliqué M. Delorme. Pour éviter de procéder à des arrestations massives, les policiers ont choisi des interventions ciblées. Plus longues, mais plus précises.

Au lendemain des événements, le SPVM a mis en perspective le bilan globalement restreint de ceux-ci. Aucun citoyen blessé, très peu de dommages en dehors des voitures de police. Mais «on ne peut être satisfaits d'événements comme ça», a ajouté M. Delorme. «Nous avions un plan d'intervention pour la durée des séries, prévu en crescendo [à mesure que le Canadien avancerait]. Il sera ajusté.»

Comment exactement? Le chef des policiers n'a pas voulu le préciser. Mais il a tenu à préciser «qu'on ne va pas suspendre les droits et libertés de la personne» et «fermer la ville pour une poignée d'individus».

D'autres arrestations sont à prévoir dans les prochains jours, selon M. Delorme. L'enquête de la police sera simplifiée par l'abondance d'images vidéo et de photos ayant été prises sur les lieux et mises en ligne sur Internet par la suite.

Sens civique

Du côté de la Ville, le responsable de la sécurité publique, Claude Dauphin, a appelé au «sens civique» des partisans pour éviter que la casse ne reprenne. Le Canadien a formulé le même appel par voie de communiqué. «C'est extrêmement déplorable que des événements comme ceux-là entachent les réjouissances et la réputation de Montréal, a dit M. Dauphin. Nous ne ménagerons aucun effort [pour retrouver les coupables].»

Tant mieux, a répondu le président de la Société de développement commercial Destination centre-ville, André Poulin. Mais il faudra faire plus que se fier au bon jugement des citoyens, dit-il. «Il faut que le SPVM puisse mieux encadrer des situations comme celle-là. Une vitrine de brisée, c'est une de trop. On ne peut pas se satisfaire du simple fait que personne n'a été blessé. C'est un raisonnement erroné.»

M. Poulin avance une solution: que le Club de hockey Canadien organise à la fin des matchs une fête à l'extérieur du Centre Bell, de façon à étaler le départ des partisans. Un peu comme la Ville de Québec avait fait pour enrayer les problèmes lors des fêtes de la Saint-Jean-Baptiste.

À Québec, les événements de lundi ont aussi fait jaser. Le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a profité de l'occasion pour demander un élargissement de la liberté d'action des policiers en cas d'émeute, les «voyous» ayant selon lui plus de droits que les forces de l'ordre.

Vitres et feu

Les principaux incidents sont survenus après 23h lundi. Après les célébrations festives spontanées devant le Centre Bell (comme après tous les matchs depuis le début des séries), la fête a viré au grabuge dans la rue Sainte-Catherine. De nombreuses bouteilles de bière ont été lancées en direction des policiers qui encadraient jusque-là les mouvements des partisans-manifestants. Du poivre de Cayenne a été utilisé pour repousser les fêtards.

Les événements se sont bousculés peu avant minuit. Des vitrines ont été fracassées, des magasins, pillés. Un magasin de sport a notamment été dépouillé des articles du Canadien affichés en exposition. Au même moment, de nombreuses voitures de police étaient saccagées, puis enflammées, donnant au centre-ville un air surréaliste.

Feux éteints, les malfaiteurs se sont longuement défoulés sur les carcasses de voitures, arrachant tout, déversant le contenu de poubelles à l'intérieur et hurlant des obscénités en prenant soin de se filmer. Sur les trottoirs de la rue Sainte-Catherine, plusieurs spectateurs passifs et pensifs hochaient la tête en signe d'incompréhension.

Aux petites heures du matin, le sol était jonché d'éclats de verre. Et 16 personnes étaient entre les mains de la justice, devant répondre à des chefs d'accusation de méfaits sur véhicule, d'agressions armées contre des policiers, de voies de fait, d'introduction par effraction dans des commerces et de non-respect des règlements municipaux.

Avec la collaboration d'Alexandre Shields
13 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 23 avril 2008 08 h 29

    500k à 16 casseurs ca fait 31k chacun

    Rêvons un peu. Imaginons un juge qui au lieu d'une sentence bonbon forcerait les casseurs à payer leurs dégats.

    31k heures de travaux communautaires à 8,5$ l'heure, ça 3,600 heures, soit 90 semaines de travail pour chacun des casseurs

  • andré michaud - Inscrit 23 avril 2008 08 h 53

    conséquence de la moumounerie?

    D'aucune façon je ne veut justifier les vandalisme, les jeunes coupables devraient êtres arrêtés et travailler pour payer les véhicules détruits..Cependant essayons de comprendre le phénomène...

    Selon certains psy on observe qu'il existe une partie des jeunes mâles qui a besoin de faire des choses extrêmes. Certains ont des activités casse-cou et se filment, d'autres battent d'autres jeunes et se filment...et par la suite exibent fièrement le tout sur Utube.

    C'est bien connu , les jeunes mâles ont besoin d'action et de se frotter physiquement aux autres jeunes mâles...c'est vrai pour tous les mammifères, y compris l'humain. Cependant notre société , au lieu d'encadrer ce besoin, réprime ce besoin dès la garderie ou les jeunes mâles doivent jouer des jeux de filles, lancer doucement le ballon etc...en un mot on fait de nos jeunes mâles des moumounes et on nie leur besoin de se chamailler et prendre des risques physiques. Et nous en payons collectivement le prix!

    Les femmes contrôlant les garderies ne comprennent absolument rien aux jeunes mâles. Elles sont pires que les anciennes religieuses. En effet dans les années 50, quand j'étais en 3 iè annnée, pendant tout l'hiver, à chaque récréation, la classe se divisait en 2 gangs et ont se chamaillait. La soeur veillait à éviter les débordements. Ceux qui étaient trop rough était exclus pendant une couple de jour. La soeur avait compris qu'un gars ce n'est pas une fille. On pouvait se défouler physiquement et retourner en classe apaisé physiquement. Aujourd'hui, les jeunes mâles doivent se comporter comme des petites filles, sont super frustrés et ont doit les tenir sur le ritalin...De plus les jeunes femmes déplorent que les jeunes hommes sont perdus et moins viril...

    C'est correct que les femmes aient les même droits, mais on doit cesser de faire de nos jeunes mâles des moumounes...ou on en payera le prix! Il faut encadrer le besoin "d'agressivité" des mâles au lieu de le nier. Il y a beaucoup trop de femmes qui ne comprennent rien à la masculinité (quand ce n'est pas des anti-masculin) pour s'occuper des jeunes mâles.

  • Gilles Latour - Inscrit 23 avril 2008 09 h 21

    Sévir contre les voyous, bien sûr, mais aussi contre les joueurs violents et ceux qui les conseillent

    Faut-il se surprendre qu'un sport qui tolère, voire même encourage la violence comme élément nécessaire et "vendeur" du spectacle pitoyable qu'il présente aux amateurs, puisse fournir le prétexte et donner lieu à des débordements violents et disgracieux comme ceux de l'autre soir. Il ne suffit pas de mettre en accusation et de punir les voyous qui se sont manifestés sur la rue Ste-Catherine et qui n'hésiteront pas à recommencer; il faut aussi entamer des poursuites et, s'il y a lieu, condamner les joueurs qui commettent des assauts et ceux qui les conseillent dans cette direction - ainsi l'incident particulièrement répugnant dans lequel se sont récemment illustrés les Roy père et fils. Il faut aussi sévir légalement contre les organisations et ligues qui refusent de sanctionner les houligans qui continuent de traîner ce sport déchu dans la boue des combats de ruelles. G. Latour, Ottawa.

  • Claude Archambault - Inscrit 23 avril 2008 09 h 29

    Quand la retenue n'apporte rien

    Les policiers ont démontrés beaucoup de retenu, résultat : un demi million de dommage au frais des contribuables.

    Maintenant c'est le temps de démontrer plus de muscle, gas lacrimogène, matraque, cheveaux, moto et à la rigueur balle de caoutchouc. Augmenter la mobilité des policiers.

    Surtout, après les arrestations ne pas les libérer, il faut les garder en détention jusqu'au procès.

    Ces bandits ne comprennent rien ni du cul ni de la tête, comme disait mon grand père, alors il faut y aller avec l'artillerie lourde.

    J'ai été témoin de manifestation très pacifique à Lima au Pérou, pourquoi elle était pacifique? La police était là avec des bonbonnes de gaz, des fusils à balle de caoutchouc et plus loin des blindés armés, sans aller à ces extrèmes, qui étaient probablement de mise dans ce pays, on ne devrait pas avoir peur de casser quelque dents ou cotes.

  • Bertrand Lavoie - Inscrit 23 avril 2008 10 h 07

    Une fête: bonne idée!

    Je trouve l'idée qu'une fête soit organisée après la partie très intéressante! La Ville de Montréal devrait fermée St-Catherine, monter une scène de spectacle et inviter les gens à regarder ce spectacle du canadien gratuit! Quelle bonne idée, de faire sortir la joie des gens non pas en brisant des biens, mais en fêtant! J'espère que cette idée sera préconisée au lieu de la répression que Mario Dumont veut mettre en place, qui ne fera qu'accentuer l'affrontement.